Déplacements - Transports

Le mensonge de Didier Robert

Projets de « contournante du Tampon » et de Rocade Sud

Manuel Marchal / 28 avril 2018

La Région vient d’arrêter le débat public sur le projet de « contournante du Tampon ». C’est donc la fin d’un projet dont le montant prévu était compris entre 300 à 600 millions d’euros pour une livraison en 2035. Ancien vice-président de la Région en charge de l’aménagement, Philippe Berne a démonté un par un les arguments de la collectivité pour justifier son projet et a mis en évidence le mensonge de Didier Robert au sujet de l’ancien projet de rocade Sud.

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Philippe Berne devant la carte des variantes pour la « contournante du Tampon ».

Dans la première partie de la conférence de presse organisée hier par le PCR, Philippe Berne est revenu sur le projet de « contournante du Tampon ». Sous la pression de la population, le président de Région Didier Robert a décidé d’arrêter le débat public, ce qui équivaut à un renoncement du projet. Philippe Berne a expliqué les raisons du mécontentement. Il a d’abord rappelé que le trafic se situe à 60.000 véhicules par jour à la tour des Azalées, et descend à 6.000/jour au col de Bellevue. Le principal problème n’est pas le transit mais la circulation des Tamponnais.

Le prix des variantes s’échelonne 300 à 600 millions d’euros, à l’échelle 2035. « Pourquoi la Région fait-elle cela ? » Dans deux ans, ce sont les élections municipales au Tampon, a constaté Philippe Berne, et des partisans de Nathalie Bassire lors des réunions ont parlé de la « route des géraniums ». Nathalie Bassire est candidate probable, proche de Didier Robert. Ce projet de nouvelle route, « c’était pour monter un coup », constate Philippe Berne.

Cela se voit d’abord dans les différents itinéraires proposés. La variante Est évite toute l’agglomération, et ne concerne donc que 6.000 véhicules par jour, donc y consacrer plusieurs centaines de millions d’euros est largement surdimensionné. Elle sacrifie les terres à canne, le maraîchage et l’élevage, ainsi que la biodiversité des ravines. Toute cette zone avait été protégée dans l’ancien SAR. La variante qui passe par l’Ouest aurait concerné plus de monde, mais imposé beaucoup de décasements.

La vérité sur la rocade

Philippe Berne a ensuite évoqué les mensonges de Didier Robert au sujet du projet de contournement du Tampon. Avant 2010, l’ancienne majorité régionale avait lancé un projet qui était financé, et qui bénéficiait d’une déclaration d’utilité publique. C’était la rocade du Tampon. Dans la presse, le président de Région a affirmé qu’en 2006 il a arrêté le projet de rocade « qui aurait entraîné nombre d’expropriations ». « Mensonges » dit Philippe Berne. L’ancien vice-président de la Région est revenu sur les faits. Devenu maire du Tampon en cours de mandat, Didier Robert devient l’interlocuteur de la Région pour le projet de Rocade Sud. En 2007, Didier Robert a créé un « jury citoyen » pour débattre de l’intérêt de la rocade. Le 3 avril 2007, ce jury donne son accord sous réserve d’indemniser les propriétaires. Il y avait 8 expropriations sur le tracé, et des accords avaient été conclus entre la Région et les personnes concernées.

Fin 2007, Philippe Berne rencontre Didier Robert afin de discuter sur la rocade. Contrairement à ce qui a été véhiculé par la suite, il n’était pas question de couper le Tampon en deux puisque « toutes les voies traversant la rocade avaient été maintenues ». Lors de ces discussions, Didier Robert était parfaitement au courant que la commune n’aurait eu que 20 % des travaux à payer, avec préfinancement de la Région, alors que ce chantier relevait de la compétence communale. En 2008, Didier Robert est élu maire et arrête brutalement le projet sur la base d’arguments qui ne tiennent pas la route. « On ne peut pas raconter n’importe quoi, les gens ont de la mémoire », dit Philippe Berne.

