L’INSEE se met au diapason européen

« Chômage : La baisse se poursuit et s’accentue »

21 novembre 2007

L’enquête Emploi menée par l’INSEE au 2ème trimestre 2007 confirme la baisse continue du chômage amorcée depuis mai 2004. Mais elle présente aussi une particularité : elle a été faite sur la base des critères du BIT selon Eurostat - comme seront faites toutes les enquêtes Emploi désormais - et selon l’ancienne interprétation, dont les résultats sont présentés en parallèle dans un souci de transparence.

« C’est la dernière fois (la première aussi - Ndlr) que nous présentons l’évolution du taux de chômage selon les deux définitions », a précisé Jean Gaillard. Dans les deux définitions, il est en baisse.
Selon la définition Eurostat, le taux de chômage est en recul de 3,3 points : de 27,5% au second trimestre 2006, il est passé à 24,2%, le chiffre officiel du chômage rapporté à la population active en cette fin d’année 2007. Ce recul est de 8 points depuis le pic de 2004 (32,2%) et de 10 points depuis les maxima de 98-99.

Des évolutions contrastées

Le nombre des chômeurs s’établit en cette fin d’année à 75.852, en recul de 10.892 sur 1 an et de 20.328 sur 3 ans. Ce recul bénéficie plus aux hommes qu’aux femmes, puisque depuis l’an dernier, on compte 6.971 chômeurs de moins (-3,6 points) contre seulement 3.921 chômeuses en moins (-2,9 points). Il y a plusieurs raisons à cette disparité, dont la principale pointée par l’INSEE est le fort taux d’embauche dans le Bâtiment où, quoiqu’en disent les campagnes publicitaires, l’emploi reste très fortement masculin.
Les évolutions sont également différentes selon l’âge : 19.160 demandeurs d’emploi ont moins de 25 ans ; ils sont 49.470 dans la tranche des 25-49 ans, celle des actifs les plus nombreux, et 7.220 sont âgés de 50 ans et plus. Rapportés au nombre total des chômeurs, les moins de 25 ans représentent environ un quart et l’INSEE note qu’ils sont moins présents sur le marché du travail : d’une part, en raison d’une mobilité plus importante et aussi parce qu’ils suivent des études plus longues. Mais ce n’est qu’un aspect de la question des jeunes, car rapportés à la population des actifs de cet âge (15-24 ans), ces 19.160 jeunes représentent près de la moitié de cette catégorie (49%) qui est encore au chômage. La baisse est sensible en valeurs absolues, puisque l’INSEE a compté 3.650 jeunes chômeurs en moins depuis 2 ans, mais en proportion, cela représente encore près de la moitié des jeunes en âge de travailler.

Plus de seniors actifs

Chez les plus de 50 ans, le taux de chômage a baissé de 2 points sur les deux dernières années. Cela résulte à la fois d’une augmentation de 6% des actifs de plus de 50 ans occupés (+6.326), malgré la sortie des plus âgés, et d’une diminution légère des effectifs de chômeurs. S’ils ne sont plus “que” 13,8% à être privés d’emploi parmi les seniors, « c’est sans doute le résultat des politiques publiques qui ont aidé les seniors à sortir du marché du travail », commente Jean Gaillard, en évoquant « l’accroissement des bénéficiaires du Revenu de solidarité ». « Au total, 6.700 personnes ont pu ainsi se retirer du marché du travail ».

Forte création d’emplois, mais...

