L’intersyndicale poursuit la mobilisation en juin

« L’école n’est pas une dette de la nation, mais un investissement »

26 mai 2008

Les syndicats n’ont pas suivi l’appel national à la manifestation samedi. Mais ils promettent des actions en juin. Les dates restent à définir. C’est aussi en juin que le projet de loi sur la mobilité des fonctionnaires devrait être examiné à l’Assemblée nationale.

Cécile Chèze (Saiper), Odel Oumana (FCPE), Marie-Hélène Dor (FSU), Jean-Louis Belhote (Sgen-CFDT), Erick Chavriacouty (UNSA).
(photo E.P.)

Les syndicats ont appelé une fois de plus à manifester samedi dernier contre la politique éducative du gouvernement. 40.000 enseignants, parents, étudiants, lycéens, d’après les organisateurs, 18.400, selon le ministère de l’Intérieur, ont suivi la mobilisation dans le pays.
A La Réunion, l’intersyndicale de l’Éducation (Sgpen-CGTR, Sgen-CFDT, FSU, Saiper-Pas 974, UNSA, UNEF) a opté pour une rencontre avec la presse. Difficile, estimaient-ils, d’organiser une nouvelle journée d’action pour « des raisons logistiques ». Pas sûr, de toute façon, que les Réunionnais auraient répondu nombreux à cet appel. D’autres occasions sont prévues pour se faire entendre en juin. Les syndicats attendent l’examen du projet de loi sur la mobilité des fonctionnaires à l’Assemblée nationale.
Pour le moment, l’intersyndicale continue à faire de la pédagogie. A force de répéter, d’expliquer, la population finira-t-elle peut-être par comprendre les risques qui pèsent sur l’accès à l’éducation et à exprimer avec fermeté son opposition. Le gouvernement pourrait quant à lui au moins ouvrir le dialogue avec les fonctionnaires de l’Education nationale.

Modernisation de la fonction publique : un plan social qui ne se dit pas

L’intersyndicale de l’Éducation, soutenue par l’association des parents d’élèves FCPE, décrit un acharnement du gouvernement sur la fonction publique. « Nous sommes dans une mutation profonde pour arriver à une disparition de la fonction publique si nous ne faisons rien. Le gouvernement ne défend pas, comme il le dit, le service public », soutient Marie-Hélène Dor, secrétaire départementale adjointe de la FSU. Pour les syndicats, la modernisation qu’impose le gouvernement n’est en rien une avancée. C’est le recours à la précarité, que ce soit dans l’éducation pour les enseignants ou pour les personnels administratifs et TOS. Des maîtres auxiliaires, on est passé en 1981 aux contractuels qui pouvaient travailler une année scolaire entière. Au départ, ils devaient intervenir dans les matières où des postes manquaient. Aujourd’hui, au lieu de créer des postes, l’Académie de La Réunion a recours à 700 contractuels enseignants. Encore plus précaires, les vacataires sont recrutés directement par les établissements à moindres coûts. Chaque académie bénéficie en effet d’un plafond de masse salariale, elles sont amenées à privilégier les emplois bon marché pour compenser les suppressions de postes et le non remplacement des départs en retraite. « La logique de la Révision Générale des politiques publiques, c’est le recours à l’intérim, à des contrats privés les plus précaires », conclut Marie-Hélène Dor (FSU). Le gouvernement a d’ailleurs évoqué la création d’une « agence nationale de remplacement ». Le projet de loi sur la mobilité, « loi mortifère », selon les syndicats, va dans ce sens. Elle prévoit même de demander aux retraités de revenir travailler, pour arrondir les fins de mois.
Sur le service minimum, l’intersyndicale se prononce pour un vrai service public minimum. Toutes les communes n’ont pas la même capacité à prendre en charge les enfants, en termes de quantité et qualité du personnel. « Il ne suffit pas de dire qu’on va utiliser l’argent des grévistes pour faire de l’accueil », lance Erick Chavriacouty de l’UNSA.
Sur l’école primaire, le Saiper-Pas 974 dénonce les réformes qui se font dans la précipitation : le changement des programmes, la suppression de l’école le samedi, l’académie est d’ailleurs incapable de la mettre en œuvre, souligne Cécile Chèze, la mise en place d’une Base-élèves. « Nous sommes l’une des dernières académies à ne pas l’avoir terminée. On nous dit que 80% des enfants au moins auraient dû être fichés ; Nous en sommes à zéro. On nous demande de le faire dans la rapidité en 15 jours. C’est un outil de gestion, mais nous craignons un détournement des informations pour la CAF, ou la Police », poursuit Cécile Chèze.
Odel Oumana, de la FCPE, regrette que toutes les décisions soient prises sans aucune concertation, ni avec les enseignants, ni avec les parents. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé avec le Rectorat.

Edith Poulbassia


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