Changement climatique

Berguitta : cyclone en formation inquiétant pour La Réunion

La tempête sera dans deux jours un cyclone tropical intense

Manuel Marchal / 15 janvier 2018

Une tempête tropicale s’est formée au large de Rodrigues. Baptisée Berguitta, elle doit devenir un cyclone demain, et un cyclone tropical intense après-demain tout en se rapprochant de La Réunion. Le passage au plus près est prévu dans plusieurs jours sans exclure une trajectoire pouvant amener le centre du système à passer sur notre île. Avec les dégâts infligés par le passage à plusieurs centaines de kilomètres d’une tempête tropicale la semaine dernière, il y a de quoi s’inquiéter.

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Il faut remonter à 2014 pour le passage au large d’un cyclone. Les dégâts avaient été importants.

La Réunion se prépare-t-elle à subir une nouvelle épreuve ? La question se pose à la suite de la formation d’un système dépressionnaire au large de Rodrigues. Baptisé Berguitta, il va évoluer en cyclone puis en cyclone tropical très intense au cours des deux prochains jours. C’est à ce stade qu’il doit passer ultérieurement au plus près de La Réunion sans qu’une trajectoire croisant notre île ne soit à exclure.

La semaine dernière, La Réunion a connu le passage à plusieurs centaines de kilomètres de nos côtes. La tempête Ava a apporté de fortes pluies. Elles ont causé d’importants dégâts sur les routes. Pour évacuer un bloc menaçant mis au jour par l’érosion, la route du littoral a dû être fermée plusieurs jours.

Vent, pluies et houle

Pour qu’un système dépressionnaire soit qualifié de cyclone, il faut que la vitesse de ses vents dépasse une certaine valeur. Mais un cyclone, ce n’est pas que du vent. Ce sont aussi de fortes pluies. C’est cette eau de ruissellement qui provoque le plus de dégâts. Le relief de notre île amplifie ce phénomène. À Mayotte, cinq personnes ont perdu la vie parce qu’elles étaient contraintes de vivre dans une zone à risque. À cause des pluies, leur maison a été ensevelie par un glissement de terrain.

À La Réunion, les pluies de la semaine dernière ont fortement endommagé le réseau routier. Outre la route du littoral, celles de Cilaos et de Salazie, la commune du Tampon a vu des routes défoncées par l’eau de ruissellement ainsi que des maisons inondées. Le maire de cette ville a mis en cause des constructions qui ont détourné le lit des ravines.

L’autre danger vient de la mer. Le cyclone apporte de la houle. Ce sont toutes les habitations du littoral qui sont alors concernées. Dans le quartier de l’Etang à Saint-Louis, l’eau a déjà envahi les maisons à deux reprises ces derniers mois, et ce n’était pas un cyclone.

Par ailleurs, le chantier de la route en mer connaîtra son premier véritable test. C’est en effet la première fois qu’il est sous la menace d’un cyclone tropical. Si cette menace se concrétise, les dégâts seront riches d’enseignements.

Des précédents

Dès ce week-end, de nombreuses personnes se sont ruées sur les rayons d’eau minérale pour constituer des réserves en prévision du passage de Berguitta. Cela fait plusieurs années que La Réunion n’a pas connu le passage d’un cyclone. Il faut remonter aux premiers jours de l’année 2014 et celui de Bejisa. Pour celui de la zone la plus dangereuse d’un cyclone, les dates sont bien plus éloignées. Il faut se souvenir de Firinga qui ravagea le Sud de l’île en 1989. À cette époque, la population de l’île était inférieure à 700.000 habitants. Le plus dévastateur ayant encore des témoins reste le cyclone de 1948 qui fit de nombreuses victimes et transforma le centre-ville de Saint-Leu en un lit de rivière.

L’aménagement en question

Aujourd’hui, notre île compte plus de 800.000 habitants. Près d’un Réunionnais sur trois vit dans une zone à risque. Le littoral a connu une urbanisation galopante tandis que le souvenir des catastrophes du passé s’est estompé. Notre île a été couverte de routes, de parkings, de cours bétonnées ou asphaltées qui sont autant de zones imperméables qui empêche l’eau d’être stockées dans la terre. Cela accentue son ruissellement et la menace pour ceux qui vivent plus bas. À cela s’ajoute des constructions proches des ravines et de la mer. Ainsi à Saint-Leu, la zone ravagée par le cyclone de 1948 a vu ces dernières années la sortie de terre de nombreuses résidences de standing. De plus, les pouvoirs publics soutiennent la construction d’une ville nouvelle de plusieurs dizaines de milliers d’habitants à Cambaie, une zone au pied de la montagne proche de la mer.

Test redoutable

Au cours des prochains jours, les Réunionnais seront fixés. Berguitta peut être une bénédiction pour les agriculteurs et les habitants qui subissent les effets de la sécheresse à condition qu’elle passe loin au large. Mais si ce cyclone se rapproche, alors notre île sera confrontée à un test redoutable. Les précédents des fortes pluies de la semaine dernière sont inquiétants.

M.M.