Déplacements - Transports

Route en mer : l’impasse se confirme

Transporteurs reçus par Didier Robert

Manuel Marchal / 15 octobre 2019

Plus d’une semaine après l’ultimatum des transporteurs suite à l’annonce de l’arrêt programmé du chantier de la route en mer faute de matériaux, Didier Robert a enfin reçu une délégation d’organisations patronales de transporteurs, et la CFDT. D’autres réunions sont prévues, notamment avec l’État et les bénéficiaires du marché de la route en mer, pour envisager comment continuer. L’illusion des andains persiste, en dépit du fait que transformer des exploitations agricoles en carrière ne permettra que de repousser l’arrêt du chantier de deux ans, un délai sans doute insuffisant pour passer le cap des prochaines élections régionales.

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Il a fallu plus d’une semaine pour que le président de la Région Réunion, maître d’ouvrage du chantier de la route en mer, trouve un créneau dans son agenda pour rencontrer des transporteurs mécontents. Parmi ces derniers, certains étaient partisans d’un blocage de La Réunion. En effet, ils sont maintenant face au fait accompli : Didier Robert ne peut pas tenir sa promesse. Cette promesse consistait à privilégier une solution technique destinée à remplir les carnets de commande d’entreprises de transport. Mais le choix d’une digue se heurte depuis des années à une impossibilité : les matériaux nécessaires à sa construction ne sont pas disponibles à La Réunion. Sans doute interpellées par l’entêtement de la Région Réunion à s’enfermer sur une solution technique impossible dans un délai raisonnable, les entreprises bénéficiaires d’un marché de plus d’un milliard ont rappelé que les grands groupes de BTP ne sont pas des philanthropes. La logique de la course au profit les amène à ne pas vouloir payer des salariés mis de fait au chômage technique.

A cela s’ajoute une autre thèse soutenue par le Collectif Touch pa nout roche : les bénéficiaires du marché de la route en mer seraient en train de manoeuvrer pour s’arroger le monopole de la fourniture des matériaux de construction à La Réunion. Ce groupement d’entreprise a en effet considérablement entamé les carrières existantes, et met la pression pour que la carrière de Bois-Blanc soit ouverte. La Région et l’État se sont embarqués dans cette affaire, or si cette carrière est ouverte, alors elle sera exploitée par les bénéficiaires du marché du projet de Didier Robert.
La rencontre d’hier a donc concentré les efforts sur l’illusion des andains. Issues de l’épierrage fin, ces roches se situent en bord d’exploitation et servent à stabiliser des sols rendus plus fuyant du fait de l’extraction des pierres. D’où la menace qui pèse sur la population en cas de forte pluie, car sans ces andains, la terre se transformera en coulée de boue.

Il est donc impossible d’agir dans la précipitation, et la rencontre d’hier a rappelé que pour extraire ces roches, une étude d’au moins 12 mois par les services de l’État est nécessaire pour déterminer si c’est ou pas possible. Didier Robert compte faire réduire ce délai. De plus, une autre étude estime à 2,6 millions de tonnes de roches le potentiel d’extraction. Ceci ne pourra pas permettre de terminer le chantier. Cela repoussera l’arrêt définitif de deux ans. Cette solution renvoie donc le problème après les élections municipales de mars 2020, mais apporte la garantie qu’il explosera de nouveau en pleine campagne des prochaines régionales. D’où l’empressement à vouloir à tout prix extraire encore plus de roches des exploitations agricoles.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, les transporteurs le plus véhéments semblent satisfaits des propos qui sont tenus. De deux choses l’une : soit leurs difficultés sont imaginaires, soit ils croient encore que le chantier peut leur fournir les commandes nécessaires à la prospérité de leurs comptes en banque. Mais il apparaît clairement que les syndicats qui soutiennent cette idée de Didier Robert jouent à un jeu extrêment dangereux. En effet, les problèmes des agriculteurs ne pourront pas être réglés par la vente de roches. Ils ne pourront trouver une issue qu’à partir du moment où les agriculteurs pourront tous vivre de leur travail. Cela suppose de remettre en cause notamment le monopole des sociétés coopératives sur la vente des intrants et la commercialisation des produits. Mais les syndicats agricoles soutenant l’illusion des andains ont-ils la volonté de casser ce monopole ?

