Changement climatique

Berguitta : sérieux avertissement pour La Réunion

La rencontre d’une masse d’air sec sur la trajectoire d’un cyclone tropical intense a permis d’éviter le pire

Manuel Marchal / 19 janvier 2018

Berguitta s’éloigne et les dégâts sont considérables. Heureusement que le système a rencontréune masse d’air sec. Cela l’a affaibli et fait dévier d’une trajectoire qui l’amenait droit sur Maurice et La Réunion. La Réunion a échappé au pire, et Berguitta est un sérieux avertissement. Les pluies de la forte tempête tropicale se sont abattus sur des sols déjà gorgés d’eau à la suite du passage d’Ava. Les fortes pluies ont causé d’importantes inondations et une personne est portée disparue à la suite du franchissement d’un radier. Ceci rappelle qu’à La Réunion, l’eau reste le principal danger. Le système d’alerte est en question.

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La Réunion a frôlé une catastrophe. Le passage au large de la tempête tropicale Berguitta a causé d’importants dégâts dans le Sud. Une personne est portée disparue à la suite d’une tentative de franchissement d’un radier submergé. Cela aurait pu être bien pire. En effet, Berguitta est devenue un cyclone puis un cyclone tropical intense trois jours avant un passage possible sur l’île. Sur son chemin vers Maurice et La Réunion, la perturbation a rencontré une masse d’air sec. Cela l’a désorganisé. C’est la cause de son affaiblissement et d’un passage au Sud de Maurice et de La Réunion. Sinon, les deux îles auraient dû subir les assauts d’un cyclone intense avec des vents d’une vitesse sans doute supérieure à 200 kilomètres par heure, avec un passage sur les terres qui n’était pas à exclure. Les images de désolation causées par Irma à Saint-Barthélémy et à Saint-Martin montrent ce à quoi Maurice et La Réunion ont échappé.

Importantes conséquences

Bien que tempête tropicale, Berguitta est à l’origine de dégâts considérables. De fortes pluies se sont abattues sur des sols déjà gorgés d’eau à la suite des précipations de la tempête Ava la semaine précédente. Dans le sud, les ravines sont sorties de leurs lits. Les communes de cette région sont sinistrées. Des vents violents se sont également abattus. Cela a amené plusieurs maires à interdire la circulation sur le territoire communal, d’activer les dispositifs prévus pour l’alerte rouge et de demander à la population de se comporter comme en pareille circonstance.

Jeudi matin, le maintien en alerte orange a suscité une polémique. Cette décision s’est basée sur la prévision de l’absence de vents supérieurs à 150 kilomètres par heure.

Mais les pluies ont été de nature cycloniques. Elles ont ravagé le réseau routier, inondé des maisons, provoqué des glissements de terrain et imposé des évacuations. Le temps du retour à la normale sera long. Il faudra d’importants travaux pour réparer les routes, tandis que plus de 40 % de la population ne peut plus boire l’eau du robinet à cause d’impuretées. De plus, une envolée des prix est à craindre.

Mieux protéger la population

Cela pose la question du système d’alerte. En effet, l’eau de ruissellement est le principal danger à La Réunion. Et faute d’alerte rouge, des travailleurs ont dû prendre des risques pour aller pointer de peur de perdre une journée de salaire. La recommandation du préfet de ne pas circuler dans le Sud n’était pas suffisante. Certains demandent une régionalisation des alertes. Mais par le passé, ce dispositif était difficile à gérer car il impose en pratique de disposer des barrages sur toutes les zones concernées.

Si le vent cyclonique est une menace mortelle, l’eau l’est également. Gageons que cette donnée soit prise en compte pour aller vers un système d’alerte plus adapté.

Avec le changement climatique, La Réunion sera toujours plus menacée par la violence des tempêtes. En effet, la zone d’évolution des cyclones tropicaux très intense se rapproche progressivement de La Réunion. Nul doute que ce phénomène est lié au réchauffement rapide de la surface des océans. Or, 2015, 2016 et 2017 ont été les années les plus chaudes jamais observées. Cela accentue les probabilités d’une catastrophe.

Berguitta constitue donc un sérieux avertissement pour La Réunion. Plus que jamais, l’heure doit être à la mobilisation pour protéger la population des effets des fortes pluies. Cela suppose de mettre enfin en œuvre l’idée du plan de sécurisation des radiers et d’endiguement des ravines lancé voici 10 ans par Paul Vergès. Cela nécessite aussi l’abandon de tout projet vulnérable aux effets dévastateurs du changement climatique, et en tout premier lieu de la route en mer.

M.M.



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Messages






  • Les causes de cette catastrophe dans le Sud sont multiples,nos politiques et collectivités portent ont une grande part de responsabilité , sachant que les fortes pluies et les cyclones ne sont pas des phénomènes nouveaux . Ceci étant , personne n’a soulevé jusqu’ici la question de l’épierrage massif et sauvage des terres agricoles , pratiqué depuis 2 ans à la Réunion, de ces millions de tonnes d’andains extraits, destinés à la NRL. Je ne veux pas trop m’avancer, car j’ignore l’importance de ces extractions dans la Région-Sud.Mais, c’est un facteur à prendre en compte.Et les responsables , on les connait.

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