Changement climatique

Paul Vergès avait anticipé la COP21.

Ary Yée Chong Tchi Kan / 12 décembre 2020

Le 12 décembre est une date particulière avec l’adoption du Traité de Paris sur le climat (2015) et l’éloge funèbre de Paul VERGES au Sénat (2016), dans cet assemblée où il a brillé dans la lutte contre le réchauffement climatique, en particulier. L’Histoire retiendra que le parlementaire réunionnais a fait passer le sujet de l’expertise mondiale à la décision politique. L’intitulé de sa proposition de loi est significatif : « Proposition de loi de M. Paul VERGÈS et plusieurs de ses collègues tendant à conférer à la lutte contre l’effet de serre la qualité de priorité nationale et portant création d’un observatoire national sur les effets du réchauffement climatique en France métropolitaine et dans les départements et territoires d’outre-mer. »

JPEG - 182.8 ko

Pour illustrer cet article, nous avons extrait les propos de 3 personnalités : Marc Gillet, premier Directeur de l’Onerc ; Ericka Bareigts, ancienne ministre des outre-mers et Gérard Larcher, président du Sénat.

Marc Gillet, premier directeur de l’ONERC.

« Marc Gillet était le premier directeur de l’ONERC, jusqu’en 2009.
Il a participé en 2003 à la fondation de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique. En 2007, lorsque le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été honoré du Prix Nobel de la Paix, il a été concerné par cette distinction au titre de sa participation aux travaux du GIEC, lorsqu’il était directeur de l’ONERC. Ce scientifique évoque les débuts de cette institution présidée par Paul Vergès depuis sa fondation jusqu’au décès du sénateur de La Réunion.

L’ONERC a-t-il permis à la France d’être dans le peloton de tête dans la lutte contre le changement climatique ?

- Marc Gillet : Dans les tous premiers, tout à fait.

Cela-a-t-il contribué à confier à la France l’organisation de la COP21 ?

- Marc Gillet : Je pense que oui. L’ONERC était un peu le représentant de la France au GIEC. Il a contribué à bien assurer la présence française puisque nous avons toujours réussi à avoir un représentant français dans le bureau du GIEC, qui était d’abord Michel Petit, il y a eu Jean Jouzel. Cela permettait d’être très bien représentée au GIEC. Cela venant en appui des interventions politiques qui ont eu lieu ensuite à très haut niveau.

Ericka Bareigts, ancienne ministre.

« Nous nous souviendrons de la prescience qui caractérisait Paul VERGES. Je veux notamment souligner sa clairvoyance sur le climat. Elle est d’autant plus marquante aujourd’hui, alors que nous avons connu un pic de pollution en région parisienne la semaine dernière et alors que l’Accord de Paris, fruit de la COP 21, commence à entrer en vigueur. Le Sénateur s’inquiète, avant tout le monde, de la progression des gaz à effet de serre au sein de notre atmosphère. Les Outre-mer sont des sentinelles du changement climatique : mille signes montrent qu’une évolution est en cours ; il les perçoit rapidement. Il prend alors à bras le corps le combat et participe à la création de l’Observatoire National sur les Effets du Réchauffement Climatique (ONERC) en 2001 qu’il présidera par la suite sans discontinuer. Il fonde par ailleurs l’Agence Régionale de l’énergie de La Réunion (ARER) qui doit œuvrer à l’autonomie énergétique de l’île et au développement des énergies renouvelables. Il sait que les Outre-mer ne sont pas que des sentinelles mais également des pionniers. Comme toujours, Paul VERGES dispose d’un temps d’avance. »

Gérard Larcher, président du Sénat.

« Paul Vergès fut aussi – et les choses sont naturellement liées – l’un des premiers à alerter sur les conséquences du réchauffement climatique.
Il exprimait inlassablement cette préoccupation à chacune de ses interventions publiques.
Paul Vergès fit ainsi adopter ici même, le 29 mars 2000, son rapport sur la proposition de loi qu’il avait déposée, tendant à conférer à la lutte contre l’effet de serre la qualité de priorité nationale et portant création d’un « Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique » (ONERC), organisme qu’il présida sans interruption depuis sa création en 2001.
Il soulignait encore avec force, à notre tribune, peu de temps avant les accords de Paris sur le climat, l’importance majeure de cette problématique, je cite : « Le réchauffement climatique a des conséquences dans tous les domaines pour la vie humaine : climat, santé, vie économique, sociale et politique, environnement terrestre, aérien et maritime, et l’adaptation nécessaire à ce nouvel ordre. Rien n’est acquis, tout est à faire, et l’enjeu est une nouvelle civilisation planétaire ! »
Paul Vergès laissera ainsi son empreinte dans les très longues négociations internationales sur le climat qui ont conduit, d’une « Conférence des parties » à l’autre, aux accords de Paris. »

Ary Yée Chong Tchi Kan