Déplacements - Transports

Fiasco de la NRL : qui aura encore confiance en La Réunion ?

Après l’aveu de la Région

Manuel Marchal / 26 février 2018

En annonçant envisager ouvrir une demi-route en mer plutôt qu’une NRL en 2020-2021 au plus tôt, la Région Réunion ouvre la voie à une crise de confiance. Qui pourra encore faire confiance à des élus réunionnais sollicitant des fonds européens pour d’importants investissements ? Les gestionnaires actuels des fonds européens à La Réunion ont fait naître le doute sur leur capacité à tenir leurs promesses faites non seulement auprès de la population, mais aussi au plus haut niveau de l’État et de l’Europe.

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La Région Réunion envisage de livrer une route en mer de Saint-Denis à la Grande-Chaloupe. C’est là que serait alors construit pour plus de 50 millions d’euros un raccordement à la route du littoral. Tout ceci serait prévu pour 2020-2021. C’est une véritable bombe. « Témoignages » de samedi a expliqué quelles sont les conséquences pour les usagers. En effet, livrer une demi-route en mer n’apporte pas grand-chose de plus en termes de sécurité que la route actuelle. En effet, les usagers seront obligés d’emprunter le secteur exposé aux chutes de pierres entre La Grande-Chaloupe et La Possession, c’est précisément là où a eu lieu le dernier grand effondrement de la falaise qui recouvrit entièrement les quatre voies et fit trois morts.

L’autre conséquence, c’est la promesse d’embouteillages toujours plus importants en raison de la croissance du parc automobile. En effet, sur ce tronçon de route du littoral, les règles du basculement de la circulation côté mer continueront à s’appliquer. Le basculement entraîne le passage de deux voies à une dans un sens de circulation, ce qui se traduit par un délai d’attente pouvant aller jusqu’à plusieurs heures pour les automobilistes englués dans la file.

L’argent ne devait pas servir à la route en mer

Quand la Région avoue qu’elle envisage de ne pas terminer l’intégralité d’un chantier dont elle a plusieurs fois reculé la date de livraison, d’autres aspects sont plus fâcheux que les conséquences pour les automobilistes et les usagers des Cars Jaunes.

En effet, trois acteurs interviennent dans le financement de la route en mer : la Région, l’État et l’Europe. L’Europe peut s’interroger : doit-elle encore faire confiance dans le gestionnaire de ses fonds à La Réunion ?

Cette question trouve son origine dans celle du financement des travaux.

Il est nécessaire de rappeler que l’argent public prévu pour la route en mer n’était pas destiné à cet usage. En effet, son origine remonte au Protocole de Matignon signé en janvier 2007 par Paul Vergès et le Premier ministre, Dominique de Villepin. L’accord prévoyait des financements croisés de la Région et de l’État pour la construction de deux équipements : le tram-train de 40 kilomètres entre Sainte-Marie et Saint-Paul, et la nouvelle route du littoral de 12 kilomètres entre Saint-Denis et La Possession. L’Europe s’est ajoutée à ces financeurs. Il faut dire qu’à l’époque, La Réunion était dans le peloton de tête des meilleurs utilisateurs des fonds européens. Les réalisations qui en découlent sont inscrites dans le paysages : ce sont les lycées, les collèges, l’irrigation de l’Ouest ainsi que la route des Tamarins, le Boulevard Sud de Saint-Denis, et plus généralement la 4 voies reliant Saint-Denis à Saint-Benoît, et celle de La Possession à Saint-Pierre.

Démolition des projets financés

Paul Vergès avait donc obtenu de l’État et de l’Europe le financement de deux chantiers : tram-train et nouvelle route du littoral. C’est pourquoi la Région avait obtenu un prêt de 500 millions d’euros de la Caisse des dépôts et consignations. En 2010, grâce à Gilbert Annette, Didier Robert est élu président de la Région. Il s’empresse alors de démolir tous les projets, fidèle à une ligne de conduite qu’il avait inauguré en tant que maire du Tampon quand il supprima le chantier de la rocade Sud. Il lance ensuite le projet d’une route en mer à six voies. Pour le financer, il demande l’utilisation de l’argent prévu pour le tram-train et la NRL. Il bénéficie alors du soutien du gouvernement UMP, trop heureux d’avoir gagné une présidence de Région avec la complicité d’une Fédération socialiste.

Néanmoins, la question de confiance était déjà posée aux yeux des financeurs. Ils avaient devant eux une Région qui voulait prendre l’argent prévu pour construire deux équipements afin de l’affecter à un seul projet. Le soutien du gouvernement a alors été décisif. Paris a pu renégocier un accord qui le désengage de participer financièrement aux dépassements éventuels, tandis que l’Europe a décidé de maintenir sa dotation.

L’argent de deux projets pour une demi-route

Depuis lors, une campagne de publicité s’est mise en place, visant à faire croire à la population que la route en mer pouvait être livrée en 2017… avant que l’échéance commence à reculer. Une Commissaire européenne a même été mise à contribution, la visite du chantier maritime était présentée comme le point d’orgue de son séjour à La Réunion.

