Déplacements - Transports

Impossible désormais de réparer le viaduc de la route en mer

La barge Zourite vogue vers l’Europe : nouveau passage en force désespéré des derniers partisans du projet de Didier Robert

Manuel Marchal / 24 février 2020

La décision de vendre le seul outil capable de poser et de réparer les piles du viaduc de la route en mer est une nouvelle tentative de passage en force pour obliger à satisfaire les intérêts particuliers des bénéficiaires potentiels du marché d’une digue toujours virtuelle entre la Grande Chaloupe et La Possession. Ceci a aussi de graves conséquences pour l’avenir, car en cas d’effondrement d’une partie du viaduc, il sera impossible de le réparer à court ou moyen terme.

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Chargée sur un autre bateau, la barge Zourite a pris le chemin de l’Europe.

Depuis ce week-end, la barge Zourite ne fait plus partie du paysage à La Réunion. Rappelons que ce bateau a été construit spécialement pour poser les piles du viaduc de la route en mer sur d’anciennes coulées de lave sous-marines. L’engin a débuté un voyage de plusieurs semaines vers Rotterdam, à plus de 10.000 kilomètres de La Réunion. Cette décision a donc deux grandes conséquences :

- Les Réunionnais et la France mis devant le fait accompli

Le maitre d’ouvrage de la route en mer, la Région Réunion, et le maitre d’oeuvre, le Groupement de multinationales qui a gagné un marché de plus d’un milliard d’euros, estiment que la moitié manquante de la route en mer ne se fera pas en viaduc. C’est donc une nouvelle manière de mettre tout le monde devant le fait accompli pour essayer d’imposer l’ouverture de carrières afin d’essayer de terminer un chantier à l’arrêt parce que les responsables l’ont démarré sans avoir la certitude d’avoir les matériaux nécessaires pour le terminer. Ce manque de matériaux est le résultat d’un choix technique destiné à remplir le carnet de commande de certains transporteurs, dont ceux qui avaient participé aux blocus de la Région organisé en 2008 et 2009 pour déstabiliser la majorité de l’époque quand Didier Robert était un opposant, avec la mansuétude du préfet.

Cette méthode du fait accompli ou du passage en force est le fil rouge de ce chantier. C’est ainsi que Didier Robert a entraîné l’État dans cette aventure. Mais l’État a sifflé la fin de la récréation : Paris ne mettra pas un centime de plus que ce qui est prévu dans l’accord signé en 2010 par Didier Robert et François Fillon. Alors que le coût du chantier dépasse la mise initiale, et au moment où la Région Réunion a baissé son budget de 250 millions d’euros, ceux qui ont fait partir l’outil indispensable à la pose d’un viaduc ont donc choisi d’accentuer la confrontation entre les derniers partisans d’un chantier pharaonique irréalisable et une opinion réunionnaise qui ouvre de plus en plus les yeux au sujet des promesses non tenues de Didier Robert.

- La Réunion est privée du seul outil capable de réparer le viaduc entre La Grande Chaloupe et Saint-Denis.

Habituellement, lorsque l’on construit une route ou toute autre infrastructure, il est logique d’avoir à sa disposition les moyens nécessaires pour l’entretenir. Mais ce ne sera pas le cas pour le viaduc de la route en mer, alors qu’il est pourtant l’ouvrage d’art le plus cher jamais construit à La Réunion, et sans doute dans l’hémisphère Sud.

En effet, la barge Zourite est le seul outil capable de réparer le viaduc en cas d’effondrement d’une partie de l’ouvrage. Rappelons en effet que les piles sont simplement posées sur d’anciennes coulées de lave sous-marines et ne tiennent que par leur masse. Avec le changement climatique qui intensifie la force des océans, le climat tropical n’aura de cesse de fragiliser l’ouvrage. Les derniers partisans de la route en mer veulent par exemple oublier qu’un phare comparable à celui de Sainte-Suzanne a été détruit par la force des vagues au Port. Pourtant un phare est le type de construction le plus à même de résister à des flots déchaînés.

Cela signifie donc que quand une ou plusieurs piles tomberont dans la mer, le seul moyen d’aller de l’Ouest au Nord sera la route de la Montagne, car le projet prévoit de transformer la route du littoral actuelle en piège à cailloux. Ceci entraînera un coma circulatoire qui ne pourra être traité que par la pose d’une ou de plusieurs nouvelles piles. Il faudra pour cela attendre qu’un engin équivalent à la barge Zourite soit disponible et amené à La Réunion, ce qui signifie sans doute plusieurs mois.

Conclusion

Sur la base de ces éléments, les responsables du chantier de la route en mer commettent une dangereuse imprudence en jouant de la sorte avec l’argent des contribuables. Ils veulent absolument imposer une solution technique qui n’est pas réaliste, car presque 10 ans après la promesse d’une soi-disant nouvelle route du littoral ou NRL gratuite et sécurisée, les dizaines de milliers d’automobilistes qui longent empruntent chaque jour la route du littoral peuvent constater que la moitié du chantier, la digue entre la Grande Chaloupe et La Possession, n’a toujours par démarrer faute de matériaux.

Il est donc plus qu’urgent de faire l’indispensable expertise financière, technique et environnementale du projet de Didier Robert afin de déterminer quelles sont les alternatives possibles pour construire enfin une liaison sécurisée entre le Nord et l’Ouest de La Réunion. Ceci en sachant que l’alternative du viaduc n’est désormais plus possible.

M.M.



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Messages






  • Et le train dans tout ce bazard, c’est pour quand ? quel gâchis, quand on y réfléchit, sans parler d’argent, c’est aussi de travail que je parle, surout pour les jeunes sans vraiment de perspectives ici, hélas. Après les élections ça ira mieux ? Arthur.

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  • Et ce cher monsieur se présente aux municipales...? C’est devant un tribunal qu’est sa place !

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  • Il nous manque certain éléments ! Mais reconnaissons que dans ce que nous pouvons qualifier d’incompétence notre président de région peut et doit ce décerner la palme ! Cela ne l’empêche pas cde briller au poste de Maire de la plus grande ville des DOMS ! Mesdames, Messieurs le 15 mars il vous faudra ouvrir’ les yeux ,dans quelle galère ce petit despote noue auras -t-il plongé ? Mais que fait l’état ? il est plus facile de taxer que de prendre de véritable responsabilité !Le role de l’état serait de mettre cet homme sous tutelle et t’assurer la fin de ce projet qui fut très mal ficelé !

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  • comment peut on être aussi affirmatif , qui vous dit qu’on ne peut pas réparer ce viaduc, si le viaduc tombe cela voudra dire que tout le littoral ouest/sud est inondé , on aura d’autres problèmes plus importants à résoudre que de s’occuper d’un viaduc

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