(page 3)
L’ORA, association agréée par le Ministère de l’Écologie et du développement durable, est implantée, comme le veut la loi, dans les villes de plus de 100.000 habitants. Avec 7 stations de contrôle sur l’île et un laboratoire mobile, pour répondre à des demandes particulières, la surveillance de la qualité de l’air réunionnais débutée en 2000, démontre que le seuil de recommandation et d’information du public n’a jamais été atteint, quel que soit le polluant. Il reste cependant des périmètres dans notre île (région Sud, Tampon par exemple), où l’air n’est pas contrôlé.
Bruno Seija, directeur de l’ORA, souligne qu’il est dans ce cas difficile de proposer un bilan général de la qualité de notre air, d’autant que les 360 micro-climats recensés par Météo France nous offrent autant d’airs que de qualités éventuelles.
15.000 litres d’air transitent chaque jour par nos voies respiratoires. C’est un bien précieux, indispensable à la vie. Préserver la qualité de l’air que l’on respire est un enjeu décisif.
Plus de trafic donc plus d’émissions
Bien que la faible présence d’industries lourdes à La Réunion permette de limiter les émissions de polluants, l’utilisation de la voiture et l’augmentation régulière du trafic sont problématiques. Le secteur des transports est à l’origine d’émissions de gaz responsables de pollutions locales (particules fines, plomb, oxydes d’azote et de souffre) dont les effets sont néfastes pour l’environnement et la santé.
Si ces dernières années l’amélioration du rendement des moteurs a permis une réduction unitaire des émissions, celle-ci est compensée par la hausse régulière du trafic, cause principale de l’augmentation des émissions. Les concentrations moyennes annuelles de dioxyde de souffre - qui provient essentiellement de la combustion des matières fossiles (charbons, fuels...) - ont légèrement augmenté depuis 2000, comparativement aux résultats de l’étude réalisée dans le cadre des Plans régionaux pour la qualité de l’air en 1997.
L’augmentation du trafic routier et donc des rejets automobiles ainsi que l’augmentation des fréquences d’éruptions du Piton de La Fournaise en sont à l’origine. Les émissions des oxydes d’azote (monoxyde d’azote et dioxyde d’azote), provenant entre autres des véhicules et des centrales thermiques ont-elles aussi progressé durant cette période.
Pics de pollution aux heures de pointe
À l’échelle journalière, les niveaux de ces polluants (comme le monoxyde de carbone, qui provient de la combustion incomplète des combustibles et des carburants), suivent les variations du trafic routier.
L’ORA révèle que les deux pics constatés correspondent aux heures de pointe du trafic, le matin et le soir, alors que les concentrations sont généralement plus faibles le mercredi et en fin de semaine, lorsque le trafic automobile est moins dense en agglomération. Idem pour les poussières ou particules en suspension.
Principalement d’origine naturelle (embruns océaniques, éruptions volcaniques, feux de forêts et érosion éolienne des sols), en milieu urbain, les poussières sont issues en grande partie des véhicules à moteur, notamment des diesels. Les émissions de poussières sont scientifiquement mal connues. Les tailles et natures des particules sont diverses, il est donc difficile de quantifier leur origine et leurs émissions.
Cependant, l’ORA constate là encore une augmentation de leurs concentrations depuis 2001 en raison de l’augmentation du trafic routier. Enfin, bien que le brûlage des déchets verts, gênant pour l’entourage, ne présente pas de risque toxique, il suffit d’y ajouter des pneus ou des bouteilles plastiques, pour constater un phénomène de pollution aggravé. Bien que ces pratiques peu éco-citoyennes soient interdites, elles sont toujours régulièrement pratiquées, tout comme les feux de canne qui engendrent des petites poussières toxiques avec les envolées de bagasse.
Des risques pour la santé
Si le taux de pollution varie en fonction de la densité du trafic automobile, il dépend aussi des conditions météorologiques. L’humidité qui accompagne notre été austral favorise le captage des polluants gazeux, en revanche, l’absence de vent, l’humidité conjuguée à l’ardeur solaire favorisent la tenue des polluants dans l’air, comme c’est le cas avec l’ozone.
La présence d’un anticyclone constitue un effet de couvercle, une chape, qui enfreint la circulation de l’air entraînant une oxydation des poumons et une fragilisation de l’appareil respiratoire. Les personnes fragiles telles que les asthmatiques ou les jeunes enfants restent particulièrement exposées. La Réunion enregistre également des pollens allergisants violents et des poussières dont le transport est là encore favorisé par les alizés. Les plus grosses poussières sont arrêtées au niveau du nez et des voies respiratoires supérieures, alors que les plus petites peuvent provoquer une atteinte fonctionnelle respiratoire, le déclenchement de crise d’asthme, notamment chez les sujets souffrant déjà de bronchites chroniques ou prédisposés à l’asthme.
Certes, le trafic automobile dans les agglomérations réunionnaises n’a pas atteint le niveau de celui des agglomérations métropolitaines ou européennes. Cependant, les données démographiques, l’accroissement du parc automobile, la densification des villes, les enjeux de l’aménagement du territoire et de la politique foncière à venir, conduisent à s’interroger sur les dispositions à prendre pour éviter que la voiture ne nous pollue la vie et la santé. La question des énergies renouvelables, de l’extension des transports en commun et la pertinence du projet tram-train, prennent une fois de plus tout leur sens.
Estéfany
Encore beaucoup à faire
En partenariat avec l’Observatoire volcanologique de La Réunion, l’ORA tente de savoir où vont les gaz émis par le volcan. "Il y a encore beaucoup de choses à faire en termes d’air", insiste Bruno Seija qui souhaiterait voir se développer davantage ce type de partenariat. Il compte sur le Plan régional de la qualité de l’air (PRQA) qui aurait déjà du être mis en place par l’État qui a préféré déléguer cette nouvelle compétence à la Région Réunion.
Ce plan "permet de réunir les différents acteurs, de répertorier les différents problèmes de pollutions atmosphériques, leurs incidences sur la santé, l’environnement, le patrimoine et d’essayer de bâtir des stratégies pour les résoudre", explique Bruno Seija qui mise beaucoup sur les perspectives qu’offrirait un tel plan. L’ORA, compétent en termes d’observation, de météorologie, d’alerte éventuelle, n’est qu’un maillon de cette réflexion. En plus de ces actuels partenariats que sont (ADEME, DDE, collectivités locales, communautés de communes, émetteurs de polluants, organismes de protection de l’environnement, etc.), l’ORA et la Région Réunion vont s’employer à la mise en place des Assises régionales de la qualité de l’air durant le premier semestre 2005. Mais Bruno Seija souhaiterait se rapprocher encore davantage de la recherche, du corps médical pour répondre aux nombreuses questions sur notre air, encore en suspens.
80% des ménages motorisés d’ici 2020/2025
La croissance du parc automobile reste très importante. Entre 1991 et 2001, le parc est passé de 146.000 à 258.000 véhicules, soit une croissance moyenne de l’ordre de 5,8% par an. On évalue la croissance du parc à plus de 360.000 véhicules en 2010 et près de 500.000 en 2020.
La motorisation des ménages est en forte augmentation. Bien que nous restions encore très éloignés des taux métropolitains où plus de 80% des ménages sont motorisés, La Réunion devrait s’aligner sur ce taux dans les années 2020/2025, une évolution qui semble pratiquement inéluctable si rien n’est sérieusement engagé par ailleurs.
D’où la nécessité de mettre en œuvre une politique multimodale des déplacements et en particulier une politique favorisant les modes de déplacements doux et non polluants (tram-train, bus, vélo sur de petites distances, rollers etc).





















