Changement climatique

La Réunion peut connaître un cyclone Matthew

Près de 900 morts, 350.000 personnes dans le besoin

Manuel Marchal / 10 octobre 2016

La semaine dernière, le passage du cyclone Matthew a provoqué la mort de près de 900 personnes à Haïti. Des millions de personnes ont été évacuées à Cuba et aux États-Unis. Un ouragan aussi puissant peut toucher La Réunion.

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Le Cyclone Matthew a frappé Haiti causant des dommages importants dans les villes de Jeremie et les Cayes, à l’ouest du pays. Photo : ONU/MINUSTAH/Logan Abassi

La Réunion entre dans la saison des cyclones. Ces phénomènes peuvent faire des dégâts considérables. C’est ce qu’a rappelé l’ouragan Matthew la semaine dernière. À Haïti, le cyclone est responsable de la mort de 842 personnes. Selon le gouvernement haïtien, près de 350.000 personnes ont besoin d’une aide urgente. Ce nombre représente près de la moitié de la population de La Réunion. À Cuba et aux États-Unis, la sécurité civile a imposé l’évacuation de millions de personnes.

Tout comme Haïti, La Réunion est une île tropicale. Notre île peut donc être touchée par un cyclone aussi puissant. Elle fait en effet partie du monde et obéit à ses règles géographiques et climatiques. Ces dernières sont d’ailleurs gravement bouleversées par les activités humaines qui influencent le climat. La consommation excessive de charbon et de pétrole a entraîné depuis 150 ans une hausse de la température moyenne du globe de 1 degré. Et avant la fin du siècle, il faudra encore ajouter 1 degré supplémentaire. Il faut normalement des millénaires pour observer des changements aussi importants. L’exploitation capitaliste a réduit ce délai à l’échelle du siècle. Cela amène une hausse rapide du niveau de la mer, des records de température, des sécheresses et la naissance de cyclones très violents.

La Réunion ne peut ignorer le monde

Illustration de cette situation sans précédent dans l’histoire, les scientifiques ne cessent de revoir chaque année à la hausse les conséquences de ce changement climatique. L’alerte est mondiale. Elle a amené les dirigeants du monde à adopter l’Accord de Paris en décembre dernier, et à se mobiliser pour qu’il entre en vigueur moins d’un an plus tard. Cette rapidité tranche avec toutes les hésitations qui avaient suivi l’adoption du Protocole de Kyoto. Cette prise de conscience est le résultat de faits objectifs qui s’accumulent au rythme des dégâts des cyclones, des sécheresses et des incendies de forêt. Elle est planétaire. Mais à La Réunion, des responsables politiques refusent d’intégrer cette réalité dans leurs décisions.

C’est ainsi que dans l’Est, Jean-Paul Virapoullé persiste à vouloir créer un concurrent au port de La Réunion. La montée du niveau de la mer doit pourtant imposer la mobilisation de sommes considérables pour protéger la seule infrastructure portuaire d’une île qui comptera un million d’habitants. Or, créer un nouveau port détournera des fonds précieux de cet objectif de sécurité publique.

Protéger la population

Il en va de même pour des projets aussi irréalistes qu’une route en mer à deux milliards d’euros voulue par Didier Rober, ou la construction d’une ville nouvelle dans la plaine côtière de Cambaie. La hausse du niveau de la mer désigne en effet le littoral comme la zone de tous les dangers. C’est d’autant plus vrai dans une île située sous les Tropiques, car s’ajoute la menace des cyclones. Le cyclone Matthew rappelle l’importance de protéger la population des conséquences d’un tel phénomène. Souhaitons que les autorités agissent avant qu’il ne soit trop tard en réorientant les crédits prévus pour le port de Bois-Rouge, la route en mer et la ville nouvelle de Cambaie vers des infrastructures qui tiennent compte de la réalité à laquelle La Réunion sera tôt ou tard confrontée.

M.M.