Déplacements - Transports

Route en mer dite « NRL » : l’urgence de l’expertise financière, technique et environnementale

Une réunion annoncée sur le marché de la digue de la « NRL »

Manuel Marchal / 21 janvier 2020

Après une énième annonce de blocages par des transporteurs annulés par une énième réunion à la Région Réunion, une rencontre au sujet de la résiliation possible du marché de la partie digue de la route en mer pourrait se tenir jeudi avec ces transporteurs. A mesure que le temps passera, les masques vont tomber et la vérité éclater. Il est donc urgent de mettre un terme à tout ce cinéma et de ramener la sérénité indispensable à toute prise de décision. Rappelons que depuis 2010, le Parti communiste réunionnais plaide pour une expertise financière, technique et environnementale de ce projet. Cette proposition pour le moment refusée par la Région Réunion est également émise par les défenseurs de l’environnement.

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La mobilisation contre le projet de carrière à Bois-Blanc souligne combien le problème des matériaux a été sous-estimé.

Alors que la campagne des municipales bat son plein, des transporteurs se sont rappelés au bon souvenir de l’opinion. Menaçant de passer à l’action, ils ont été reçus hier par Didier Robert, président de la Région Réunion, maître d’ouvrage et financeur essentiel du projet de route en mer.
Force est de constater que presque 10 ans après la remise en cause du Protocole de Matignon et de ses deux grands chantiers au profit du projet pharaonique dit « Nouvelle route du littoral » ou « NRL », c’est l’impasse. Cette situation était inévitable, puisque le chantier a été débuté sans avoir l’assurance d’avoir les matériaux nécessaires pour le terminer. Une situation dénoncée au plus haut niveau par le président de la République lors de son passage à Mayotte durant sa dernière tournée dans l’océan Indien en octobre dernier. En effet, l’État s’est trouvé embarqué dans cette galère sous la présidence de Nicolas Sarkozy, puis de François Hollande. Aujourd’hui, Emmanuel Macron constate les dégâts, car ce chantier est le principal investissement co-financé par l’État à La Réunion, et dans l’état actuel du projet, il ne sera pas terminé.
Pour leur part, les multinationales du Groupement qui a obtenu le marché de la route en mer rappellent qu’elles ne sont pas des philanthropes. Elles demandent à la Région Réunion une rallonge dont le montant reste à préciser, ou alors elles iront chercher du profit ailleurs. La question de la résiliation du marché de la partie restant à réaliser de la « NRL » est désormais clairement sur la table. Résiliation signifie arrêt du chantier tant qu’une entreprise ne répondra pas à l’appel d’offres qui sera lancé. Autrement dit, la fin de la construction de la route en mer est renvoyée aux calendes grecques.

Pourquoi refuser l’évidence ?

Il s’avère que des transporteurs ont cru à la promesse de Didier Robert d’une route en mer avec une importante partie digue. Cette solution technique avait été privilégiée pour donner du travail à ces transporteurs. En conséquence, environ 200 camions à 200.000 euros l’unité ont été achetés pour acheminer des rochers depuis des carrières jusqu’à la mer. Or, les carrières devant permettre de mener le chantier à son terme n’existent pas encore à La Réunion.
Les transporteurs qui ont investi au total près de 40 millions d’euros (le prix d’un lycée) dans ces camions neufs sont donc dans une situation extrêmement difficile : comment vont-ils rembourser si leurs camions restent au garage faute de galets à transporter ?
En réponse, la Région Réunion a interprété les résultats d’une étude de la SAFER identifiant plus de 2 millions de tonnes de roches disponibles dans des champs de canne, les andains. Or, il faut savoir que ces andains sont ce qui donne à ces terres un caractère agricole. Le Plan de modernisation de l’industrie sucrière dans les années 1970, puis le Plan de consolidation de l’industrie sucrière dans les années 1980 ont souligné que ces roches tellement convoitées aujourd’hui constituent une barrière contre l’érosion des terres agricoles.
En attendant, la Région Réunion tente toujours de faire ouvrir la méga-carrière de Bois-Blanc pour alimenter le chantier, en dépit des avis défavorables des autorités environnementales, de la justice administrative et des protestations des milliers de personnes concernées par les nuisances de ce genre d’installation.
Comme l’a souligné un communiqué de Giraud Payet, candidat du Rassemblement citoyen soutenu par le PCR aux municipales de Saint-Leu, le positionnement du président de Région derrière le maire sortant de Saint-Leu, est un moyen de mettre la main sur la direction de la commune afin de compter sur des personnes redevables qui pourront changer l’orientation de la municipalité vis-à-vis de la carrière de Bois-Blanc. Rappelons que l’ancien maire de Saint-Leu et son Conseil municipal avaient affirmé leur opposition à cette carrière au moment de la première enquête publique. Dans cette commune, les choses sont claires désormais, l’ouverture de la carrière de Bois-Blanc et donc la poursuite du projet actuel de la route en mer sont un enjeu essentiel des municipales.

L’urgence d’une expertise

Devant un tel problème, il est primordial de ramener la sérénité indispensable à toute prise de décision. C’est le sens de la proposition formulée depuis le début par le Parti communiste réunionnais : une expertise financière, technique et environnementale du projet. Le PCR est loin d’être le seul à proposer cette solution de bon sens qui n’a toujours pas été approuvée par la Région Réunion.
C’est pourtant la seule solution responsable pour espérer sortir de la crise par le haut, faute de quoi, la route en mer ne sera jamais achevée et continuera de trôner en tête du hit-parade des grands gaspillages, pour la plus grande honte de La Réunion, un pays où plus de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté en raison d’un chômage de masse.

M.M.