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9 février 2006

Malgré la fatigue due à son grand âge - 89 ans - et aux séquelles du chikungunya, Théophane Lauret se réjouit de participer dimanche prochain au Bocage Lucet Langenier au rassemblement des vétérans du PCR à l’occasion du 60ème anniversaire du vote de la loi du 19 mars 1946. Il se rappelle avec émotion les combats que les travailleurs ont dû mener à l’époque pour obtenir cette décision capitale dans l’histoire de La Réunion.
Théophane Lauret est une grande figure du Port, même s’il n’a jamais eu des responsabilités politiques ou syndicales très importantes, mais il est connu dans toute la cité maritime comme un militant communiste exemplaire, fidèle et dévoué, qui a consacré toute sa vie à la cause de son peuple. Et il fera le maximum pour retrouver ses camarades de sa génération qui se retrouveront dimanche prochain pour préparer la célébration du 60ème anniversaire de la loi du 19 mars 46.
Théophane Lauret est né en 1917 à La Ravine des Cabris (Saint-Pierre) et à l’âge de cinq ans il est parti à Trois-Bassins, où il a grandi jusqu’à l’âge de 19 ans, lorsqu’il est entré au Chemin de fer de La Réunion au Port comme manœuvre forgeron. Il est donc resté dans la cité maritime de 1936 à 1942, date à laquelle il s’est marié et s’en est retourné à Trois-Bassins pour exercer jusqu’en 1950 le métier d’artisan forgeron et maréchal-ferrant. Finalement, il repartira au Port, où il travaillera comme livreur puis comme magasinier.
C’est là aussi qu’avec son épouse il a fait grandir leurs huit enfants, dont Raymond, 1er adjoint au maire et conseiller régional.
Fidèle
Cette vie très active sur le plan professionnel fut également marquée par un militantisme constant au service des classes populaires et des intérêts de La Réunion. « Mes grands-parents étaient des petits colons et ils se sont toujours battus contre les abus dont ils étaient victimes de la part du propriétaire. Mon père était un petit commerçant et il a sans arrêt combattu pour les idées progressistes, sensible à la cause des malheureux », raconte Théophane Lauret.
« Tout naturellement, j’ai été fidèle à ces idées, poursuit-il. Au Port, j’ai fait la connaissance de Léon de Lépervanche, qui était chef de train et syndicaliste. Je soutenais la revendication du docteur Raymond Vergès de transformer La Réunion en département car j’avais confiance en cet homme, un médecin qui se sacrifiait pour la population.
Je voulais aussi changer les choses à Trois-Bassins, qui était dominé par les gros propriétaires. Ils nous faisaient poursuivre à travers les champs de canne par leurs nervis. Nous tenions des réunions dans la clandestinité. Avec le soutien de militants comme Mario Hoarau, Rémi Massain, Floris Payet et d’autres, nous avons remporté la majorité dans notre commune comme dans toute l’île. C’est ce qui a permis le vote de la loi du 19 mars 1946 ».
Une loi qui a apporté beaucoup
Pour Théophane Lauret, « avant 1946, cette loi représentait beaucoup. Cela signifiait pour nous, les travailleurs au pouvoir et de grands progrès pour les plus pauvres. Et effectivement, elle a apporté beaucoup de progrès de toutes sortes. Les syndicats et les travailleurs étaient davantage respectés. Mais il a fallu continuer à se battre ».
Et de rappeler : « avant, on travaillait de 6 heures du matin à 6 heures du soir ; après on a obtenu les 40 heures, davantage de congés et de droits. Avant 46 et après, on s’est battu pour obtenir les mêmes avantages que les Français : les mêmes droits sociaux, la santé, la retraite etc. Je suis content et fier d’avoir mené ces combats qui ont porté leurs fruits ».
Quand on évoque l’avenir, Théophane Lauret répond immédiatement : « il y aura toujours des batailles à mener. Ça ne finira pas. Les jeunes générations doivent savoir qu’elles devront rassembler leurs forces, comme nous l’avons fait, pour conquérir de nouveaux droits, notamment avoir du travail, et pour se faire respecter en tant que Réunionnais ».
Merci Théophane Lauret pour cette leçon de vie. Et rendez-vous dimanche à Sainte-Suzanne !
L. B.
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