Di sak na pou di

Noël, une espérance possible

Reynolds Michel / 24 décembre 2020

J’ai été récemment, comme jamais auparavant, confronté de très près à la mort d’amis très chers. J’ai pu admirer le dévouement extraordinaire de leurs proches pour les accompagner dans cette étape ultime de leur vie terrestre, sans oublier les soignant-e-s. Quelle belle leçon de vie ! Mais quelle souffrance pour la famille et amis proches à l’annonce, parfois brutale, qu’ils/elles sont en fin de vie, annonce accompagnée de l’arrêt progressif des soins ! La souffrance de l’épouse ou de l’époux et des enfants…qui, au bord des larmes, voient partir doucement la personne aimée pour je ne sais quel ailleurs et quel devenir ! Comment ensuite faire le deuil de cette soudaine absence, de cette perte, de ce séisme ?

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Comment entendre le message d’espérance de Noël dans la nuit du deuil, dans la nuit du monde ?
Une petite lumière dans la nuit
« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi », nous dit le prophète Isaïe (9,1-6) dans la liturgie de la nuit de Noël. Une lumière s’est levée dans la nuit de l’oppression, dans la nuit de la violence des guerres et des injustices, dans la nuit du deuil. Une lumière a brillé dans la nuit. Car un enfant nous est né, « un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire » nous est donné (Luc 2, 6-7). C’est cette annonce de Noël qui fait irruption dans la nuit de nos vies endeuillées par toutes sortes de malheur. Un nouveau-né, c’est une petite lumière dans la nuit, une ouverture sur l’inespéré au plus noir de chaque nuit, la grâce d’un recommencement, d’une renaissance.
Pour accueillir cette lumière, il nous est demandé de regarder vers l’avant, de nous lever, de marcher en direction du lieu indiqué par l’étoile, vers le nouveau-né couché dans une mangeoire dans toute sa nudité, sa fragilité, tout un étant signe d’espérance qui nous donne le goût de vivre, à retrouver le goût de vivre. C’est une annonce qui s’adresse à toutes et à tous, aux incroyants comme aux croyants.
Pour les croyants de confession chrétienne, cet enfant est le signe de la tendresse de Dieu, c’est Dieu avec nous, Dieu qui épouse notre condition humaine, notre humanité avec ses peines et ses joies, en la parcourant de l’enfance à la mort. Il est descendu vers nous pour nous faire monter vers lui. « De riche qu’il était, il s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté », nous dit Paul (2 Co 8,9). Nous sommes là devant une véritable réhabilitation de l’homme, devant une véritable revalorisation de l’ici-bas, du corps, du monde. « Dieu s’étant fait homme, l’homme est désormais la mesure de toutes choses », nous dit le grand théologien protestant, Karl Barth. Du coup, les humains sont renvoyés à leur responsabilité dans le monde ; de ce fait, nous sommes invités à être des fils et filles de lumière. « Deviens lumière et tu verras la Lumière... Tout est là. Ne cherche pas ailleurs le sens de cet événement-avènement. L’humanité fraternelle de Jésus porte le jour qui doit se lever en toi.
Le Dieu vivant est remis entre tes mains. A toi de créer, avec Dieu et à son image, un monde de joie, de lumière, de beauté. », nous dit Maurice Zundel.

Mais être les fils et les filles de cette espérance n’est pas simple. Car notre existence n’est pas sans faille. Nous sommes des témoins humains avec nos faiblesses, nos blessures et nos forces. Mais c’est précisément parce que notre existence est faite de multiples morts que nous pouvons espérer et êtres porteurs ou porteuses d’espérance, une espérance qui brille au plus profond de la nuit.

Joyeux Noël à vous !

Reynolds Michel