Mais la semaine dernière, la Région Réunion a avoué qu’elle n’allait peut-être pas réceptionner un équipement complet en 2020-2021. L’Europe et les banques qui ont prêté l’argent se sont-elles engagées sur la base d’une demi-route en mer ? Il y a sans doute matière à en douter. Ce qui fait que concrètement, ils ont comme partenaire une collectivité qui agit de la sorte : prendre l’argent prévu pour un train et une route du littoral afin de l’affecter à une route en mer dont seulement la moitié sera livrée à une échéance annoncée. Après un tel tour de passe-passe, les financeurs auront-ils encore confiance en la Région Réunion ? Si cette confiance est ébranlée, alors tous les Réunionnais seront pénalisés. N’oublions pas que le futur budget de l’Europe doit être négocié prochainement, et dans ces discussions, la crédibilité de La Réunion n’est pas renforcée.

M.M.



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  • Quand on a déjà dépensé ou engagé plus d’un milliard de travaux pour construire une route destinée à permettre à notre région de sortir du marasme économique dans laquelle elle se trouve depuis longtemps, on ne décide pas d’arrêter brutalement le chantier pour livrer seulement la moitié de la route en sachant que cette décision ne changera rien à la situation existante et même l’agravera puisque on continuera de perdre de plus en plus de de temps dans le bouchons qui vont continuer de s’allonger avec l’augmentation du nombre de véhicules automobiles mis en circulation chaque année.

    Lorsqu’il était encore temps d’arrêter ce chantier pour réaliser un autre projet moins dispendieux et plus sécurisant pour l’économie réunionnaise j’avais proposé l’idée de consulter la population réunionnaises sur la question . Il n’est pas trop tard pour consulter tous les réunionnais sur ce projet . Aujourd’hui le chantier est bien trop avancé et on a déjà dépensé trop d’argent pour abandonner le chantier et aller faire autre chose ailleurs , mais si on ne peut pas réaliser le chantier comme il était prévu initialement , pourquoi ne pas modifier le projet et passer par les hauts ou par tunnels . Je suis sûr que la population préférera une modification du projet plutôt d’accepter la livraison d’une moitié de la route .

    Cette modification de la conception du projet ne devrait pas demander beaucoup de temps car en passant par tunnel c’est l’Etat qui décide et en passant par les hauts on ne gène personne et une procédure d’expropriation irait très vite et ne couterait pas grand chose vu la valeur actuelle des terrains d’emprise , et les deux entreprises internationales concernées BOUYGUE et VINCI devraient pouvoir nous dire si on peut finir le chantier avec le budget prévu initialement . Et si elles répondent non , on pourra toujours résilier leur marché pour cause de force majeure ou non exécution de leurs contrat initial dans le délai prévu et lancer un nouvel appel d’offres pour les nouveaux travaux avec l’enveloppe encore disponible . Mais en donnant cette fois ci une préférence aux entreprises réunionnaises qui ont prouvées qu’elles sont capables de passer tunnels ou par le plateau entre la possession et la grande chaloupe . A cette occasion on pourra également prévoir la jonction de la nouvelle route au réseau routier passant Saint Bernard de manière à offrir une nouvelle alternative de franchissement de la montagne en cas de fermeture de la nouvelle route sur sa partie viaduc pour cause de travaux si in jour un des pylônes ers s’éffondraientt pour une raison quelconque ( tremblement de terre, tsunami ou attentat .... )

    Et bien entendu s’il manque de l’argent pour terminer les travaux il vaudrait mieux essayer d’en trouver maintenant avant que la réforme de la fiscalité locale et notamment la suppression de la taxe d’habitation et de l’octroi de mer ne rende cela impossible et que nous ayons perdu toute crédibilité auprès des banques et des responsables de l’Union européenne.

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  • Chacun notera le silence du Président de Région à ce sujet,trop préoccupé , sans doute , à régler ses comptes avec les Virapoullé à Saint-André.Il serait temps qu’il s’explique et reconnaisse enfin ses erreurs. Coïncidence étrange : depuis l’annonce de l’ouverture d’une demi-route,le temps chez nous est à l’orage.Les Dieux de la foudre roderaient-ils dans les parages ?

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  • Le même préfet, M. MARX, qui a autorisé cela.......et qui vient vient de lancer prématurément le STRASBOURG GCO/VINCI inutile et nuisible qui sur 24 km va impacter directement 24 villages paisibles entre 80 m et 1 km sur les meilleurs terres agricoles de France. Scandaleux, pour faire pression sur la justice et les recours en cours....... Tout cela pour créer un couloir à camions PL de TRANSIT sur ce tronçon VINCI payant, alors que le reste des autoroutes d’Alsace sont gratuites...... Renseignez vous, soutenez nous...... Ils coupent nos rares forêts.

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