Transports aériens

Air Austral vers des turbulences

French Blue arrive à La Réunion

Manuel Marchal / 11 octobre 2016

Hier dans le Quotidien, Marie-Joseph Malé, PDG d’Air Austral, a donné sa position suite à l’annonce de l’arrivée l’année prochaine de la compagnie long-courrier low-cost French Blue à La Réunion. Il a confirmé qu’Air Austral aura des difficultés à s’aligner sur les prix de son nouveau concurrent.

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Samedi, Témoignages expliquait qu’une des conséquences de l’arrivée de French Blue à La Réunion pouvait être la disparition d’Air Austral de la ligne La Réunion-Paris. En effet, la filiale d’Air Caraïbes reprend à son compte le modèle low-cost long courrier inventé à La Réunion par les anciens dirigeants d’Air Austral. À la différence du projet réunionnais, l’avion choisi n’est pas l’Airbus A380 mais l’Airbus A350. La baisse des prix du billet d’avion reste tout de même significative, avec des tarifs nettement inférieurs à ceux de la concurrence. À La Réunion, deux compagnies qui opèrent sur la ligne directe La Réunion-Paris ont assurent depuis les aéroports parisiens d’autres dessertes intercontinentales. Ce sont Air France et Corsair. Air Austral n’est pas dans ce cas. Depuis la décision de ses nouveaux dirigeants d’abandonner les lignes La Réunion-Marseille, La Réunion-Lyon, La Réunion-Toulouse, La Réunion-Bordeaux et La Réunion-Nantes, elle s’est repliée sur La Réunion-Paris. Depuis peu elle a ouvert une liaison Mayotte-Paris, mais avec un plus petit avion, un Boeing 787 qui a remplacé le Boeing 777-200 LR.

Sur la base de ces faits, il s’avère qu’Air Austral est la compagnie qui risque de souffrir le plus de l’arrivée à La Réunion d’un concurrent capable de vendre des billets d’avion nettement moins chers. En effet, Air France et Corsair ont une surface qui leur permettent de compenser les pertes par des recettes obtenues sur d’autres lignes. Ils peuvent donc résister à une guerre des prix.

Coût de production plus élevé

Hier dans le Quotidien, Marie-Joseph Malé, PDG d’Air Austral, a tenu à rassurer ses salariés. D’après lui, French Blue ne sera pas dans la capacité de maintenir une différence de prix suffisamment décisive pour que les clients d’Air Austral désertent sa ligne. Il précise que la mise en service de nouveaux avions a permis de réduire les coûts. Il appuie aussi son argumentation sur l’ouverture de la ligne Mayotte-Paris. Il indique également que l’arrivée de XL Airways n’a pas bouleversé la donne dans ce domaine.

Force est de constater que le plan de French Blue est d’un tout autre calibre que celui de XL Airways. Cette dernière compagnie a repris une ligne abandonnée par Air Austral : Lyon-Marseille-La Réunion. Elle ne se pose pas à Paris et n’assure pas non plus une desserte quotidienne. French Blue a décidé de mettre en service deux avions sur la ligne La Réunion-Paris pour permettre une fréquence quotidienne. C’est donc une concurrence frontale pour Air Austral. De plus, les appareils choisis sont à la pointe du progrès. Il s’agit d’Airbus A350. Cela signifie que quand les cours du pétrole vont remonter, la différence de coût d’exploitation sera encore plus grande entre French Blue et Air Austral.

Et sur la ligne La Réunion-Paris, le prix reste le principal facteur de décision. Les personnes qui empruntent cette ligne font avant tout du tourisme affinitaire. Ce sont soit des Réunionnais qui partent voir de la famille en France, ou alors des Réunionnais de l’émigration qui viennent en vacances dans l’île avec laquelle ils ont des attaches. Si entre deux compagnies, la différence est de plus de 100 euros, le choix sera fait au profit du moins cher.

Des emplois en jeu

Il est donc clair que cette nouvelle concurrence va ébranler Air Austral. C’est d’autant plus paradoxal que ce sont les anciens dirigeants d’Air Austral qui avaient imaginé ce concept qui va tout bouleverser. Paul Vergès et Gérard Ethève avaient noué un partenariat avec Airbus. Le constructeur européen avait spécialement conçu un avion qui permettait de faire baisser les prix des billets d’avion de 30 % toute l’année pour tout le monde. C’était l’Airbus A380 en classe unique, capable de transporter plus de 800 passagers en un seul vol. Mais avec l’arrivée de Didier Robert à la présidence de la compagnie réunionnaise, le projet a été enterré. Le président de la Région a préféré soutenir un plan de distribution de bons de réduction sur les billets d’avion. La dimension clientéliste de cette affaire est très claire, car les bénéficiaires de ce dispositif doivent faire leur demande auprès de la Région et savent donc que c’est cette collectivité qui paient à leur place une partie du prix de leur voyage. Cette année, cette fuite en avant continue, car la Région Réunion étend ces bons à une partie de la population habitant en France. Mais au final, cela ne fait pas baisser le prix du billet d’avion.

L’idée des anciens dirigeants d’Air Austral était bonne. Air Caraïbes l’a repris à son compte et arrive à La Réunion. La différence fondamentale, c’est que le projet d’Airbus A380 exploité par une filiale d’Air Austral aurait créé des centaines d’emplois à La Réunion, alors que celui d’A350 de French Blue peut porter un coup fatal à l’existence d’Air Austral sur la ligne La Réunion-Paris, avec à la clé le risque de la suppression de centaines d’emplois à La Réunion.

Voilà où mènent les décisions de dirigeants politiques qui préfèrent le clientélisme au développement du pays.

M.M.



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  • Faire de l’auto concurrence sur l’axe Saint-Denis-Paris n’était pas non plus une idée de génie, vous en conviendrez...

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  • A l’époque du projet A380, Air Austral desservait plusieurs villes de France, l’Australie, la Nouvelle Calédonie et avait des projets pour l’Inde et la Chine. Outremer 380 ne devait relier qu’une seule ville de France, Paris, à La Réunion, et ne faisait donc pas de concurrence aux autres liaisons opérées par Air Austral. Donc ceux qui avaient le plus à craindre, c’étaient les concurrents d’Air Austral sur l’axe La Réunion-Paris et qui auraient dû baisser les prix de 30% pour rester compétitifs. Sans doute certains auraient préféré se redéployer ailleurs, mais Air Austral serait restée sur la liaison entre La Réunion et la France et au final, les gagnants étaient les Réunionnais qui auraient pu voyager moins cher sans subvention, et qui voyaient s’ouvrir la perspective de centaines d’emplois créés pour faire fonctionner une nouvelle compagnie aérienne, Outremer 380.

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