Madagascar

Le chemin vers l’indépendance

Témoignages.re / 29 mars 2007

Le 29 mars 1947 éclate une insurrection dans la colonie française de Madagascar. Elle va provoquer des dizaines de milliers de victimes sans que quiconque ou presque s’en émeuve.

1895 : invasion française
1915 : premier mouvement de résistance
1942 : invasion britannique
1946 : Raseta, Rayoahangy et Rabamananjara, du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) sont les premiers députés malgaches de l’assemblée constituante française.

Humiliations

En 1947, la Grande Île compte 4 millions d’habitants dont 35.000 Européens.
La côte orientale, au climat tropical, compte beaucoup de plantations coloniales où l’on cultive le clou de girofle et la vanille, principale richesse de l’île. Les habitants de cette région souffrent plus que les autres du travail forcé. Celui-ci, qui donne lieu à de nombreux abus, est remplacé en 1924 par des« travaux d’intérêt général », guère plus réjouissants ! Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’administration de l’île se met aux ordres du gouvernement collaborationniste de Vichy avant de rendre les armes aux Anglais qui occupent Madagascar en 1942.
Les Anglais remettent l’île aux représentants du général de Gaulle. Maladroits, ces derniers multiplient les réquisitions sous prétexte d’accélérer le développement de l’économie. Ils humilient les habitants en leur appliquant de façon rigoureuse le statut de l’« indigénat ». A Tananarive, la capitale, les élites malgaches se prennent à rêver aux principes de liberté édictés par les Anglo-Saxons dans la Charte de l’Atlantique. Beaucoup revendiquent une intégration complète de l’île dans la République française.
Trois députés malgaches à l’Assemblée constituante française fondent dès 1946 à Paris le Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache (MDRM)

L’Insurrection

Le 29 mars 1947, l’île se soulève. L’administration n’est pas prise au dépourvu mais elle n’a rien fait pour empêcher l’insurrection. A Diego-Suarez, Fianarantsoa et Tananarive, les insurgés sont tenus en échec. Ailleurs ils remportent des succès avant d’être refoulés. Des plantations européennes isolées sont attaquées. La répression est impitoyable. Dès le mois d’avril, les autorités envoient à Madagascar un corps expéditionnaire de 18 000 hommes - essentiellement des troupes coloniales ; il sera porté à 30 000 hommes. L’armée française opère une répression aveugle : exécutions sommaires, torture, regroupements forcés, incendies de villages. Elle expérimente une nouvelle technique de guerre "psychologique" : des suspects sont jetés vivants d’un avion afin de terroriser les villageois de leur région. La lutte va se poursuivre dans l’Est du pays, où deux zones de guérilla résistent dans la forêt pendant plus de 20 mois. En métropole, quelques journaux parlent du soulèvement, mais le gouvernement et l’ensemble des organes de presse minimisent son importance et ne disent rien de la répression. En vingt mois, selon les comptes officiels de l’état-major français, la “pacification” a fait 89.000 victimes chez les Malgaches. Les forces coloniales perdent quant à elles 1.900 hommes. On relève aussi la mort de 550 Européens, dont 350 militaires. Dès le début, le gouvernement de Paul Ramadier avait fait porter la responsabilité de l’insurrection sur les trois parlementaires malgaches du MDRM. Les trois jeunes parlementaires, informés du projet d’insurrection, avaient diffusé dans les villages un télégramme demandant instamment à chacun d’éviter les violences. Leur appel était resté sans effet, mais pour gouvernement français ce télégramme était en fait un texte codé qui signait leur “crime”. Leur immunité parlementaire ayant été levée, ils sont arrêtés et torturés. La justice française les jugera coupables, retenant la thèse du complot du MDRM. Deux d’entre-eux seront condamnés à mort, avant d’être finalement graciés.
En métropole, Le Figaro et L’Humanité parlent du soulèvement, mais le gouvernement et l’ensemble des organes de presse minimisent son importance et ne disent rien de la répression. L’opinion publique, il est vrai, est davantage préoccupée par le rationnement, les grèves et la guerre froide.
L’insurrection de 1947 a été gommée de la mémoire collective des Français.

En date du 10 juillet 1947, le président de la République, Vincent Auriol, écrivait : « Il y a eu évidemment des sévices et on a pris des sanctions. Il y a eu également des excès dans la répression. On a fusillé un peu à tort et à travers » (extrait de www.ldh-toulon.net)
1956 : après la défaite en Indochine (1954), La France redéfinit son territoire colonial. Transfert du pouvoir exécutif aux autorités malgaches.
1958 : Philibert Tsiranana est à la tête du gouvernement.
14 octobre 1958 : institution de la république malgache.
26 juin 1960 : proclamation de l’indépendance de Madagascar.