Madagascar

Madagascar obtient la restitution du « Dais royal de Ranavalona III » volé par des Français

Retour d’une grande portée historique au moment de l’inauguration du Rova Mandjakamiadana réhabilité

Manuel Marchal / 4 novembre 2020

Demain sera inauguré le Rova Mandjakamiadana réhabilité. 48 heures avant cet événement, le président de la République malgache a annoncé la restitution par la France du Dais royal de Ranavalona III. Cette couronne avait été volée par des Français en 1897 lors de l’invasion de Madagascar et était une des pièces du Musée des armées à Paris. Le retour de cette relique ne manquera pas de donner une dimension historique à la cérémonie prévue demain.

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Quand un lobby colonial animé par des Réunionnais a obtenu de la France la colonisation de Madagascar, les valeurs civilisatrices soi-disant mises en avant pour justifier cette opération ont abouti à la destruction de l’État de Madagascar. Près d’un demi-siècle avant l’Italie et l’Allemagne, Madagascar avait réussi à devenir un pays unifié, reconnu par les grandes puissances. Un des premiers actes des envahisseurs a été de prendre le contrôle des institutions, puis de voter une loi d’annexion faisant de Madagascar et des îles environnantes une colonie.
Le Rova Mandjakamiadana situé sur la plus haute colline surplombant Antananarivo était alors le siège du pouvoir exercé par un monarque. Après l’invasion du pays, la Reine de Madagascar, Ranavalona III, fut déportée à La Réunion puis en Algérie.

Pièce du Musée des armées à Paris

Comme bien souvent, l’arrivée d’une armée coloniale a donné lieu à d’importants pillages d’objets précieux. L’un d’entre eux était le Dais royal, une couronne volée en 1897 qui a fini par devenir une pièce d’un musée appartenant à l’État français : le Musée des Armées.
Après bien des négociations, le gouvernement malgache a obtenu de la France de faire amende honorable sur ce point en rendant l’objet volé. Il doit arriver à Madagascar pour l’inauguration du Rova réhabilité. Le plus grand bâtiment du Rova est le Palais de la Reine, une construction en bois qui a ensuite été recouverte par des murs de pierre. En 1995, un incendie détruit la partie en bois, ne laissant que les murs de pierre.
C’est donc le résultat de 25 ans de travaux qui seront présentés officiellement demain, avec le Dais royal qui reprendra sa place dans le Rova.

Le colonialisme et sa tradition de pillages

Durant la Seconde guerre mondiale, les armées d’occupation avaient transféré en Allemagne de nombreux objets de valeur. Après la défaite du nazisme en 1945, des œuvres qui n’avaient pas été détruites par les bombardements avaient été réclamées et restituées à leurs propriétaires. La France faisait partie des États qui revendiquaient ces restitutions.
Mais la France en tant que puissance coloniale s’est livrée à de nombreux pillages. Le monument le plus âgé de Paris n’est autre que l’obélisque de la Concorde, qui n’est autre qu’une pièce d’un temple égyptien volé pour embellir la capitale française.
La France coloniale s’inscrivait dans une vieille tradition de spoliation qui ne concernait pas seulement les êtres humains et les richesses matérielles, mais aussi les biens culturels.
« Ce dais n’est qu’un symbole de retour des biens du pays, pris par les envahisseurs, car des centaines d’objets appartenant aux royautés de l’époque ont été saisis, voire même séquestrés, par les vainqueurs », a indiqué le directeur général de la Culture de Madagascar.
Un des objectifs de la colonisation française de Madagascar était d’empêcher le réveil de l’unité malgache. Le vol du Dais royal et son recel par l’État français montre une volonté de faire oublier aux Malgaches des symboles de leur indépendance. Souhaitons que cette restitution soit le prélude d’une prise de conscience dans les plus hautes instances à Paris : que la France de 2020 répare les crimes de la France coloniale.

M.M.