M.M.



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  • On devrait pouvoir trouver les roches nécessaires à la digue de la nouvelle route du littoral sur les andins agricoles et dans les ravines accessibles aux engins d’extraction et aux camions . j’ai déjà signalé le gisement de roches massives existant dans le lit de la Ravine sèche à Saint Benoit depuis le pont Payet jusqu’à la cascade de l’écho où les camions peuvent accéder par la route du grand étang et il n’est pas le seul gisement de roches exploitables peut être un peu plus proches du chantier .

    Ce n’est pas la peine de prendre une année pour étudier la faisabilité de ces deux solutions .On peut confirmer la faisabilité de ces deux solutions par des photos aériennes et en consultant rapidement les agriculteurs eux mêmes et les entreprises qui ont réalisé l’épierrage des terres agricoles et les travaux d’enlèvement des roches massives devraient pouvoir commencer dans moins de deux mois ..

    Et si cette étude confirmait qu’il nous manquerait quand même quelques centaines de milliers de tonnes de roches pour finir la digue on pourrait peut être décider quand même d’approvisionner la digue par les andins et les roches des ravines mais en envisageant de démarrer un peu plus tôt des travaux des chantiers de terrassement où on sera certain de trouver des roches massives . Je pense notamment au creusement d’un nouveau bassin pour le port Est qu ’il faudra réaliser dans quelques années lorsque nous aurons atteint les limites de la capacité d’accueil des gros bateau des bassins actuels . Mais il y a aussi la possibilité de commencer dès maintenant le creusement des bassins d’un nouveau port sur la commune de Saint André ou de Saint Suzanne .

    Enfin comme nous ne sommes pas certains que notre fameuse route en mer tiendra le coup face à un cyclone exceptionnel ou un autre phénomène naturel comme un tremblement de terre ou un tsunami ; et qu’elle risque d’être fermée pendant un temps relativement long pour des gros travaux de remise en état ou d’entretien ... pourquoi ne pas démarrer sans tarder la construction d’une nouvelle route secondaire qui passerait sur le plateau de la montagne et qui offrirait en cas de fermeture de notre route en mer une autre alternative aux automobilistes ,dont le nombre ne va pas cesser d’augmenter, pour passer de Saint Denis à la possession sans forcément passer par le CD 41 .

    Les terrassements de cette nouvelle route secondaire qui pourrait passer en partie en tunnel devrait pouvoir nous fournir les roches qui nous manqueraient pour la digue ; et comme il s’avère maintenant que notre président de Région monsieur Didier Robert se rend compte publiquement qu’il faudra très prochainement réaliser la ligne de chemin de fer du genre métro ou RER dont le dossier technique était presque bouclé par son prédécesseur, monsieur Paul Verges, lorsqu’il a été élu président de la Région en 2010 ,il pourrait relancer ce projet en urgence et commencer en priorité les travaux qui pourraient fournir des matériaux pour la route digue comme par exemple le creusement de tunnel . Ces travaux pour le RER ou le métro qui relèvent de la maîtrise d’ouvrage de la Région pourraient être également réalisés en concertation pour ne pas dire en combinaison avec les travaux pour une autre route secondaire entre la possession et Saint Denis qui eux relèvent de la compétence du conseil général et des communes .

    L’urgence à réaliser ces travaux pourrait justifier que l’on puisse passer des marchés de gré gré et ces travaux pourraient être confiés aux entreprises qui sont attributaires des marchés pour la construction de la route en mer si elles se montrent raisonnables et ne sont pas trop gourmandes . Ces nouveaux travaux devraient donner du travail aux transporteurs qui ont investi des sommes importantes dans l’achat de camions tout neufs pour le transport des matériaux de la route en mer et tout le monde serait content .

    C’est un peu compliqué à réaliser compte tenu de la complexité des règles de fonctionnement des collectivités publiques mais c’est faisable si chacun fait un effort pour privilégier d’abord l’intérêt général avant les intérêts particuliers qu’ils soient financiers ou politiques .

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