La première cause de la baisse du taux de chômage dans notre île est, selon les données de l’INSEE, une très forte création d’emplois : 8.900 environ entre le 2ème semestre 2006 et le 2ème semestre 2007. C’est dû en premier lieu au dynamisme du secteur privé marchand, qui s’est accru de 6.000 salariés. Ce dynamisme est notable depuis bientôt 3 ans, et il est principalement le fait du BTP, dont l’effectif salarié est en augmentation de 13,3%.
Environ 2.000 autres créations d’emplois sont des emplois non-salariés, liés « à la dynamique des créations d’entreprises ainsi qu’à un meilleur taux de survie de ces entreprises », explique-t-on à l’INSEE. Son Directeur, Jean Gaillard, veut bien admettre que « tout ceci représente des progrès considérables, mais... ».
Les réserves sont de trois ordres :
La première réserve est que si le taux d’emploi a fortement progressé depuis 4 ans et augmenté de 3 points depuis 2 ans pour s’établir à 44,5%, il reste loin de ce qu’il est en France (continentale), où il s’établit à 63%. Le taux d’emploi mesure la proportion de personnes en emploi dans la population totale âgée de 15 à 64 ans, et la création d’emplois chez nous a été plus rapide que l’augmentation de la population. Néanmoins, nous restons encore loin du niveau national.
Le second bémol est que le taux d’activité stagne à 57% chez nous, alors qu’il est de 69% en France. Ce taux résulte du rapport entre la population qui a un emploi, ou qui en cherche un, à la population en âge de travailler. Et enfin, ces bons résultats n’effacent pas le fait que La Réunion reste le DOM qui garde le taux de chômage le plus élevé. Même diminué, il s’établit encore à 24,2% dans notre île, alors qu’il est de 22,7% en Guadeloupe, de 21,2% en Martinique, de 20,3% en Guyane et de 8,1% en France. Le taux de chômage “France métropolitaine + DOM” est de 8,4%.
En conclusion, l’important pour l’INSEE est de noter que dans les deux définitions au sens des critères du BIT - l’interprétation ancienne et celle d’Eurostat -, le taux de chômage baisse de 3 points environ. Il s’établit à 24,2% selon l’interprétation européenne et aurait été de 25,8% selon l’ancienne définition des critères internationaux. Cette baisse est plus prononcée depuis 2004, mais l’évolution est sensiblement la même depuis 2002, date à partir de laquelle l’écart entre les deux courbes s’est réduit de moitié, selon l’INSEE, du fait de convocations plus fréquentes des demandeurs d’emploi suite à la mise en place du PARE. L’écart est de 1,6 point en 2007, comme en 2006.

P. David


Ce qui a changé dans les statistiques du chômage

Depuis une décision du mois de juillet 2007, les statistiques des Départements d’Outre-mer sont désormais incluses dans les données nationales, tout en restant lisibles séparément, puisque les résultats font apparaître un total “France métropolitaine” seule et un total “France métropolitaine + DOM”.
Un deuxième changement d’importance découle des recommandations émises dans le rapport établi par les deux Inspections générales des Finances et des Affaires sociales, pour trancher dans la polémique surgie entre l’INSEE et l’ANPE au sujet du décompte des chômeurs. Ce rapport a conforté l’enquête Emploi comme « seule source permettant de mettre en œuvre la définition du chômage préconisée par le Bureau International du Travail » (BIT/ILO), déconnectant complètement, d’autre part, les données statistiques de l’ANPE des statistiques générales. Cette première préconisation est assortie d’une deuxième, recommandant à l’INSEE d’aligner ses statistiques sur celles de l’espace européen, ce qui a eu pour conséquences des changements de définition, « avec une incidence forte sur l’ampleur des résultats », a noté Jean Gaillard, Directeur de l’INSEE-Réunion, en présentant les données trimestrielles du chômage.
« La population des chômeurs au sens du BIT ne coïncide pas avec celle des demandeurs d’emploi inscrits sur les listes de l’ANPE. Un chômeur au sens du BIT peut ne pas être inscrit à l’ANPE : en particulier, les jeunes ne s’inscrivent pas systématiquement. De la même manière, un demandeur d’emploi inscrit sur les listes de l’ANPE peut ne pas être considéré comme un chômeur au sens du BIT, s’il a par exemple travaillé (ne serait-ce qu’une heure) au cours de la semaine de référence (celle de l’enquête emploi) ou s’il n’a effectué aucune autre démarche active de recherche d’emploi », note l’INSEE.
Le principal changement introduit en 2007 est l’adoption du critère européen de “recherche active d’emploi” : la seule inscription comme demandeur d’emploi à l’ANPE n’est pas considéré comme une « recherche active ».


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