Déplacements - Transports

Route en mer : l’urgence d’une expertise technique, environnementale et économique

Après la suspension de l’exploitation de la carrière de Bois Blanc

Manuel Marchal / 2 mai 2019

La décision du Tribunal administratif ce 29 avril a suspendu les arrêtés préfectoraux lançant l’exploitation de la carrière de Bois-Blanc. C’est un nouveau coup d’arrêt au chantier de la route en mer. Ce énième rebondissement dans un projet mal engagé souligne l’urgence d’une expertise technique et économique pour répondre à ces questions sans réponse : le projet actuel est-il réalisable ? Si oui quand pourrait-il être terminé, à quel prix ? Si non quelles sont les alternatives possibles et à quel prix ?

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C’est un chantier maintenant d’au moins 2 milliards d’euros financé majoritairement par une collectivité réunionnaise qui est aujourd’hui totalement dans l’impasse. Ce 29 avril, le Tribunal administratif a suspendu les arrêtés préfectoraux autorisant le début de l’exploitation d’une carrière à Bois-Blanc. Or ces roches sont un apport décisif au chantier, estiment les partisans de la route en mer. En conséquence, la partie de la route en mer entre La Possession et la Grande-Chaloupe n’est pas prête d’être livrée. Comment en est-on arrivé là et pourquoi un tel entêtement qui a pour effet de faire encore gonfler la facture ? Car c’est panique à bord du côté des soutiens de la route en mer, qui évoquent des surcoûts gigantesques et le retard important dans les travaux.
En effet, le chantier de la route en mer a été lancé sans que les matériaux prévus pour le réaliser ne soient disponibles. La solution technique qui pose problème actuellement est la digue entre La Possession et la Grande Chaloupe. Elle avait manifestement été choisie pour satisfaire les intérêts de certains transporteurs, c’était l’argument de l’emploi local.

Pas de carrière, pas de digue

Ces transporteurs et la Région Réunion comptaient sur l’État pour donner les autorisations nécessaires à l’ouverture de nouvelles carrières indispensables à un tel projet. Face à ces manœuvres, la population s’est mobilisée. Les riverains des différents sites concernés, ainsi que plusieurs associations, ont réussi à se fédérer dans un Collectif contre la digue. Ils revendiquent qu’une autre solution technique soit mise en œuvre pour sécuriser la liaison entre La Possession et Saint-Denis. Un recours de la SREPEN a été déposé contre l’ouverture de la carrière de Bois-Blanc. Le Tribunal administratif a donné raison aux défenseurs de l’environnement et suspendu les arrêtés préfectoraux. Si dans quelques mois la Cour de cassation confirme cette décision, alors la carrière de Bois-Blanc ne se fera pas et il sera alors impossible de compter sur ses 14 millions de tonnes de roches pour redémarrer le chantier.

Transparence et responsabilité

C’est donc clairement un nouveau blocage du chantier, et cela pour au moins quelques mois et le risque est grand que ce délai puisse encore s’allonger. L’inconnu risque donc de se prolonger car à ce jour, personne ne peut dire avec certitude quand ce chantier sera livré et s’il peut l’être. L’incertitude pèse aussi sur le coût. Une chose est sûre : rien n’oblige l’État à une contribution supplémentaire. En effet, la renégociation du Protocole de Matignon a permis à Paris de ne plus être solidaire financièrement des surcoûts du chantier. La participation de la France est une somme fixée à l’avance dans ce contrat ce qui veut dire que ce sera à la Région de payer tout le reste, avec le soutien de fonds européens qui pourraient sans doute être mieux utilisés ailleurs.
Pour mettre fin à ces incertitudes et informer l’opinion en toute transparence sur les choix possibles, il est grand temps de diligenter une mission d’expertise technique, environnementale et économique pour évaluer le projet de route en mer, rechercher d’éventuelles alternatives et au final donner les éléments pour prendre la meilleure décision en toute transparence. C’est un choix de responsabilité pour sortir de la crise par le haut.

M.M.



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  • En attendant la décision du conseil d’Etat qui statue en appel sur les décisions des tribunaux administratifs , les entreprises concernées peuvent toujours s’approvisionner en roches auprès des propriétaires de terrains qui acceptent de vendre leurs roches . Je pense notamment aux agriculteurs qui ont des andins trop importants après l’épierrage de leur terre . Mais aussi à ceux qui n’ont pas encore épierrer leur terre agricole et qui pourraient être encouragés à le faire si on achetait leurs pierres à un bon prix . Enfin il y des ravines où l’on pourrait trouver des pierres en grande quantité . C’est le cas de la ravine sèche dans sa partie comprise entre son franchissement par la route des plaines au niveau dit Pont Payet jusqu’à la frontière de la commune de La plaine des palmistes . Dans cette partie la de la ravine sèche, notamment celle qui longe le massif du grand Etang , le lit de la ravine fait 150 à 200 mètres large et constitue un gisement important de grosses roches . Pourquoi ne pas autoriser l’enlèvement d’une partie de ces grosses roches facilement accessibles pour la digue . Et La ravine sèche n’est pas le seul site exploitable la Réunion . Il y en a beaucoup d’autres .

    Le préfet qui est compétent pour prendre cette décision pourrait donner son feu vert et donner ainsi un moyen de continuer les travaux de la digue de la route du littoral .Car plus on prend du retard sur ce chantier plus cela coûte cher à l’économie réunionnaise mais aussi tous les contribuables réunionnais .

    Que le tribunal administratif accepte de prendre en compte les revendication de ceux qui veulent préserver l’environnement et la santé des riverains de la carrière de bois blanc , c’est tout à fait à son honneur mais cela ne doit pas être une raison pour arrêter le chantier de la digue si on a d’autres moyens de se procurer les roches nécessaires . La continuation du chantier de la digue peut être considérée comme suffisamment d’intérêt public pour justifier que l’on aille prendre les roches nécessaires ailleurs que dans les carrières lorsque l’on peut les prendre en respectant la propriété privée des agriculteurs ou le domaine public ou privé de l’Etat et sans générer des risques supplémentaires .

    Il ne faut pas se leurrer aucun expert ne se prononcera pour la fermeture du chantier de la digue si on peut l’approvisionner en roches parfaitement calibrées et si les travaux de pose sont parfaitement réalisés ..

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