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La Réunion : appel du COSPAR à renforcer la mobilisation

Après les premières négociations

Manuel Marchal / 7 mars 2009

Six heures de négociations vendredi 6 mars entre le COSPAR, l’État, les acteurs économiques et les collectivités n’ont débouché sur aucun accord. Elles se sont conclues par un appel du COSPAR à renforcer la mobilisation. Aujourd’hui, les bailleurs sociaux, la grande distribution et le patronat sont de nouveau convoqués à la Préfecture afin de poursuivre les négociations avec le COSPAR, l’Etat et les collectivités. Le mot d’ordre de grève générale pour mardi prochain est maintenu, alors que des actions ’coup de poing’ sont prévues dans le week-end.

Au lendemain d’une grève générale et de deux manifestations ayant rassemblé des dizaines de milliers de Réunionnais, les bailleurs sociaux, le patronat et la grande distribution étaient convoqués le 6 mars à la Préfecture pour rencontrer le COSPAR, l’Etat et les collectivités. Ces acteurs économiques devaient présenter leurs propositions pour répondre aux 62 revendications du Collectif d’organisations syndicales, politiques et associatives de La Réunion (COSPAR).

Dans la première table-ronde, les bailleurs sociaux ont indiqué que leur préférence allait à une hausse des subventions des pouvoirs publics aux loyers plutôt qu’à un gel ou à une baisse des loyers. Rappelons qu’à La Réunion, le montant de l’allocation logement versé par l’Etat est de plus de 240 millions d’euros. L’alignement de l’allocation logement sur la France permettrait une baisse du solde à payer pour le locataire de 50 euros, avait précédemment indiqué le secrétaire d’État à l’Outre-mer. Les bailleurs sociaux sont à nouveau convoqué à la Préfecture ce matin pour entamer de véritables discussions.

Nouvelles négociations aujourd’hui

Lors de la deuxième table-ronde, la grande distribution a affirmé être dans l’impossibilité de baisser les prix de 20% sur 500 articles de première consommation, sous peine de vendre à perte et donc d’être en difficulté face à la loi. Ceci étant, à La Réunion, l’Etat estime que les prix sont supérieur de 53% à ceux relevés en France, puisqu’il verse à ces employés une prime de vie chère destinée à compenser cette différence. Par ailleurs, des études ont conclu à une différence d’au moins 50% entre des grandes surfaces de même enseigne implantées en France et à La Réunion. La grande distribution a proposé une carte destinée aux allocataires de minima sociaux leur donnant droit à une réduction de 20% sur 100 articles.

Pour sa part, le COSPAR revendique une baisse de 20% tout de suite, le contrôle des prix sur les produits de première consommation et la transparence sur la formation des prix. La grande distribution est donc convoquée aujourd’hui à la préfecture pour une deuxième négociation.

La dernière table-ronde concernait les revenus, et particulièrement les salaires. Le COSPAR revendique 200 euros pour les bas salaires, les minima sociaux et les bourses des étudiants. L’Etat envisage l’extension à La Réunion du RTSA, adaptation du RSA en Martinique et en Guadeloupe. Le RTSA, c’est une prime de 100 euros mensuelle versée par l’Etat aux salairiés payés en dessous de 1,4 SMIC. Reste 100 euros à financer. A cela s’ajoute la prime de solidarité versée à tous les allocataires du RSA en France, soit 200 euros en une seule fois pour les personnes qui n’ont pour seul revenu que les minima sociaux.

Actions "coup de poing"

La question des salaires n’a connu aucune avancée vendredi. Rappelons qu’en Martinique et en Guadeloupe, les collectivités se sont en partie substituées au patronat pour prendre en charge les augmentations de salaire. Mais à La Réunion, les collectivités n’ont aucune marge de manoeuvre. A la différence des Antilles, la population de La Réunion doit encore augmenter de 25% au cours des prochaines années, soit 200.000 personnes de plus. Ce sont des infrastructures à construire, des services à assurer. Cela veut dire également qu’il faut créer les conditions pour que l’activité puisse créer suffisamment d’emplois pour résorber le chômage actuel et anticiper sur l’augmentation de la population active, soit plus de 200.000 emplois. Le tout dans un contexte de désengagement de l’Etat : ce dernier doit plus de 270 millions d’euros au Conseil général et plus de 30 millions d’euros à la Région au titre de transferts qui n’ont pas été compensé financièrement.

Au bout de six heures de négociations, Ivan Hoareau, porte-parole du COSPAR, estimait que le patronat voulait faire supporter aux contribuables les augmentations de salaires. Le patronat est donc à nouveau convoqué aujourd’hui pour de nouvelles négociations.

Le COSPAR appelle également à amplifier la mobilisation. Des actions "coup de poing" sont à prévoir. Quant au préfet, il mise sur un accord avant mardi, date de l’appel à la grève générale lancé par le COSPAR. Après l’accord en Guadeloupe, et la perspective d’un fin rapide du conflit en Martinique, toutes les caméras sont braquées sur La Réunion.