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Après les sommets du G7 et du G20
14 octobre 2008, par

Quand George Bush dit en substance aux pays du monde qu’ils doivent s’adapter aux décisions du gouvernement américain pour régler les conséquences de la crise aux Etats-Unis, il souligne la stratégie qu’il met en oeuvre pour donner les moyens à son pays de reprendre la main sur l’économie mondiale. Et il lance également un avertissement aux Européens.
Depuis la fin de la seconde guerre mondiale et les accords de Bretton Woods, les Etats-Unis ont réussi à imposer des règles à l’économie mondiale, au service de leurs intérêts. Grâce à la dictature du dollar, ils peuvent vivre aux crochets du monde. La dette des Etats-Unis explose, car la politique menée par les gouvernements américains et l’héritage de Bretton Woods permettent à ce pays de vivre au-dessus de ces moyens. Mais cette situation menace l’équilibre du monde, et le leadership américain est contesté. La création d’une monnaie unique en Europe, l’euro, est une preuve de cette contestation. Et les pays du Golfe persique avaient prévu d’imiter l’exemple des Européens en créant une devise commune.
Ces initiatives ne peuvent que menacer le leadership des Etats-Unis. Alors, à quelques semaines de la fin de son mandat, George Bush a décidé de frapper un grand coup.
Le gouvernement américain a profité de la crise des "subprimes" pour lancer une offensive monétaire. Car au-delà des faillites et de la chute des Bourses se trouve une stratégie de Washington : reprendre la main sur l’économie mondiale. L’Europe a pris conscience de cette situation, comme l’indiquent les propos tenus par plusieurs responsables.
« Tirer les leçons sans complaisance »
Le 25 septembre à Toulon, le président de la République avait déclaré qu’« on ne peut pas prendre le risque de recommencer. (...) Les responsabilités devront être recherchées ». Le 3 octobre sur "France 24", le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, désignait lui aussi des coupables : « Ce sont des événements extrêmement importants et graves qui doivent nous conduire à en tirer absolument toutes les leçons sans complaisance ».
Ce sont des propos très durs de la part de responsables européens, mais ils signifient clairement qu’ils ont une idée sur la question des coupables de la situation. Mais pourquoi les Européens ne vont-ils pas jusqu’à dénoncer les Etats-Unis ?
Vendredi et samedi ont eu lieu deux réunions ministérielles sur le thème de la crise mondiale : le G7 et le G20. N’étant pas ministre, George Bush n’était pas invité aux débats. Mais il est venu, et il s’est imposé. Cela lui a permis de focaliser l’attention des médias sur son discours et son interprétation de la situation. George Bush a déclaré que la crise était mondiale, et qu’elle demandait une réaction coordonnée à l’échelle mondiale. Peu de temps après, sans en référer à d’autres Etats, George Bush présentait un plan de plus de 700 milliards pour venir en aide aux banques américaines et régler les problèmes des Etats-Unis, quelles qu’en soient les conséquences pour les autres pays du monde.
L’euro survivra-t-il ?
Alors, quand George Bush parle d’une concertation mondiale pour régler la crise, c’est presque du mépris et du cynisme vis-à-vis des autres pays du monde, et notamment les Européens. Probablement au courant des mesures que les Européens ont annoncé hier (voir encadré), le président des Etats-Unis a voulu leur couper l’herbe sous le pied en leur disant en substance : ne prenez pas d’autres décisions, adaptez-vous à la décision que j’ai prise pour reprendre la main sur l’économie mondiale.
Si de tels propos ne suscitent pas de réaction, c’est parce que pour le moment, le gouvernement des Etats-Unis a réussi à faire avancer sa stratégie : consolider l’hégémonie des Etats-Unis. En effet, la semaine dernière, la confiance avait quitté l’Europe, entraînant l’affaiblissement de l’euro.
Hier, les Européens ont lancé le signal de la contre-offensive : 400 milliards d’euros pour l’Allemagne, 300 milliards d’euros pour la France, et cela sans tenir compte de la mise en garde de George Bush.
Si l’euro arrive à sortir de la crise, alors la résistance au dollar aura réussi, et la stratégie du gouvernement américain aura échoué.
Manuel Marchal
700 milliards d’euros de la France et de l’Allemagne
L’Europe se donne les moyens de résister
Hier, l’Allemagne et la France ont annoncé à la même heure un plan de sauvetage de leurs banques. Ces deux moteurs de la zone euro mettent 700 milliards d’euros sur la table. Ils se donnent donc les moyens de lutter à armes égales contre le "plan Paulson". Cela prouve que les Européens ont compris que le gouvernement américain veut la mort de l’euro. Vont-ils réussir à résister ? Londres a annoncé la semaine dernière un plan équivalent au "plan Paulson". Ces 450 milliards de livres feront-t-elles pencher la balance vers l’euro, ou seront-elles un outil au service de la dictature du dollar ?
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