Un curieux projet de Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé
6 février 2010
Avant hier, Jean-Paul Virapoullé et Didier Robert ont fait une conférence de presse pour dire leur opposition au projet de la Région dans les TICs. Ils sont notamment contre le projet d’un deuxième câble pour relier La Réunion au reste du monde en utilisant une alternative à France Télécom. Ils proposent de verser tous les ans 15 millions d’euros pour acheter de la bande passante. Il est intéressant de rechercher ce qui se cache derrière cette proposition.

Pour faire baisser les prix, Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé ne veulent pas lutter contre un monopole, ils veulent au contraire le renforcer en lui achetant chaque année pour 15 millions d’euros de marchandises payées par des fonds publics.
Mercredi, Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé tiennent une conférence de presse sur les TICs. Comme tout le monde pouvait s’y attendre, ils passent une grande partie du temps à démolir les réalisations de la Région et ses projets.
Ils finissent par faire part d’une solution capable de régler « dans les six mois » la question du prix excessif de l’Internet à La Réunion : acheter pour 15 millions d’euros de bande passante. Il faut savoir que plus la bande passante par abonné est élevée, plus l’accès à Internet peut être rapide. Mais il est important de confronter cette proposition à la réalité.
D’où vient le prix élevé d’Internet à La Réunion ? Tout d’abord, sans le combat mené par la Région et des parlementaires comme Élie Hoarau, la question ne serait pas à l’ordre du jour. Les Réunionnais seraient encore condamné à passer par le satellite, au coût plus élevé et à la qualité de service moins importante qu’un câble sous-marin. L’actionnaire de référence du câble SAFE est France Télécom, et SAFE devait initialement être branché à Maurice mais pas à La Réunion. Il a fallu donc que les Réunionnais luttent afin que l’État, actionnaire de France Télécom, puisse obliger la société à desservir La Réunion via le SAFE. L’arrivée du SAFE permet donc de nouvelles possibilités, à savoir un Internet moins cher et plus rapide. Et cela d’autant plus qu’à La Réunion, la Région travaille à la construction d’un réseau à haut-débit, Gazelle. Ce réseau va permettre à plusieurs opérateurs de s’installer à La Réunion afin de créer les conditions pour la baisse des prix.
La Région oblige les actionnaires à baisser les prix de 98%
Mais si du côté réunionnais, les choses se font, ce n’est le cas du côté des actionnaires du SAFE. Le tarif de la bande passante est très élevé : 17.500 euros le mégabit par mois. La Région va donc mener en justice une action résolue auprès de l’ARCEP, et obliger France Télécom à baisser les prix. De 17.500 euros le mégabit en 2004, le prix passera à 1.550 euros en 2005, puis 290 euros en 2009, soit une baisse de 98% en cinq ans !
Cette baisse des prix a permis de multiplier le nombre d’opérateurs qui vendent des liaisons à haut débit : un opérateur en 2004 (France Télécom), sept aujourd’hui.
Pour l’usager, un abonnement qui coûtait, en 2004, 145 euros par mois coûtait l’an dernier 30 euros, soit une baisse de 80% grâce à l’action de la Région.
Ce combat a été légitimé par une décision de l’Autorité de la concurrence qui a condamné l’an dernier France Télécom à une amende de 27,6 millions d’euros, pour avoir entravé le développement de la concurrence dans les DOM.
Didier Robert veut renforcer un monopole
Au lieu de chercher une alternative à l’opérateur qui a abusé et a été condamné, Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé voudraient lui accorder encore plus de fonds publics : 15 millions d’euros par an.
Cet argent irait donc dans le SAFE car les opposants à la Région veulent casser le projet d’un câble concurrent : RAVENAL. Lequel doit relier le SAFE à un autre câble transocéanique, EASSY, qui longe l’Est de l’Afrique, et il permet aussi de connecter Madagascar à ses deux câbles. RAVENAL est un projet qui entre en concurrence avec France Télécom, et qui vise à faire baisser les prix.
France Télécom a aussi son projet de câble qui est arrivé en novembre à Tamatave depuis La Réunion : LION. Et sans la construction d’une alternative, le désenclavement numérique serait alors dans les mains d’une entreprise dont les intérêts se situent à 10.000 kilomètres d’ici, car que cela soit par le SAFE ou par LION, l’actionnaire de référence est le même, c’est France Télécom. Le projet de Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé, c’est donc d’accentuer cette situation de monopole en utilisant des fonds publics pour la renforcer de 15 millions d’euros par an. Ce projet est donc bien loin des besoins des Réunionnais, car il illustre une fois de plus le sacrifice de l’intérêt général au profit d’intérêts privés.
Manuel Marchal
Ce que ne disent pas Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé
Voici quelques extraits du communiqué de presse commentant la décision de l’Autorité de la concurrence de condamner France Télécom à 27,6 millions d’euros. Plutôt que de soutenir la construction d’une alternative à cet opérateur, Jean-Paul Virapoullé et Didier Robert proposent de lui acheter tous les ans 15 millions d’euros de bande passante. À ce rythme, le montant de l’amende sera vite remboursé par les Réunionnais ! Quant à la baisse des prix en six mois, qui peut y croire ?
« France Télécom a utilisé sa position dominante résultant notamment de son ancien monopole pour s’octroyer, de manière déloyale, des avantages sur ses concurrents. Ces pratiques, qui ont eu lieu de 2001 à 2006, ont eu pour effet de limiter le développement des opérateurs alternatifs dans les DOM qui n’ont pu atteindre une taille critique suffisante pour faire peser une contrainte concurrentielle sensible sur l’opérateur historique. »
« France Télécom a maintenu des tarifs excessivement élevés sur les liaisons entre l’île de La Réunion et la Métropole, ce qui a freiné le développement du marché du haut débit à la Réunion, privant ses concurrents du dynamisme de ce marché, nécessaire à leur développement. Par ailleurs, le refus par France Télécom de sécuriser la liaison louée entre La Réunion et la métropole a eu des conséquences préjudiciables pour un opérateur alternatif comme Outremer Télécom, l’empêchant de proposer une qualité de service équivalente à celle assurée par le groupe France Télécom sur le marché de détail. »
« Le dommage causé à l’économie par les pratiques de France Télécom est d’autant plus lourd que celles-ci ont affecté des territoires dans lesquels les consommateurs disposent de revenus relativement faibles et pour lesquels les services de communications électroniques revêtent une importance particulière compte tenu de l’enclavement insulaire qui peut constituer un handicap sensible au développement de l’économie locale. »
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