D’autres priorités

Renvoyer à 2035 le règlement éventuel des problèmes de circulation au Tampon ne satisfait pas la population. « La population veut pas ces deux serpents là ». Lors de la dernière réunion, tout le monde s’est levé pour être contre. « Le Réunionnais lé plus couillon, y voit i tient pas dobout. Il en a marre du bitume, cela ne règlera pas les problèmes de la population » : c’est ce qu’a rappelé Johanny Gibralta. Il faut tout d’abord l’aménagement de la ligne des 400, de la route des Flamboyants jusqu’à Dassy (trottoirs, ponts pour remplacer les radiers) vers l’Ouest, et relancer les travaux vers l’Est. La population demande aussi le prolongement du boulevard du lycée jusqu’à Bras de Pontho. Faute de quoi en 2035, l’embouteillage commencera au Tampon pour se prolonger sur toute la voie express jusqu’à Saint-Pierre.

Le sabotage du tram-train

Dans les réunions du débat public sur le contournement du Tampon, les conseillers régionaux Dominique Fournel et Fabienne Couapel ont parlé des transports en commun. Philippe Berne rappelle le projet du tram-train, armature de l’urbanisation, qui était financé, prêt à démarrer et tellement crédible que l’Europe avait attribué des fonds à la Région pour aménager les futures gares du tram-train. Contrairement à une rumeur entretenue par des partisans de Didier Robert, Philippe Berne a rappelé tout d’abord que ce n’est pas une décision de justice qui a fait capoter le projet, mais bien la volonté de la Région Réunion. Sans l’abandon du projet par la Région en 2010, le tribunal administratif de Bordeaux n’aurait pas eu à statuer. Philippe Berne a aussi souligné que Dominique Bussereau, alors ministre des Transports, soutenait la volonté de la Région de demander une dotation ferroviaire pour alimenter le budget de fonctionnement du tram-train. Or cette demande, la Région Réunion présidée par Didier Robert ne l’a pas faite.

Rien pour les transports en commun

Autre fait : depuis 2010, rien de neuf dans le transport en commun. Et les projets proposés ne sont pas cohérents. À quoi sert un monorail de quelques kilomètres s’il faut ensuite monter dans des bus ? Le public a besoin d’une offre claire, avec un seul mode de transport pour relier les principaux centres urbains du littoral. De plus, le chemin de fer qui était porté par l’ancienne majorité régionale a un avantage considérable sur le bus. Il circule sur un site propre ferroviaire qui ne peut être transformé en voie pour automobile.
Si la Région avant 2010 avait massivement investi sur la sécurisation de la route de Cilaos, ce n’est plus le cas depuis que Didier Robert est président de la collectivité. Les conséquences de l’arrêt de cette dynamique se font aujourd’hui cruellement ressentir.

En conclusion, Philippe Berne est revenu d’autres propositions pour améliorer la circulation dans le Sud, avec le projet du pont sur le Bras de la Plaine pour relier le Tampon à la route des Tamarins, et celui de la liaison Asile-Balance afin d’éviter le détour par Saint-Pierre pour les automobilistes venant de Saint-Joseph qui veulent aller au Tampon. Il a aussi rappelé la nécessité de créer un Office des routes, interlocuteur unique pour simplifier la gestion d’un réseau dont la compétence dépend aujourd’hui de collectivités multiples.

M.M.



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  • Le projet de train "TER-PEI" a été mis de côté mais j’espère pas oublié. C’est bien dommage que l’on s’est acharné pour lui mettre des batons dans les roues. Surtout lorsqu’on apprend que des fonds avaient même été mis de côté pour ça. Je me souviens avoir vu un très beau film sur celui-ci sur You Tube. J’ignore combien il avait du coûter. Sur la NRL, une voie a été prévu pour son éventuel aménagement, ça ce serait top ! Il faut penser à la protection de la nature, arrêter de bruler du pétrole qui pollue nos poumons. C’est tout. En attendant de retour du train, on peut découvrir une vraie cabine POMA du prochain téléphérique, le 1° sur les 5 prévus. C’est sur le stand de la CINOR au parc des expositions de St Denis pour le Salon de la maison. Un autre est en discussion pour relier St Leu à Cilaos, une très bonne idée. Arthur.

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