Di sak na pou di

Les sangsues familiales, mais oui, ça existe !

Patrice Louaisel / 9 juin 2021

Cela commence bien souvent dès l’enfance et est encouragé par une attitude maternelle surprotectrice : enfant gâté à l’excès, qui décide de tout (l’alimentation familiale, ses distractions…), se prolongeant à l’adolescence par une attitude égocentrique où seuls les choix de l’enfant sont pris en compte, celui-ci ne faisant que ce qu’il a envie de faire.

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Dans ce schéma, il n’ y a plus de place pour l’exemple parental ou la moindre éducation (valeurs morales, suivi scolaire, aide à l’orientation scolaire, encouragement aux études puis au travail…). L’enfant puis l’adolescent ne fait rien à l’école, ni à la maison (loin de ses pensées que de participer aux tâches familiales). Il profite de la vie… en toute insouciance et liberté.

Avec ce comportement, il ne réussit que rarement à « accrocher » le moindre diplôme et non stimulé par ses parents ni la situation de l’emploi qui laisse peu de place à l’absence de formation et d’expérience, il « traine » toute la journée dans la rue, avec ses copains ou copines, parfois même à la recherche de « bons plans » (trafics divers, vols, rackets) pour développer son « business ». Dans le meilleur des cas, et sans aucune motivation, il traîne à l’université, rate ses années successives faute d’un travail suffisant quitte à changer d’orientation chaque année (celle « choisie » ne lui plaît plus ou « les profs sont trop nuls ») mais la situation lui convient bien et cela peut durer très longtemps tant elle est confortable : un hébergement et une nourriture gratuite chez les parents, un argent de poche consistant grâce à la bourse obtenue ne lui servant que pour ses loisirs et autres festivités entre copains. Pas question de contribuer aux charges de la famille, « c’est mon argent ». D’ailleurs mes parents ne me demandent aucune contribution… Et puis, ils n’ont qu’à me payer la location d’un studio dont la moitié sera d’ailleurs prise en charge par les allocations logement (APL) ce qui ne leur revient qu’à environ 200 euros/mois : cela me permet de festoyer avec mes cops et d’y amener ma « copine » du moment.

Un peu plus tard, quand et si l’hébergement parental leur semble un peu trop exigu (pour accueillir copine et enfant éventuel) et que la tension monte en famille faute d’implication et de motivation, on recherche enfin un « petit boulot » (que pourrait-on trouver sans formation ni expérience ?) type fast-food ce qui permet quelque temps d’être enfin autonome. Mais le soulagement parental ne dure que rarement car « le job est trop dur » « on est pas assez payés » et puis on s’est séparé de sa copine…

Du coup, faute de pouvoir payer son loyer, on retourne au bercail, à savoir dans le « nid » familial, parfois avec copine et enfant. Les parents remplis de compassion acceptent le retour de l’enfant prodigue qui, faute de moyens et d’éducation ne s’investit pas davantage pour les aider matériellement comme financièrement. Ils prennent donc tout à leur charge… et vu leur devoir d’assistance, ils gardent ce « pauvre petit » (de 20 à 40 ans tout de même) au chaud.

Arrive un jour où le « petit » souvent accompagné de copine et enfant(s) se révolte et prend le dessus car les parents perdent ce qui leur reste de leur autorité et vieillissent… alors, on décide des choix alimentaires, de l’utilisation de la carte bancaire. En gros, on « gère » la retraite du « vieux ». Et puis s’il râle trop, pourquoi on ne le mettrait pas à l’EHPAD (eh oui la maison de retraite çà coûte trop cher et on devrait mettre la main à la poche vu la retraite insuffisante du « vieux », pas question !). Et puis, çà libérerait la maison ou l’appart, on serait plus tranquille et il ne nous coûterait rien puisque l’Etat-au moins à La Réunion – prend en charge 90 % des dépenses si nécessaire…). Dès lors, celui-ci est condamné à une espérance de vie de 2 à 3 ans maximum et meurt sans visite dans le plus grand isolement. Qu’est devenu le devoir d’assistance des enfants envers leurs parents âgés ou malades ?

Alors comment faire pour éviter ce tragique et funeste destin ? Être ferme dès l’enfance du « petit », assurer un suivi familial et extra-scolaire (sportif par ex), l’impliquer progressivement dans les tâches familiales, lui apprendre les « vraies valeurs » de travail et de solidarité, l’accompagner dès l’adolescence dans le choix d’orientation et d’emploi et le sortir du nid douillet – comme les oiseaux avec leurs petits- dès qu’il a fini école et formation quitte à le « caser » dans un fast-food pour qu’il découvre ce qu’est un travail sans formation préalable. Cela produit parfois un miracle : celui d’avoir enfin compris que sans motivation, choix ni formation, on ne peut récupérer « que des petits boulots » et là commence alors la vraie vie… celle où on est enfin devenue autonome…

Patrice Louaisel
Psychologue