Luttes sociales

« Je vous assure que le travail ne tue pas car aujourd’hui, je suis encore là »

Marie-Alicia Fouay Drivat :

Témoignages.re / 18 octobre 2006

On n’a pas tous les jours 20 ans ! Mais on n’a pas tous les jours 100 ans comme Marie-Alicia Fouay Drivat qui les a fêtés le 7 octobre. Depuis 1906, elle habite le quartier où elle a vu le jour à Sainte-Rose, le Petit-Brûlé. Elle habite aujourd’hui là où elle est dans une authentique case créole. Plus connue sous le nom de Mme Raoult, cette centenaire continue à lessiver son linge sur la roche à laver.

« Je suis partie à l’école quand j’avais 6 ans, j’ai quitté l’école à l’âge de 9 ans, j’avais terminé ma communion. Comme j’apprenais bien à l’école, mon institutrice Mme Tevenin est venue voir ma mère pour avoir des explications. Comme j’étais le premier enfant, ma mère avait répondu qu’elle avait besoin de moi à la maison car j’étais la seule qui pouvait l’aider dans la case. En fait, dès l’âge de 6 ans, quand je suis rentrée à l’école, j’ai commencé à travailler. Une tante m’informa que M. Robert cherchait une personne pour transporter de l’eau à ses 2 sœurs qui venaient d’habiter sur Sainte-Rose près de l’église. Avant, il n’y avait qu’une seule fontaine sur Sainte-Rose où les gens venaient prendre l’eau pour leur besoin. Donc, j’ai dit à ma tante que je pouvais faire ce travail puisque je descendais tous les jours pour l’école. Vu mon âge, ma tante pensait que j’étais incapable de faire ce travail.
Donc, tous les matins, je descendais, j’emmenais ma petite robe chez ma tante pour que je puisse me changer quand j’avais terminé pour partir à l’école. Je prenais les 2 arrosoirs, j’allais remplir l’eau. Devinez combien je gagnais ? Par mois, 5 francs, et tous les jours, je “charroyé” 2 arrosoirs d’eau, et j’étais bien contente. Â l’âge de 9 ans, j’ai arrêté car ma mère était tout le temps malade. Je faisais les travaux de la maison. Quand ma mère est décédée, j’ai commencé à travailler à droite à gauche, je me contentais de ce que je gagnais, je rendais service aux autres et je recevais un petit 10 centimes.
Et quand arrivait le Jour de l’An, on était content, on allait de grand matin souhaiter la bonne année pour gagner un “ti quatre sous” avec un petit verre de liqueur. J’ai travaillé dur chez Mogalia pendant 3 ans comme femme de ménage et 18 ans avec la famille Bacal, je lavais leur linge. Je me réveillais à 4 heures du matin, je donnais à manger à mes volailles, mes cochons, j’allais gratter mes cannes, et quand le car Léone passait, c’était l’heure pour aller faire mes fleurs de vanille. Je vous assure que le travail ne tue pas car aujourd’hui, je suis encore là ».

J.-F. N.