Un homme de cœur s’en est parti

2 mars 2009

Il s’appelait Sadeck Omarjee, c’était Tonton pour les uns. Pour les autres, et ils sont légion, c’était l’homme qui rendait service.
Il était un mari bienveillant et un père remarquable, certainement aussi un frère compatissant et protecteur.
On a partagé des moments de grands fous rire, et dans les peines, il était celui qui savait parler, qui savait comment conjurer par la magie des mots les plus grandes détresses.
L’homme discret, calme et patient, qui combinait en lui tout cela était certainement le mieux armé d’entre nous pour affronter ce que nous réserve la vie d’aujourd’hui avec son lot de mauvaises nouvelles, plus abasourdissantes les unes que les autres.
Et pourtant, il s’en est allé d’un coup, d’un seul rejoindre Notre Créateur. Comme il l’avait dit, en l’espace d’un éclair, il s’est éteint.
Il est parti, et ce départ, à l’instar de chaque départ, doit nous rappeler combien notre vie ici-bas est éphémère, que notre tour viendra à nous aussi, musulman comme lui, croyant ou pas.

Trop souvent, nous nourrissons notre ego de ce que cette vie terrestre nous promet de beau et de meilleur, alors qu’elle n’est qu’une distraction pour les hommes.
Trop souvent, on croit tellement en ce que l’on fait, on veut tellement amuser le monde par ce que l’on est ou l’on croit être, qu’on finit par prendre nos mensonges quotidiens pour des vérités, en croyant tromper les autres on finit par se tromper soi-même.
Trop souvent, nous usons de notre force et de notre capacité de nuire pour se faire une place dans la vie pourtant équivalente à celle d’un minuscule grain de sable dans une dune d’un désert immense.

Tonton Sadeck, le serein, l’homme affable, n’était pas de ceux-là. Bien au contraire, il savait combien la vie d’un homme ne tient toujours qu’à un fil. Il s’efforçait constamment de tisser des liens entre les hommes plutôt que de les éloigner. Trop sensible, on pourra se dire qu’il est parti trop tôt, mais c’était son Heure à lui, à l’instar de notre propre horloge qui arrêtera elle aussi un jour sa marche folle.

La mort est là pour nous rappeler l’essentiel, que la vie n’est pas un don dont on fait usage comme bon nous semble.
Désormais, même s’il nous sera très difficile de parler de lui au passé, l’important n’est-il pas que son souvenir puisse être l’occasion pour nous de faire notre propre examen de conscience pour que nous devenions meilleurs ?
Que la mort nous accueille alors que Notre Créateur nous agrée en état de repentance, que l’on ne se le dise pas seulement, que l’on ne l’écrive pas vainement, prions pour le vivre réellement.

Aamine.


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Témoignages - 82e année


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