Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
Coulée de boue à La Chaloupe
14 février 2005

À quelques jours de la rencontre des scientifiques du Groupe d’expert intergouvernemental d’étude du climat (GIEC) à la Région, un événement nous rappelle notre vulnérabilité ainsi que la responsabilité des décisions prises dans notre île quant à l’aménagement. Vendredi soir à La Chaloupe Saint-Leu, une heure de pluie a suffi pour montrer pourquoi les décideurs doivent avoir comme préoccupation de prévenir et d’anticiper sur les phénomènes climatiques qui, avec le réchauffement global de la Terre, seront encore plus violents et imprévisibles que tout ce que nous avons connu jusqu’à présent.
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Vendredi soir à La Chaloupe, une averse a des conséquences très importantes. Ce sont des torrents de boues qui dévalent la pente, emplissant le cours de ravines à sec depuis bien des années, accumulant des déchets qu’une route mal calibrée n’arrive pas à évacuer. À La Chaloupe, les habitants sont habitués à la pluie, mais depuis quelques années, les dégâts commencent à devenir importants, et la catastrophe de samedi est pour les riverains l’occasion de tirer la sonnette d’alarme.
Beaucoup n’hésitent pas à désigner la remise à neuf de la rue Alexandre Bègue comme élément aggravant. Auparavant, la voie principale de La Chaloupe n’avait pas de trottoir à cet endroit, mais sa bordure comportait un large caniveau qui évacuait les eaux des pluies.
Aujourd’hui, si les habitants de La Chaloupe ont droit à un trottoir, ce dernier est souvent plein de boue, à la première pluie, car le système d’évacuation des eaux n’est pas suffisamment dimensionné, affirment-ils.
D’autres facteurs favorisent ces importants ruissellements. Au dessus des habitations, les chemins d’exploitation sont de plus en plus bétonnés, le nombre de constructions augmente, et partout où le béton remplace la terre, l’eau ne rentre plus, elle ruisselle et descend jusqu’à la route principale de La Chaloupe, où elle stagne. "Quand il pleut, l’eau monte, puis c’est la boue et quand le soleil revient, c’est la poussière, c’est comme cela depuis l’inauguration de la route", nous dit un riverain.
Devant le déluge, certains jettent la pierre sur le ciel, disant qu’il a plu beaucoup. Mais on serait plutôt tenté de remercier la nature d’avoir délivré un simple avertissement.
Les anciens affirment que les dégâts de l’averse de vendredi dernier rappellent ce qui s’était passé lors du passage du cyclone de 1948. Or, à cette époque, les familles n’habitaient pas comme aujourd’hui dans des maisons en dur. Dans les hauts, c’était encore souvent la case en paille, ou encore le bois sous tôle. Alors on peut comprendre qu’un cyclone aussi intense que celui de 1948 puisse avoir d’importantes conséquences.
Mais aujourd’hui, force est de constater que si l’équivalent du cyclone de 1948 avait frappé La Chaloupe vendredi, on peut se demander si les conséquences ne seraient pas plus dramatiques que 60 ans auparavant, alors que les constructions sont en dur.
On peut tout de même être surpris, comme cette famille, de constater que sa maison se trouve dans le lit d’une ravine. Une ravine qui était cachée lorsque la maison a été construite, mais qui a toujours existé et qui s’était simplement faite oubliée. Aujourd’hui, le cours d’eau resurgit, combien de temps la construction va tenir, et combien de familles sont dans cette situation, à La Chaloupe ou ailleurs ?
La coulée de boue de vendredi est un révélateur de nos vulnérabilités. Sur un espace exigu, nous devons faire face à une augmentation importante de notre population, avec pour conséquence l’obligation de construire en l’espace d’une génération autant de logements qu’il en existe actuellement. Cela au moment même où nous commençons à ressentir les effets des changements climatiques, comme l’ont à nouveau confirmé les participants de la conférence internationale d’Exeter au début du mois, avec une tendance à l’aggravation des prévisions, que cela soit en termes de réchauffement des températures, ou de montée du niveau de la mer.
Cela explique pourquoi tout projet d’aménagement, et donc les logements du futur, devront prendre en considération les conséquences de ces changements climatiques.
Quant à ceux qui sont aujourd’hui construits dans des zones vulnérables, il est également prioritaire de penser dès maintenant aux moyens possibles pour atténuer l’impact des phénomènes climatiques violents et imprévisibles. Et ce qui vient de se passer à La Chaloupe montre que ces choix et ces moyens doivent prendre en considération un maximum de paramètres, pour éviter que plusieurs années plus tard des catastrophes se produisent. Étant donné le relief particulier de notre île et la pression démographique, cet avertissement concerne toute La Réunion.
Anticiper et prévenir l’impact des changements climatiques est bien une priorité et une responsabilité pour tous les décideurs.
Manuel Marchal
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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