Déplacements - Transports

Route en mer : le coup d’arrêt. L’urgence de relancer la véritable NRL et le train

Les procédures d’ouvertures des carrières remises en cause

Manuel Marchal / 25 janvier 2018

Le Conseil d’État a pris un arrêt conforme au droit européen. Depuis le mois dernier, le préfet ne peut plus prendre la décision d’ouvrir une carrière. Le haut fonctionnaire ne peut plus être juge et partie. La responsabilité d’une telle décision revient à une autorité environnementale indépendante. L’enquête publique sur la carrière de Bellevue est suspendue, les autres carrières sont en suspend. Faute de matériaux, la route en mer ne pourra donc pas se faire. Cela confirme l’urgence de relancer les projets alternatifs à la NRL qui était lancés et financés en 2010. La priorité est la protection de la population, car plus de 7 ans ont été perdus à cause d’une aventure connue sous le nom de NRL, la route en mer.

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Une partie des milliers de personnes présentes lors d’une manifestation contre l’ouverture d’une carrière à Bois-Blanc.

L’arrêt du Conseil d’État est un coup d’arrêt au projet de la route en mer, la route la plus chère du monde selon France2. Le mois dernier, il a retiré au préfet l’autorité de décider d’ouvrir les carrières indispensables à la poursuite du chantier. Cet arrêt résulte de la mise en conformité du droit français avec le droit européen. Il oblige la création d’une autorité environnementale indépendante qui devra se prononcer sur la décision d’ouvrir ou pas les carrières. La première conséquence a été l’abrogation de l’arrêté préfectoral du 17 janvier relatif à l’enquête publique pour la carrière de Bellevue. Le gouvernement appelle à la prudence sur les autres enquêtes publiques réalisées pour des projets analogues, comme la carrière de Bois-Blanc.

Il s’avère donc que pour des raisons de sécurité juridique, il faut tout reprendre à zéro. Or, nul doute que des experts de l’environnement prendront en compte les conséquences sanitaires et environnementales de ces méga-carrières. Cela ne pourra qu’aboutir à l’interdiction d’ouvrir ces gigantesques sites d’extraction, et par conséquent va priver de matériaux le chantier de route en mer. Faute de matériaux, la route en mer ne pourra donc pas voir le jour.

Pas de carrière, pas de route en mer

Rappelons que le chantier de la route en mer a été lancé sans que les matériaux prévus pour son achèvement aient été prévus. C’est pourquoi la Région et les attributaires du marché ont mis la pression sur l’État pour qu’il autorise l’ouverture de nouvelles carrières. Ces dernières sont des projets sans précédent à La Réunion. Elles doivent couvrir une superficie de plusieurs dizaines d’hectares, et une profondeur de plusieurs dizaines de mètres. L’usage d’explosifs est prévu, tandis que les incessantes rotations de camions entre ces sites et le chantier de la route en mer augmentent l’insécurité routière. À cela s’ajoutent les risques sanitaires pour les riverains de ces carrières.

Jamais sans doute dans l’histoire de La Réunion, un projet n’a suscité une telle opposition. Face à la menace de l’ouverture d’une carrière à Bois-Blanc, notre île a vécu sa plus grande manifestation pour la protection de l’environnement. À deux reprises, des milliers de personnes ont réalisé une chaîne humaine pour montrer leur détermination. Les défenseurs de l’environnement n’excluent pas d’autres actions. En effet, la dynamique est dans leur camp après l’annonce par le gouvernement de l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes. Ils ont conscience que la lutte paie, et qu’il est possible grâce à la force de la conviction de faire reculer les intérêts des multinationales qui viennent profiter des fonds publics mis à disposition de la Région par les contribuables.

La Région responsable de 7 ans de retard

Sous le coup de cette décision du Conseil d’État, la Région Réunion met en avant des questions de sécurité. Or, c’est justement la responsabilité des élus qui ont voté pour la route en mer qui est engagée. En 2010, deux projets étaient en cours pour régler définitivement le problème de la sécurisation de la liaison entre Saint-Denis et l’Ouest de La Réunion. Il s’agissait du tram-train dont les premières emprises avaient été réalisées, et d’une véritable nouvelle route du littoral, bien moins consommatrice de matériaux.

