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9 juillet 2010
Adepte du "lynchage" de ses adversaires depuis sa prise de pouvoir en 2007, l’UMP doit aujourd’hui faire face à un sévère retour de bâton. Les invectives contre les opposants ne parviennent plus à couvrir un système bien réel de préférences et de passe-droit. A La Réunion, le lynchage reste la méthode ordinaire pour un bon nombre de représentants du parti présidentiel, dont le Président de la Région Réunion lui-même. La diffamation, les invectives, les accusations sans preuves systématiquement utilisées par l’UMP pendant des années continuent d’avoir cours, alors que l’économie et la société réunionnaise s’écroulent.

En juillet 2009, les auteurs du blocus de la Région ont utilisé les procédés fascisants et anti-sémites de l’extrême-droite des années 30 en insultant les élus choisis par le peuple réunionnais. Cela fait déjà des années que l’opposition à la ligne du développement pratique le lynchage systématique comme moyens "normal" de faire campagne.
Depuis plus d’un mois, les 18.000 euros mensuels de Christine Boutin, les 12.000 euros de cigares de Christian Blanc, le vol privé à 116.000 euros d’Alain Joyandet et les ramifications politico-financières de l’affaire Woerth-Bettencourt occupent les médias : chaque jour, ceux-ci révèlent l’existence d’abus et de privilèges qui paraissent insupportables aux citoyens auxquels on demande des sacrifices sans fin.
L’UMP, arroseur arrosé
C’est avec des trémolos dans la voix et des sanglots d’auto-apitoiement que les membres de l’exécutif mis en cause dans les "affaires" se plaignent du « lynchage » dont ils estiment être victimes.
L’UMP qui appelle aujourd’hui à la « mesure », aux « valeurs », et prône le « respect » se retrouve dans la position de l’arroseur arrosé : depuis la campagne présidentielle de 2007 — mais s’est-elle arrêtée ? —, le parti présidentiel n’a cessé de dégrader les termes du débat politique, d’attaquer personnellement ses adversaires, de multiplier les coups bas. Une stratégie de dénigrement systématique, basée sur le maniement du sous-entendu, la manipulation des rumeurs, les déclarations populistes, voire le mensonge pur et simple : en un mot, l’UMP n’a cessé, au cours des trois dernières années, de “lyncher” ses adversaires, dans le but d’éviter la compétition sur le terrain des idées et des projets.
Dans l’Hexagone, la campagne des Régionales a vu ces tripotages atteindre l’ignoble lors de « l’affaire Soumaré ». Désireux de se débarrasser du candidat PS Ali Soumaré, deux ministres avaient avancé contre ce dernier des accusations infâmantes, l’accusant d’être un « délinquant multi-récidiviste ». But de la manœuvre : capter les voix de l’extrême-droite, en jouant sur l’imaginaire teinté de racisme qui assimile « jeune issu de l’immigration » et « délinquant ». On connaît la suite : démasqués, les protagonistes de la manipulation ont dû faire marche arrière, et la candidate UMP Valérie Pécresse n’en a été que mieux battue.
A La Réunion, la banalisation du lynchage
En terme de lynchage, les membres de l’UMP hexagonale font pourtant figure d’apprentis en comparaison de leurs homologues réunionnais. Dès l’arrivée de Paul Vergès à la Région, les diffamations, invectives, propos racistes et dégradants se sont graduellement imposés comme vocabulaire habituel dans les rangs de la Droite “ultra”.
Une maladie contagieuse : de dérapages en outrances, une humeur idéologique fascisante a fini par s’imposer dans notre pays. Ce phénomène n’a pas épargné les milieux où l’on pouvait croire que le rapport républicain était définitivement instauré : en janvier dernier, face au mépris ouvertement affiché par le représentant de l’Etat du moment, la Présidente du Conseil général, Nassimah Dindar, a dû rappeler à ce dernier qu’elle était une élue et non une « bougnoule de la République ». Fort médiatisé, cet incident ne fait que traduire l’ambiance politique qui s’est instaurée dans notre île, où le lynchage politique et l’absence du respect minimal des personnes sont devenus l’ordinaire dans les rangs de l’UMP et de ses alliés. Les exemples de ce comportement pourraient remplir des cahiers entiers.
L’une des manifestations les plus spectaculaires de ce pourrissement des mœurs politiques eut lieu en juillet 2009, lors du (second) blocage de la Région, alors dirigée par Paul Vergès, par les gros patrons du transport routier : empruntant directement à l’imagerie fasciste traditionnelle, ces soutiens avérés de l’UMP et de Didier Robert traitaient les élus de « rats », arborant des banderoles caricaturant conseillers régionaux et généraux sous les traits de rongeurs, semblables en tous points aux affiches antisémites des années 1930.
Le scrutin des Régionales a été le point culminant : les mensonges sciemment entretenus et mille fois répétés sur le salaire de Françoise Vergès ; les accusations diffamatoires d’absentéisme ; les dénonciations abusives ; les détournements de l’institution judiciaire, voire les invectives racistes se sont imposés dans les rangs de l’UMP comme des moyens “normaux” de faire campagne.
Dans l’Hexagone, les dérapages de l’UMP se heurtent — comme dans l’affaire Soumaré — à l’indignation de la société civile. Dans notre île, les faiseurs d’opinion n’ont que fort peu réagi, montrant bien souvent une certaine complaisance envers des dérives de plus en plus présentes dans la pratique politique réunionnaise.
A quand le retour de bâton ?
Le vent mauvais semé par l’UMP de Nicolas Sarkozy est en train de tourner ; une tempête s’amasse, qui risque d’emporter un exécutif qui a gouverné l’injure aux lèvres. A La Réunion, les évènements semblent prendre une direction différente… pour le moment.
Malgré sa victoire, le nouveau Président de la Région n’en continue pas moins de “lyncher” ses contradicteurs : ainsi, incapable de tenir ses engagements en termes d’investissements publics, responsable de la perte des plus de 2 milliards du Protocole de Matignon, démolisseur de routes et de trains, Didier Robert a attaqué son prédécesseur, multipliant les outrances et le menaçant abusivement de « poursuites », en vue de masquer son échec. La succursale réunionnaise de l’UMP étant en tous points identique à sa Direction hexagonale, elle pourrait bien subir demain le même retour de bâton : aujourd’hui, ses dirigeants mènent la belle vie, vont “batt’ carré” de par le monde sans raison sérieuse, distribuent de l’argent à des associations amies, festoient au milieu des ruines qu’ils sèment… sans encourir la moindre critique.
Jusqu’à quand ?
Geoffroy Géraud-Legros
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