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Quand le mauvais classement des élèves français, cache la fracture sociale

Julie Pontalba / 10 décembre 2020

L’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économique) qui regroupe 37 pays vient de faire paraitre les résultats des différentes enquêtes-test triennales scolaires. La France est en fin de classement. L’OCDE met en lumière les corrélations entre situation sociale et résultats scolaires, il urge La France à diminuer les inégalités.


Personne n’a été surpris. Depuis des dizaines d’années, les performances des élèves français ne cessent de baisser, pour arriver avant dernier en mathématiques et en sciences selon les tests passés en 2018. Pas de panique, si on écoute le gouvernement car d’après le ministre de l’Education Nationale, « la France a pris le taureau par les cornes » mais il serait encore trop tôt pour voir les résultats.

Le ministre s’appuie sur les efforts qui ont été faits pour le recrutement des enseignants et la formation continue. La formation initiale consacre maintenant 55% du temps à 2 matières : Français et Mathématiques. Les programmes ont été modifiés vers de nouvelles priorités et des pratiques de proximité. Les effectifs des classes de CP et CE1 des réseaux prioritaires ont été coupés en deux. On se rappelle aussi de la fameuse « méthode Singapour » lancer en 2018.

La forte progression du Portugal qui a misé sur la formation des enseignants est citée en exemple. Cela est pourtant en contradiction avec la dernière réforme des lycées qui a rendu les mathématiques « optionnelles » au lycée ; pas sûr que cela donnera des Professeurs des Ecoles meilleurs en mathématiques, avec ses répercussions chez les élèves !

Mais la réponse ne relèverait pas de la pédagogie seule. Les résultats montrent qu’en France, beaucoup plus que dans les autres pays, il y a une forte corrélation entre mauvais résultats et milieu social défavorisé. Un profond changement sociétal serait donc nécessaire.

Dans son discours adressé aux dirigeants français, le 3 décembre 2019, la Secrétaire Générale de l’OCDE, Angel Gurría, explique que « La France est l’un des pays les plus inégalitaires de la zone OCDE quant aux résultats PISA 2018. » Elle poursuit : « Les élèves français de milieux socio-économiques défavorisés sont cinq fois plus nombreux que ceux de milieux favorisés à ne pas atteindre le niveau minimal de lecture. C’est l’un des scores les plus élevés des pays de l’OCDE. Les enfants issus de l’immigration sont également lourdement touchés par les inégalités. »

La secrétaire pointe aussi du doigt la formation des enseignants quant à la prise en charge des élèves. Elle explique que « La France est l’un des pays de l’OCDE où les élèves se sentent le moins soutenu par leurs enseignants. C’est très préoccupant…La France est l’un des pays de l’OCDE où les élèves se plaignent le plus du temps perdu en classe, du fait de problème de disciplines ».

Force est de constater que les réactions du ministère Blanquer ne répondent pas à cette appréciation et les résultats continuent de baisser.

Dans ces conditions, la France devrait agir en profondeur sur son système scolaire en prenant exemple sur les pays qui réussissent. Elle devrait prioritairement travailler à diminuer les inégalités sociales, à faire en sorte que l’école ne les reproduisent pas et n’est pas le lieu où l’on creuse encore plus les écarts.

Le véritable enjeu serait non seulement de rétablir « l’équité sociale » mais aussi de développer les compétences dont les pays auront besoin demain. Pour l’instant le compte n’y est pas.

Julie Pontalba