Si le Protocole de Matignon signé en 2007 avait été respecté, et si les fonds obtenus par Paul Vergès avaient été utilisés pour mener à bien ces deux projets, ils seraient déjà réalisés. Au lieu de la route du littoral actuelle, les Réunionnais auraient déjà le choix entre le tram-train, et la NRL pour aller de l’Ouest vers le Nord et inversement, et cela sans craindre les chutes de pierre et les effondrements de falaise. Aujourd’hui, ils ne peuvent que constater que la digue n’avance pas, et donc que la route en mer se résume à la plus coûteuse opération publicitaire de l’histoire de La Réunion, car au final c’est un viaduc inutilisable.

L’éboulis spectaculaire sur la route de Cilaos hier matin peut tout à fait se produire sur la route du littoral. Il est donc urgent de relancer les projets prévus pour sécuriser au plus vite la liaison entre Saint-Denis et La Possession. Plus de 7 ans ont déjà été perdus dans les travaux indispensables à la protection des dizaines de milliers d’usagers qui passent sur la route du littoral. Il est temps de mettre fin à un chantier qui vient de subir un nouveau coup d’arrêt, et d’utiliser l’argent public comme il devait l’être à l’origine : pour un tram-train et une véritable nouvelle route du littoral.

M.M.



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  • L’impossibilité de livrer les roches nécessaires à la construction de la partie digue de la nouvelle route du littoral entre saint Denis et la possession n’oblige pas d’ arrêter totalement le chantier , mais seulement de revoir sa conception pour la partie digue .

    Actuellement la partie Viaduc a été réalisée à moitié , il ne reste plus qu’un vingtaine de pylônes à construire et avec les travaux réalisés à saint Denis à la grande Chaloupe et à la possession , c’est plus de la moitié du chantier qui est réalisée.

    Arrêter les travaux complètement pour recommencer le projet ailleurs serait à mon avis une erreur très coûteuse . Le mieux serait de continuer le chantier mais de remplacer la partie digue par une autre solution . Celle ci pourrait être un passage sur le plateau entre la Grande Chaloupe et La Possession avec montée et descente en viaduc comme à saint Paul pour la route des tamarins ou la construction de deux tunnels de 10 ou 12 mètres de diamètre pour chaque sens de la circulation .

    Comme les deux entreprises qui ont obtenu les marchés sont équipées de tunneliers permettant de creuser ce deux tunnels et ne devraient pas avoir de difficultés particulières pour passer en hauteur, il leur suffit d’accepter un avenant à leur marché initial pour pouvoir continuer les travaux , et à mon avis l’une des deux solutions que je propose ne devrait pas couter plus cher que la digue et permettrait de mettre à l’abri des éléments déchainés la moitié de la route en cas de cyclone. Et de plus un passage sur le plateau présenterait également l’avantage de désenclaver les terrains qui sont situés entre la Grande chaloupe et la Possession et de rejoindre le réseau routier qui passe par Saint Bernard par une route secondaire qui offrirait une autre alternative pour le passage du nord à l’ouest de l’Ile que ce soit par temps normal ou par temps de pluie .

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  • C’est incroyable qu’une fois encore, il faille attendre qu’il y ait un évènement dramatique, naturel auquel les citoyens de l’île de la Réunion et des autres pays d’outre-mer sont informés, préparés pour que l’on réalise que l’on va droit dans le mur, un peu comme pour l’alimentation avec le sucre (un nouveau film documentaire sort à ce sujet ce mercredi, France Inter dans l’émission "grand bien vous fasse" qui est toujours très bien, je conseille tout le monde de la suivre, en direct ou via le site, l’autre fois, c’était sur le scandale de Lactalis avec les salmonéloses retrouvées dans le lait en poudre des bébés, la viande de boeuf remplacée par celle de cheval moins chère sans information, les oeufs contaminés etc...Nous sommes piègés par le système. Heureusement que les associations style Green Peace, L214, essaient de lancer les alertes, dénoncent ce qui se passe dans l’industrie agro.

    Là, c’est au tour du chantier contreversé de la NRL qui est la plus chère du monde en plus, en ces temps de recherche d’économie. Pourrait-on avoir des infos sur ce que les élus pensent faire pour remettre le projet de train TER-PEI sur les rails si on ose écrire ? Est-il vrai qu’il va aller de St Joseph à St Benoît ? Electrique avec des énergies renouvelables (géothermie offerte par le volcan, éolienne par les alizés, solaire car territoire largement bénéficiare de ses rayons. Pourquoi n’y a-t-il pas plus d’infos dans la presse à ce sujet ? Arthur.

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