Déplacements - Transports

NRL : chronique d’un hold-up sur notre plan de relance post-covid

Promesse d’un démarrage du chantier le 15 septembre

François Payet / 3 août 2020

« Comme le dit une humoriste bien connue dans son sketch « Radio Bistrot » : « On ne nous dit pas tout » ! Quel est donc l’accord conclu ce vendredi 31 juillet à 19H00, au terme de deux jours de négociation entre Région, Bouygues & Vinci, sous le patronage de l’État ? »

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Les transporteurs ne devraient pas remercier trop vite Didier Robert ! Cet accord risque de ressembler au « je vous ai compris » du général de Gaulle adressé aux « Français d’Algérie » avant de les ignorer...
Nous l’avons déjà vu, le scénario de la rallonge de plus de 150 millions d’euros demandé par le Groupement NRL pour porter le marché de digue à plus 450 millions d’euros, est illégale comme l’a rappelé Dominique Fournel. L’accord annoncé ne peut porter non plus sur un nouveau projet de route sous galerie couverte qui aurait notre aval, puisque moins cher.

En revanche ce pourrait être : Résiliation du marché de digue pour finaliser un nouveau marché de viaduc. Bouygues et Vinci seraient les grands gagnants puisque Bruno Le Maire a dit qu’il mobiliserait à leur profit une partie du plan de relance économique.

Ce serait un véritable hold-up !

Le plan de relance doit porter normalement sur « des nouveaux projets et exclut les projets qui dégradent l’environnement ». Or une part importante de ce plan pour La Réunion, plus du quart, serait ainsi détournée, si comme nous le redoutons ce scénario est dévoilé lundi, vers un marché ancien, résilié 4 mois avant le confinement du fait de l’aveu d’incapacité des entreprises ! Pas de sa forte empreinte carbonée ?

Spéculons ! L’État apporterait ±127 millions d’euros en complément des 43 millions d’euros annoncés par la Région, le futur marché (ex MT5.2 de 300 millions d’euros) serait donc porté à 470 millions d’euros pour 2,7 km (soit 174 millions d’euros/km en prix de base). En allongeant le viaduc de 5,5 km à 8,2 km, le coût passerait de 133 à environ 146 millions d’euros/km en prix de base. Il pourrait s’agir alors d’un rattrapage du « prix réel » après des marchés suspectés de dumping.

Le report au 15 septembre de la reprise du chantier s’explique par la promesse d’une procédure dite « accélérée » : accord préalable « Matignon III » mais cette fois État-Région sans l’Europe qui aurait soldé sa part et appel d’offre européen d’urgence au profit d’attributaires « disposant seuls de la technique exigée ». Le transport des andains serait destiné cette fois au concassage pour le LEGO en béton du viaduc et lot de consolation pour surseoir à la retraite de nos patrons camionneurs.

Quant au choix technique très discutable du « tout viaduc », c’est un lourd héritage pour nos enfants…

Nous attendons que les pouvoirs publics se mobilisent aussi longuement pour relancer nos secteurs sinistrés par la pandémie. Tous doivent être restructurés pour l’avenir : transport, agriculture, commerce, bâtiment, enseignement… Des projets nouveaux, véritables leviers de développement, attendent depuis trop longtemps : tramway autour de l’île, téléphérique pour les Hauts, transit de Saint-Denis par le boulevard sud, autonomie énergétique, alimentaire et bio, revitalisation des centres urbains, protection et valorisation du patrimoine urbain et naturel (foncier, architectural, paysages, faune et flore endémiques)…

Réponse sur ce hold-up, à la conférence de presse promise ce lundi par la Région Réunion…

Pour ATR-Fnaut, François Payet