Déplacements - Transports

« Le Monde » constate l’impasse de la route en mer

La réalité rattrape Didier Robert et les partisans de son projet pharaonique

Témoignages.re / 29 novembre 2019

Dans son édition datée de ce 28 novembre, « Le Monde » publie un article signé Jérome Talpin relatif au chantier de la route en mer. Il revient notamment sur la question de l’approvisionnement en matériaux qui n’est toujours pas résolu, 5 ans après la pose de la première pierre. Voici des larges extraits :

JPEG - 70.4 ko

« Ce devait être le chantier-phare du mandat de Didier Robert, à la tête du conseil régional de La Réunion (divers droite). Mais l’avancée des travaux de la nouvelle route du littoral (NRL) tourne au cauchemar. Enquête judiciaire du Parquet national financier pour des soupçons de favoritisme, dérapages financiers pointés par la Cour des comptes et l’opposition, impacts sur l’environnement brandis par plusieurs associations écologistes et, enfin, problème d’approvisionnement en roches massives viennent plomber ce chantier gigantesque, unique en France.
La déclaration d’Emmanuel Macron, lors de sa visite sur place fin octobre, a été vécue comme la condamnation sans appel d’une succession d’erreurs et du manque d’anticipation du projet : « Nous n’avons collectivement pas su être au rendez-vous, et parfois aussi la production locale et les acteurs locaux. »
Cinq ans après le lancement des travaux, la date d’ouverture totale de la NRL n’est toujours pas connue. Elle était prévue d’abord en 2018, puis en 2020. Désormais, la route de 12 kilomètres, reliant Saint-Denis à La Possession, sur une partie en viaduc, à plus de 20 mètres au-dessus de la mer, n’entrera pas en service avant 2023, au plus tôt, voire 2025.

Lancé en 2014, le chantier est aujourd’hui réalisé « à 80 % », affirment les services de la région Réunion. Il reste désormais à bâtir la portion de route-digue sur 2,7 km sur le côté ouest, entre La Grande-Chaloupe et La Possession, un marché à 300 millions d’euros confié à Bouygues et Vinci.
Selon les dernières estimations, plus de trois millions de tonnes de roches et quatre millions de tonnes de remblais sont nécessaires pour terminer ce tronçon. Mais l’alimentation en roches massives indispensables manque paradoxalement dans cette île volcanique et caillouteuse. Si bien que le groupement d’entrepreneurs a décidé fin septembre d’ajourner les travaux, faute de matériaux.
L’approvisionnement devait être assuré par la carrière de Bois-Blanc, à Saint-Leu, mais des riverains, des associations écologistes et la commune ont réussi à bloquer l’exploitation de cette carrière en dénonçant des nuisances et des atteintes graves à l’environnement. Cette coalition a réussi aussi à obtenir l’annulation du schéma départemental des carrières dans lequel figure celle de Bois-Blanc. (…)
Une chose est sûre, entre la région et le groupement d’entrepreneurs, le torchon brûle. Les deux parties se renvoient la responsabilité de cette situation génératrice de surcoûts. Une résiliation serait en discussion, selon plusieurs sources locales. Sollicités par Le Monde, ni le président du conseil régional ni le représentant du groupement n’ont souhaité s’exprimer sur ce point.(…)

L’importation de roches massives des îles voisines de Madagascar ou Maurice a été écartée du fait des coûts élevés et des risques liés à l’introduction d’espèces invasives. Mais aussi pour une raison non formulée de íerté locale. Difficile pour les élus réunionnais d’expliquer qu’il faut aller chercher des matériaux à l’étranger alors qu’il existe des ressources à La Réunion et de fortes revendications pour favoriser l’embauche locale.
Autre solution envisagée : l’ouverture partielle de la NRL entre Saint-Denis et La Grande-Chaloupe. Un appel d’ores pour des travaux de raccordement avec l’actuelle route, pour 15 millions d’euros supplémentaires, a été relancé. Cela permettrait d’atténuer le retard pris pour la livraison complète du chantier et, surtout, de faciliter la circulation sur l’actuelle route, aujourd’hui fortement congestionnée, en cas de fortes pluies, avec le risque permanent d’éboulements et le spectre d’une nouvelle catastrophe. »