Education-Formation

« Le créole dans l’enseignement du français a un rôle à jouer »

“Le créole entre diabolisation et sacralisation”
Conférence d’Alain Dorville, Docteur en Sciences de l’Education

Témoignages.re / 26 janvier 2008

Il est difficile, voire impossible aujourd’hui de discuter sereinement du créole à l’école, expression d’ailleurs à redéfinir. D’un côté, les diabolisateurs qui estiment que la langue créole n’est pas un outil de réussite pour les élèves. De l’autre, les sacralisateurs qui en font une réponse à tout. Au milieu, un enjeu pédagogique pour des enfants dont les compétences langagières en créole sont laissées devant la porte de la classe.

C’est en substance l’analyse proposée par le conférencier guadeloupéen Alain Dorville, Docteur en Sciences de l’Education, Psychologue, Formateur à l’IUFM de Guadeloupe, qui a eu à réfléchir, lors de sa visite dans notre île en novembre dernier, à l’invitation de la Région Réunion, au thème proposé par l’Office de la Langue Créole et le LCF : “Le créole, entre diabolisation et sacralisation”.

Des enfants ni francophones, ni créolophones

Auteur de plusieurs méthodes d’alphabétisation et de lutte contre l’illettrisme, Alain Dorville s’est appuyé sur son expérience de terrain, ses travaux et recherches pédagogiques pour, à partir de cette thématique à double dialectique, soumettre des pistes de réflexion. C’est en cherchant à comprendre l’origine des difficultés rencontrées par les enfants guadeloupéens dans l’apprentissage du français qu’Alain Dorville en est venu à se poser la question de la langue créole, et même à s’y « attarder ». « Je suis devenu malgré moi créoliste », souligne-t-il ainsi.
A l’époque, au milieu des années 70, existait ce mythe en Guadeloupe que les enfants étaient francophones. Certes, ils parlaient français, mais en faisant fonctionner ce que le conférencier qualifie de « mime langagier », à savoir la maîtrise de 300 phrases, les plus courantes et immédiates. Cela satisfaisait l’école et lui suffisait à dire que l’enfant était francophone.
A partir de tests de vocabulaire menés sur 2 ans, Alain Dorville a pu constater que les enfants avaient le même niveau de vocabulaire en CE2 qu’en CP. « On a appelé ça des tests marrons et continué à dire que tout allait bien pour les enfants en français », se rappelle-t-il. Pourtant, au moment des évaluations nationales GS/CP, les enseignants ont été forcés de constater que les enfants ne connaissaient pas les mots de la vie quotidienne. « Ils ont eu envie de jeter le test, mais c’est en fait l’idée de la francophonie qui s’est vue remise en cause. Les problèmes de maîtrise du français se sont imposés ».
Première désillusion : les petits Guadeloupéens ne sont pas francophones.
Deuxième désillusion : ils ne sont pas non plus créolophones ! Là encore, 2 années d’enquêtes pour mesurer le comportement des élèves à leur entrée au CP dans l’une et l’autre langue (créativité, flux de paroles...) ont permis à Alain Dorville d’arriver à ce constat, d’observer que la conscience phonologique n’était pas supérieure dans l’une ou l’autre langue. « On ne pouvait pas dire que le créole était aussi bon que le français, mais que le français était aussi mauvais que le créole ».

Ecole maternelle : « 3 années de dégâts sur l’intelligence »

Classée dans le rang des sacralisateurs, l’étude d’Alain Dorville ne sera pas publiée. Si elle démontre qu’en CP, les élèves n’ont pas de compétences installées supérieures en créole, en revanche, le chercheur soutient que c’est le cas à l’entrée des plus jeunes en Petite Section. Mais au bout de 3 années de Maternelle, « 3 années de dégâts sur l’intelligence », elles ne restent pas intactes.
En 1979, Alain Dorville publie alors une brochure “Les véritables causes de l’échec en lecture” dans laquelle il remet en cause la démarche de l’école maternelle qui ne prépare pas les enfants à réussir les apprentissages, ne prépare pas leur pensée, leur développement mental. Il prépare ensuite, avec d’autres chercheurs, une méthode d’alphabétisation (“Grain de Maïs”) qui établit une complémentarité entre le créole et le français, démontre qu’utiliser les deux langues dans le même temps d’apprentissage offre des résultats plus rapides et sûrs. « On a vérifié que l’on peut apprendre à lire le créole (l’emboîtement des syllabes, les mots) et introduire un passage en français sans aucune difficulté, car le tronc de lecture est déjà acquis », explique Alain Dorville. On qualifie là encore sa réponse de créoliste ! Cette méthode ne franchira pas la porte de l’école qui refuse d’accueillir les enfants avec leurs compétences langagières, de partir de « leur déjà là ». Ballottés entre les deux langues, ils éprouvent des difficultés socio-affectives de gestion de la communication. Communication qui n’est pas enseignée à l’école, alors qu’elle joue un rôle moteur dans l’apprentissage du langage.

