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Les préconisations de la mission de la présidente du Comité pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage
16 novembre 2011

Voici les préconisations de la mission conduite par Françoise Vergès sur le travail mémoriel au sujet des ’zoos humains’. La première concerne l’installation d’un mémorial traditionnel, qui pourrait être un totem kanak, au Jardin d’acclimatation à Paris, un lieu d’expositions d’êtres humains à l’époque de la République coloniale. Ces préconisations sont issues d’un rapport remis hier à la ministre de l’Outre-mer lors d’une conférence de presse à la rue Oudinot.
Première préconisation : l’inscription mémorielle au Jardin d’acclimatation
La Mission propose l’installation d’un mémorial traditionnel, par exemple un totem kanak. Cette action a été proposée par la direction du Jardin. En outre, il est recommandé un développement des contenus informatifs (brochure, documentation en ligne…) sur le Jardin et les expositions ethnographiques.
La Mission demande à la ville de Paris de privilégier des actions d’information et de médiation pour le public et pour les scolaires sur les expositions coloniales et les expositions ethnographiques
En Guyane, la Mission considère qu’un monument honorant l’histoire et la résistance des peuples amérindiens est indispensable. Un tel projet est en cours de réalisation avec le soutien du Conseil Régional de Guyane.
Deuxième préconisation : la signalisation dans l’espace public des lieux liés à l’histoire ultramarine et coloniale
Le défi majeur qu’a rencontré notre Mission réside dans le souhait d’inscrire la mémoire de cette histoire dans l’espace public sans marquer davantage des paysages urbains saturés par l’accumulation de stèles, de plaques et de panneaux. En outre, déplorant les effets d’un traitement au coup par coup, des demandes de reconnaissance historique et la fragmentation des grandes questions mémorielles, la Mission s’est efforcée de contribuer à proposer des pistes pour une inscription cohérente dans l’espace public des mémoires liées à l’histoire coloniale de la France.
En conséquence, la Mission préconise, et dans un premier temps d’expérimenter cette préconisation à Paris. La Ville de Paris a d’ailleurs exprimé son intérêt et son soutien pour cette proposition.
Troisième préconisation : la valorisation des archives autour des expositions coloniales et des spectacles ethnographiques
Quatrième préconisation : la protection du patrimoine immatériel des Outre-mer par la mise en place d’un programme de collecte des mémoires orales :
La Mission a été attentive à la fragilisation de cultures dans lesquelles la transmission orale est essentielle, et en particulier à la question de la disparition du patrimoine linguistique de certains groupes autochtones en Guyane.
Dans ce contexte, faisant écho à une attente exprimée dans le cadre des États généraux de l’Outre-mer en 2009, la Mission préconise la mise en place d’un programme de collecte des mémoires orales qui pourrait ainsi être initié en Guyane, en lien étroit avec le Conseil régional et les services de l’Etat, et en partenariat avec l’Agence du Service Civique, et avec un accent sur la problématique de la sauvegarde des langues à élaborer avec les services compétents et le soutien de la Fondation Chirac.
Cinquième préconisation : l’élaboration d’une doctrine et d’un code de bonnes pratiques sur la question de l’identification et de la restitution éventuelle des restes humains des collections patrimoniales
En effet, dans le cours de ses travaux, la Mission a souhaité poser la question du traitement des restes humains conservés dans les collections patrimoniales et les institutions publiques françaises. On sait que trois parmi les Kali’na exhibés en 1892 sont décédés à Paris. Cette question revêt, dans la plupart des grands pays européens, un caractère politique en raison du lien entre la mise en place de ces collections et l’expansion coloniale. À ce jour, le seul cas de restitution de corps suite aux exhibitions ethnographiques concerne les restes de cinq Kawesqars morts durant leur exhibition en 1881 à Paris et à Berlin et rendus par la Suisse au Chili en janvier 2010. Dans ce contexte, la Mission préconise :
- Un inventaire des restes humains identifiables liés à l’histoire coloniale conservés dans les collections des musées, des centres de recherche ou des universités ou des institutions ;
- La mise en place d’actions de médiation auprès du grand public pour expliquer les enjeux des collections anthropologiques et les procédures de déclassement et de restitution ;
- L’élaboration d’une doctrine claire et complète en matière de déclassement et de restitution des restes humains, d’un code de bonnes pratiques et de coopérations avec les pays et les groupes concernés pour favoriser les échanges et des formes de restitution morale ;
- Le lancement d’une enquête sur le sort des dépouilles des Kalina morts à Paris en 1892 ;
- La mise en oeuvre d’une cérémonie de restitution de la tête du chef kanak ATAIÅN tué lors de la grande révolte de 1878 en Nouvelle-Calédonie.
Sixième préconisation : la protection de la diversité des populations dans les Outre-mer et en particulier des populations autochtones et tribales
La Mission suggère également des actions à moyen terme dans le domaine de la recherche, de l’éducation et de la culture :
- Incuber en France un centre de recherche sur les questions coloniales et postcoloniales pluridisciplinaire, associé à une grande institution culturelle ;
- Veiller à la cohérence de l’inscription de l’histoire coloniale dans les programmes scolaires et à leur mise en valeur dans les collections patrimoniales françaises ;
- Réaliser des supports éducatifs sur les populations autochtones Outre-mer et dans le monde, par exemple avec le CIDEM ;
- Concevoir une exposition itinérante à destination des publics scolaires de Guyane sur l’histoire de la Guyane ;
- Développer des programmes audiovisuels, documentaires et fictions, autour de l’histoire coloniale.
Risque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
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