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Sur la route de La Bretagne

2 janvier 2006




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Samedi 31 décembre. La route Gabriel Macé se déroule entre les coquettes maisons qui donnent à La Bretagne son caractère de coin privilégié. Ce coin, je le connais parfaitement. J’ai de la famille qui y habite, “Chemin du milieu”. Et puis, il y a un petit cimetière où repose Andrée, ma belle-sœur. Et puis encore, Alain Junot y crèche, à l’autre bout, au fond d’une des nombreuses venelles qui irriguent le gros village. Alain est journaliste au “JIR”. Un garçon bourré de talent, dont j’avais écrit à Jacques Tillier en septembre 2001, qu’avec lui, "nous nous retrouvons au bout d’une plume qui maîtrise autant que les meilleures, l’art de donner une âme aux champions et de la poésie à leurs prouesses"...
Personne ne sera étonné que c’est à lui que j’ai pensé - cela aurait pu être Pierre-Yves Versini qui est au “Quotidien” - lorsque Madame Béatrice Binoche, de la société Méthis, me contactait pour assurer la coordination éditoriale de leur agenda 2006 consacré aux grands du sport réunionnais. Avec Alain, nous nous sommes partagé la cinquantaine de “portraits” qui font l’Histoire de la vie sportive d’une île qui, dans ce domaine, a fort bien travaillé. Ce fut fait en un temps record, c’est-à-dire le peu de semaines qu’il nous fut donné... à la dernière minute !

Ce samedi 31 donc, je “monte” à La Bretagne et au bout de mon portable, que je porte en oreillette histoire de respecter (je crois !) les recommandations de la sécurité routière, les exigences de la loi et le simple bon sens civique, j’ai Raymond Law Yeung, père de l’Alain qui assure la Direction du Service des Sports de la ville du Port mais, surtout, un de ces footballeurs qui, dans les années 60, faisait le bonheur des foules du stade Saint-Michel ou de La Redoute. Raymond a fait sa carrière aux Juniors dionysiens et en sélection de La Réunion et, tout naturellement, je l’avais rencontré pour un des portraits de l’agenda 2006. Vous l’y verrez : c’est en 21ème semaine, au mois de mai. Raymond a reçu le bel ouvrage. Je devine beaucoup d’émotion et de reconnaissance dans le merci qu’il me dit, au bout du fil... Faudrait que tu saches, Raymond, que c’est La Réunion qui te remercie.

J’ai à peine raccroché que c’est Marc qui appelle. Marc, c’est Marc Kichenapanaïdou, le président du GRAHTER, autrement dit, un homme qui n’a jamais oublié que son père était un engagé et qu’il vient donc, autant que tous les autres, de ces racines qui ont eu des ailes pour s’incruster dans notre terre réunionnaise et y bâtir un peuple aux origines multiples fondées depuis en une seule source.
Marc m’appelle pour me dire lui aussi merci. Il vient de lire mon “libres propos” du jour. Je parlais de Gélita et de Gilbert Aubry et je citais l’écrivain V. S. Naipaul qui saluait aussi dans son ouvrage référence (“A la courbe du fleuve”) des peuples émigrés de contrées d’Afrique : "Mais ils étaient si profondément enfoncés dans leur vie qu’ils étaient incapables du recul nécessaire pour la juger... C’était une conviction silencieuse et très ancrée de la vanité de toute entreprise humaine..."
Marc me remercie d’avoir apprécié l’hommage rendu à l’Abbé Alexandre Monnet, un hommage qui a mobilisé ses forces et son attention. Un hommage pour lequel il a beaucoup donné et dont il sait - mais ne le dira jamais - qu’il s’inscrit dans l’Histoire de l’Homme en ce qu’elle a de plus noble : les combats menés pour sa libération. Cheminement logique chez ce fils d’engagé indien, catholique fervent et homme de grande culture. Homme respectueux aussi des autres, mais - je le sentais encore samedi en l’entendant commenter mon propos - homme qui souffre des comportements de ceux qui ont le pouvoir et des impatiences de ceux qui semblent lui reprocher de rester debout malgré qu’il soit malade... Souvent, il me parle de l’immense ouverture d’esprit de Paul Vergès et de la qualité de chacune des paroles qu’il vous dit.
Je le devine bien malheureux de constater que ce sont là des vertus qui s’égarent et que le temps qui passe est parfois du temps qui ne s’écoule pas puisque perdu dans les prétentions de ceux qui ne savent pas qu’"administrer ce n’est pas tout empêcher au nom du règlement mais tout faciliter au nom du bon sens"...

R. Lauret

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