L’invité(e)

« À nous d’agir pour trouver ensemble des solutions »

Jean-Hugues Ratenon, président d’Agir Pou Nout Tout

Manuel Marchal / 13 février 2009

Alors que le scandale des prix des carburants en Guadeloupe se précise, une mission d’inspection interministérielle séjourne jusqu’à aujourd’hui dans notre île. Elle vise à faire la transparence sur la formation des prix des carburants à La Réunion. Jean-Hugues Ratenon, président d’Agir Pour Nout Tout, revient sur ces derniers événements qui ont été marqués par la fondation d’un collectif d’associations, syndicats et partis politiques.

Le prix du gazole en Guadeloupe est désormais de 0,88 euro. Que vous inspire cette nouvelle situation ?

- Tout d’abord, je tiens à réaffirmer le soutien d’Agir Pou Nout Tout aux Guadeloupéens et aux Martiniquais dans la lutte. La baisse du prix de l’essence en Guadeloupe et la baisse des prix de 100 produits de première nécessité en Martinique sont là pour rappeler que la mobilisation paie. Mais cette mobilisation est d’autant plus efficace quand elle a lieu dans l’unité d’action, dans le rassemblement.
Depuis le mois d’octobre, nous sommes mobilisés pour dire qu’une baisse substantielle des prix du gaz et des carburants est possible. Ce qui se passe aux Antilles vient encore appuyer notre mot d’ordre, et à la différence de ce qui s’est passé à La Réunion, cette baisse concerne tout le monde, et elle n’est pas financée par l’argent du peuple.

Lundi, une mission d’inspection est arrivée à La Réunion. Pourra-t-elle faire la transparence sur la formation des prix des carburants ?

- A La Réunion comme dans les autres DOM, c’est le préfet qui fixe les prix à partir des informations que lui transmettent les compagnies pétrolières. L’État ne croit plus, ou tout du moins a des doutes, sur les affirmations des pétroliers. Ce ne sont pas moins de cinq ministères qui ont missionné cinq enquêteurs pour tenter de mettre toutes les cartes sur la table.
Ceci étant dit, cette mission raisonne comme un désaveu de la forme actuelle de l’Observatoire des prix et des revenus. Si le président de l’OPR, c’est-à-dire le préfet, avait donné les moyens d’investigation nécessaires à l’Observatoire, ce dernier aurait pu faire le travail qui est aujourd’hui réalisé par les inspecteurs.
Cela démontre que, malheureusement, nous avons perdu beaucoup de temps entre la mise en place de l’OPR et l’arrivée de cette mission. Et ce temps a profité aux pétroliers qui peuvent jusqu’à présent maintenir des tarifs abusifs. Car je doute que les pratiques des pétroliers implantés à La Réunion soient différentes de celles constatées aux Antilles. Or, c’est un ministre qui dit qu’il pourrait trainer ces pétroliers en justice, parce qu’ils s’enrichissent sans cause.
À La Réunion, nous savons qu’une bouteille de gaz achetée 5 euros par les pétroliers est revendue 20 euros, alors que ce produit est totalement détaxé. C’est inadmissible. 52% de la population vit sous le seuil de pauvreté, cela veut dire que pour ces Réunionnais, le gaz représente 7 à 8% du budget.
Nous devons en finir avec cette situation, les Réunionnais ont le droit de payer le juste prix, nous devons tirer un trait sur l’époque des monopoles coloniaux et regarder vers l’avenir.

Il y a huit jours, vous avez participé à la fondation d’un collectif rassemblant associations, syndicats et partis politiques. Quelles sont les perspectives ?

- Que cela soit aux Antilles, en Guyane ou à La Réunion, tout le monde voit clairement l’impasse. Nous sommes tous confrontés au chômage de masse, et donc à des revenus faibles pour une très grande partie de la population. En même temps, nous devons payer très cher pour nos besoins élémentaires. Je rappelle qu’Agir Pou Nout Tout a publié une enquête révélant que la différence de prix entre La Réunion et la France est 50% plus élevée dans notre île. Or, les minima sociaux et le SMIC sont calculés par rapport au coût de la vie et à l’inflation en France. Dès le départ, notre pouvoir d’achat est donc diminué, et il est entamé par une inflation plus forte à La Réunion qu’en France.
Pour La Réunion, la situation est encore plus dramatique. 25% des travailleurs sont au chômage, 50% des jeunes sont privés d’emploi, 52% de la population vit sous le seuil de pauvreté. En plus, nous sommes à 10.000 kilomètres du département le plus proche, ce qui veut dire que nous ne pouvons pas émigrer dans une région voisine pour trouver du travail.
À partir de là, c’est à nous d’agir pour trouver ensemble des solutions pour sortir de cette impasse. L’évolution des événements montre clairement que c’est la responsabilité de notre génération. Alors je souhaite que ce collectif s’élargisse à toutes les couches de la société réunionnaise, pour que nous puissions faire avancer nos revendications urgentes : créer des emplois, faire baisser les prix, augmenter les minima sociaux et les salaires.

Propos recueillis par Manuel Marchal