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Lettre d’humeur
16 avril 2008
« Servis kabaré dan la kour l’ODC, sa la pa la ont ? » « Servis Kabaré i doi rèss dan la kour privé, dan la famiy. I fé sa po respèk nout bann zansèt, pa po fé lestré dési podium ». Les commentaires n’ont pas manqué sur la programmation d’un servis kabaré, devant un public de non initiés. Est-ce un si grand problème de montrer une part de notre culture ?


Non à la vulgarisation mal placée, je dirais même malsaine », expliquait un amateur de servis kabaré.
« Moi, c’est en famille que j’honore mes ancêtres, pas devant un public qui ne connaît rien au pourquoi de la cérémonie. Kozman ti Dalon appelle qui ? A qui ils rendent hommage quand ils appellent l’esprit ? Est-ce qu’ils ont fait venir sur scène Gramoun Bébé en personne ? Je ne suis pas d’accord avec ce genre de pratique irrespectueuse de la tradition. La tradition veut que ce soit une cérémonie humble, sans question d’argent. Le servis kabaré qu’ils ont fait, c’est comme une profanation, à mon sens », déclarait un pratiquant de servis kabaré. « On ne peut pas jouer avec le sacré à ce point. C’est dangereux », concluait-il.
La programmation d’un servis kabaré a soulevé une question intéressante. Quelle place doit-on lui donner ?
Et si l’ODC répondait
Doit-on sortir cet hommage aux ancêtres du lieu consacré ? Le servis kabaré a-t-il sa place sous les projecteurs ? Et si la culture avait ses limites ? Et s’il ne fallait pas confondre culturel et cultuel ? Qu’est-ce qu’un servis kabaré ? Est-ce un concert ? Un kabar ? Ou est-ce plutôt un rite religieux ? « C’est un hommage ancestral, qui relève de la divinité, du sacré. Cet hommage ne peut être à but lucratif, et est réservé à l’endroit consacré », estime un festivalier, qui ne s’est pas déplacé pour voir ce qu’il qualifie de « manque de respect ».
Longtemps ignorés, les servis kabaré attirent aujourd’hui des Réunionnais bien sûr, descendants de Malgaches ou non, mais aussi des touristes ou des “zorèy” fraîchement débarqués, qui veulent découvrir l’animisme, la transe. Est-ce seulement cela ? En fait, l’ODC explique sereinement que ce spectacle allait dans le sens de la découverte, de l’ouverture sur la culture réunionnaise. Le servis kabaré est-il du ressort du culturel ? Pas seulement. On entend évidemment le maloya dans un servis kabaré. Mais on ne peut ignorer qu’il y a aussi un aspect bien loin des seules festivités, que le servis kabaré n’est pas seulement fêté.
L’ODC proposait un plateau kabaré, pour célébrer qui au juste ? Pour honorer quel ancêtre ? Il faudrait que les programmateurs culturels fassent la différence entre culturel et cultuel. A-t-on idée de faire une messe avant un concert ? Une marche sur le feu avant un spectacle ?
P. Julie
Le CRAN contre le servis kabaré au festival Artkenciel
« Le Conseil Représentatif des Associations Noires de La Réunion félicite l’initiative de l’ODC pour son festival Artkenciel, un partage des valeurs culturelles des peuples du monde.
Sauf que le CRAN Région Réunion crie son indignation dans la mise en scène du servis kabaré dans le programme de cette semaine Artkenciel.
Nous appelons à une grande vigilance dans la préservation de nos cultes. Nous rappelons que les descendants d’esclaves et d’engagés n’ont pas à cautionner, avec les financeurs et les organisateurs, la profanation, la commercialisation du culte sacré, héritage donné par nos Ancêtres, jusqu’ici resté dans les sphères familiales.
Le CRAN Région Réunion appelle à la raison pour le respect de nos pratiques cultuelles. »
Le Président du CRAN Région Réunion,
Erick Murin
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