Déplacements - Transports

Accident sur la route du littoral : conséquence des choix politiques de la Région Réunion

Le tram-train devait être achevé en 2012 et la nouvelle route du littoral en 2017

Manuel Marchal / 29 janvier 2020

L’accident survenu lundi sur la route du littoral n’est pas étonnant. C’est ce genre de risque qui est à l’origine d’un accord entre la Région Réunion et l’État en date de 2007 pour régler ce problème. Mais à cause de choix politiques, la sécurisation de la liaison entre Saint-Denis et La Possession ne pourra pas se faire à brève échéance. C’est d’ailleurs le sens de la réponse de l’État à la demande de la Région de donner plus d’argent pour essayer de finir un jour le chantier de la route en mer.

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L’impasse du chantier de la route en mer prolonge d’autant l’insécurité de l’axe Saint-Denis/La Possession.

Lundi, un accident est survenu sur la route du littoral en raison de la chute de pierres. Il est survenu quelques jours après que La Réunion eut été touchée par les pluies d’une dépression tropicale. La responsabilité de la Région Réunion est donc engagée, puisque la collectivité est la gestionnaire des routes nationales, dont celle où a eu lieu cet accident. C’est en effet elle qui décide de l’ouverture ou de la fermeture de la route du littoral en fonction des informations dont elle dispose.
Cette responsabilité date de 2007. Elle découle d’un accord entre l’État et la Région. En effet, cette compétence date de l’Acte 2 de la décentralisation. Sous la présidence de Paul Vergès à la Région, la collectivité refusait que ce transfert se fasse brutalement du jour au lendemain. Trois points importants étaient identifiés : la route de Cilaos, le cap La Houssaye et la route du littoral. Ces trois secteurs sont en effet sensibles aux chutes de pierre. Pour la route du littoral, ce danger est doublé par celui du risque d’effondrement de la falaise susceptible de recouvrir la totalité de la chaussée, ne laissant aucune chance aux automobilistes passant à ce moment-là.
Le problème du cap La Houssaye a été réglé par la construction de la Route des Tamarins financée à 85 % par la Région et à 15 % par l’Europe. L’État n’avait pas donné un centime. Néanmoins, par courtoisie républicaine, le Premier ministre de l’époque, François Fillon, avait été invité à l’inauguration en juillet 2009.

L’État remercie Didier Robert

Concernant la route du littoral, le problème devait être réglé par deux nouvelles infrastructures : un train passant en tunnel sous la falaise, et une nouvelle route du littoral plus éloignée de la paroi rocheuse que la route actuelle. Un accord dit « Protocole de Matignon » avait déterminé les parts de l’État, de la Région et de l’Europe dans le financement. Ce financement était la contrepartie du transfert à la Région des routes nationales. Il est à noter que pour la nouvelle route du littoral, l’État était le principal financeur, et s’était engagé par écrit à supporter la majorité des surcoûts éventuels. Le calendrier prévu était la livraison du train en 2012, et de la nouvelle route du littoral en 2017. Tout cet édifice patiemment construit était remis en cause en 2010.
La nouvelle majorité régionale conduite par Didier Robert défendait d’autres intérêts que la sécurité des usagers de la route du littoral. Car au lieu de continuer ce qui avait été commencé et de se battre pour terminer à la date prévue, le nouveau président de Région décidait de supprimer ces deux grands chantiers pour les remplacer par un chantier pharaonique : la route en mer.
L’argent prévu pour les deux chantiers était détourné sur un seul. De plus, l’État avait su profiter des qualités de piètre négociateurs de Didier Robert en faisant sauter la clause l’obligeant à contribuer au financement des surcoûts. La part de Paris était désormais une enveloppe forfaitaire. Signataire avec Didier Robert du document, François Fillon avait d’ailleurs ironisé subtilement, qualifiant le chef de la Région d’habile négociateur !

Où est l’argent pour finir la route en mer ?

Cette question est revenue sur la table mardi à l’occasion de l’examen du budget primitif de la Région pour 2020. Ce budget a subi une baisse de plus de 20 % par rapport à sa moyenne habituelle. Cette politique d’austérité a des conséquences dans de nombreux domaines. Elle souligne la fragilité financière de la collectivité.
Pendant ce temps, la Région Réunion a montré son incapacité à terminer le chantier de la route en mer. Près de 10 ans après la promesse, une moitié de route sous forme de viaduc pourrait être achevée, le reste ne pouvant l’être faute de matériaux disponibles à La Réunion. Il est d’ores et déjà acquis que le budget prévisionnel qui était pourtant de 1,6 milliards d’euros sera dépassé. Ceci dans un contexte où le budget que Didier Robert doit présenter demain montre que sous sa direction, la Région n’a plus les moyens de ses ambitions.
Aussi il n’est guère étonnant que le représentant de Didier Robert ait demandé en substance à l’État de contribuer encore plus au chantier de la route en mer. La réponse du représentant de l’État a été très claire : à la Région d’assumer ses responsabilités. L’État se limitera donc à l’application du document signé avec Didier Robert, qui ne prévoit aucunement une contribution supplémentaire de Paris en cas de dépassement du budget initial.
Ceci veut dire que c’est à la Région Réunion de se débrouiller toute seule pour trouver l’argent nécessaire à la poursuite du projet de Didier Robert. Ceci veut surtout dire que les usagers de la route du littoral vont encore risquer leur vie pendant de nombreuses années sur cet axe, alors que tout devait être réglé depuis longtemps si les fonds publics avaient été gérés dans ce but.

M.M.