APE : alerte générale sur les emplois à La Réunion, résultat de l’aliénation
9 juin, parRisque d’anéantissement des emplois liés à la production de richesses à La Réunion
25 mai 2009

La Journée de l’Afrique, le 25 mai, est l’occasion pour tous les Africains de mesurer le chemin parcouru depuis les luttes de libération, ainsi que les enjeux et les priorités auxquelles le continent aura à faire face durant ce XXIe siècle qui s’annonce difficile. Et ce, en cherchant les voies et les moyens pour que l’Afrique trouve sa juste place dans l’économie mondiale sans perdre son âme, c’est-à-dire avec ses spécificités culturelles.
Pour les Réunionnaises et Réunionnais d’ascendance africaine, voire pour nous tous, cette journée est une opportunité pour rappeler que nous partageons avec nos sœurs et frères africains un certain nombre de valeurs culturelles et spirituelles — culte des ancêtres, maloya et autres — en dépit des changements inévitables qui ont affecté l’héritage africain chez nous. Heureux changements qui nous permettent de ne pas réduire le spirituel et le religieux à la forme culturelle d’expression prise dans l’espace et le temps. Car, si chaque tradition spirituelle doit pouvoir s’exprimer dans ces deux dimensions fondatrices : l’essence et la manifestation, il convient d’éviter toutefois de trop donner la prédominance à l’expression sur l’essence. Constamment soumises aux influences extérieures, les manifestations religieuses évoluent, soit dans le sens d’une certaine stérilisation négative ou une fécondation positive.
La tradition spirituelle africaine est d’essence mystique. Elle « est dans le souci et l’exigence de respecter des liens vitaux fondamentaux : les liens avec Dieu, les liens avec les morts, les liens avec la terre et les liens avec les générations futures » (Augustin Kä Mana). Si, selon les croyances africaines, la force vitale — le divin — est partout : elle est dans tout l’univers, les objets, les arbres, les pierres, les animaux, qui manifestent parfois la présence d’esprits, d’ancêtres éventuels, ces forces obéissent à la loi de la hiérarchie et à la loi d’interdépendance et de l’échange. Ainsi tout passe par la médiation du monde des ancêtres garants de l’intégrité et de la vie de la communauté. Le lien qui relie les vivants entre eux s’appuie sur le lien vertical et interactif qui les relie aux Ancêtres et, par eux, ultimement à la force vitale, à Dieu. La vie spirituelle, c’est le souci de féconder les liens qui unissent les vivants aux ancêtres et à l’énergie divine. La vie est placée comme la valeur suprême qu’il faut défendre contre les puissances de mort sous toutes leurs formes.
Dans cette vision, les morts continuent d’exister parmi les vivants, puisque le contact avec eux est possible et que la relation va dans les deux sens et l’influence perçue comme mutuelle. « Ceux qui sont morts ne sont jamais partis. Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire et dans l’ombre qui s’épaissit, les morts ne sont pas sous la terre. Ils sont dans l’arbre qui frémit, ils sont dans le bois qui gémit, dans l’eau qui coule, dans l’eau qui dort, dans la case, ils sont dans la foule, les morts ne sont pas morts ». Comment ne pas citer ces vers de Birao Diop, parmi les plus célèbres du continent africain ?
Mais, comme on est dans un univers socio-culturel où tout ce qui arrive a un sens qu’il faut déchiffrer et que les Ancêtres ne sont point étrangers aux événements de la famille, les liens qui unissent les vivants et les morts peuvent être une source de tensions entre les membres de la parenté, entraînant souvent « une dictature de l’invisible sur les vivants, avec un rétrécissement de l’espace d’exercice de la raison et de la liberté » (Augustin Kä Mana). C’est dire que ce culte plein de profondeur — la vénération des ancêtres — a besoin, comme tout culte, d’être constamment purifié afin de laisser aux vivants leur pleine responsabilité dans les affaires de ce monde. Donc, reconnaissance et purification.
La plasticité de la tradition spirituelle africaine — plurielle et ouverte, créative et inventive — mérite d’être soulignée en conclusion. C’est de ce fait qu’elle a pu accueillir les religions venues d’ailleurs, tout en constituant la résistance la plus radicale et la plus profonde à la traite, à l’esclavage et la colonisation, pour parler comme Doudou Diene.
Reynolds Michel
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