L’école n’enseigne pas le français, ni la communication

« Ce n’est pas la langue qui porte les difficultés des enfants en difficultés », soutient Alain Dorville, qui rappelle que c’est un leurre de croire, comme le fait encore l’école, que quand le français sera acquis, les difficultés des enfants s’atténueront. L’école confond, selon lui, parole et langage ; elle n’enseigne pas le français, mais fait parler le plus possible les enfants avec la certitude que c’est comme cela qu’ils en viendront au langage. « Enseigner, c’est rendre capable de », rappelle le conférencier, estimant qu’au lieu de reproduire inlassablement le même schéma, l’école doit partir des acquis communicationnels des enfants. « Communiquer, c’est agir sur autrui intentionnellement et entrer dans le jeu de ce que l’autre nous renvoie, explique le chercheur. Le langage fait partie de cette communication, mais communiquer n’implique pas forcément une langue donnée ».
Dépourvu de langage, le bébé ne parvient-il pourtant pas à communiquer avec les autres, à se faire comprendre ? Le langage s’acquiert, comme le piano, avec l’exercice, la pratique. Il s’apprend par paliers, suivant des étapes à définir, avant de s’automatiser. « Le langage, c’est recevoir, écouter, comprendre un flot de paroles alors que d’autres arrivent. Lorsque l’on n’est pas bien dans une langue, on a une très mauvaise habilité de réception, alors que dans le cas contraire, on peut recevoir un message long, rapide. C’est pareil pour la production : trouver les mots pour exprimer des idées et en même temps contrôler l’impact du propos sur l’autre ».
Alain Dorville explique ainsi que pour que les enfants acquièrent des habilités de réception et de production dans la langue française, il faut une mise en œuvre progressive du langage, partir de leurs compétences langagières pour les transférer au français. « Un enfant qui s’exprimerait correctement en créole, on ne dit pas qu’il parle bien, mais mal, constate Alain Dorville. Le langage ne sert pas qu’à distinguer le "bien parler" du "mal parler", il implique une idée de norme. L’enfant n’a pas de posture par rapport à la norme dans l’école et l’école ne sait pas évaluer si l’enfant a une norme. Elle se refuse d’indiquer aux enfants qu’il y a deux systèmes de langues différents ».

Diabolisateurs/sacralisateurs : « erreur d’analyse » des deux côtés

A ce stade de réflexion, d’analyses, de constats, que propose Alain Dorville ? Il estime que l’on peut gérer l’apprentissage d’une langue dans une autre langue, évaluer une langue avec une autre, car la compréhension s’exprime avec des mots que l’on connaît bien. « Le créole est un matériau de départ à exploiter, c’est le "déjà là" pour enseigner, même si ce "déjà là" peut s’apparenter à du charabia ».
Confrontés quotidiennement à des difficultés pour faire intégrer des notions de grammaire arbitraires à leurs élèves, professeurs comme élèves auraient tout à gagner en passant par le créole plutôt que de s’acharner avec le français. Cela amènerait également les élèves, selon Alain Dorville, à réfléchir sur la parole et l’apprentissage de la norme. « Le créole est l’autre langue qui permet de porter un regard sur le français », soutient-il. « Le créole dans l’enseignement du français a un rôle à jouer ». A cet argument, on renvoie celui d’un enseignement de la Langue et Culture Régionales limité, réservé à l’échec plus qu’à la réussite scolaire et qui compte peu d’enseignants. Pour les diabolisateurs, le français doit être enseigné en français, le créole n’apportera rien ni à l’école, ni aux élèves, c’est une langue sale, incompétente, de la rue... « S’il ne s’agissait du créole à l’école, il n’y aurait plus de diabolisateurs », soutient Alain Dorville, précisant que ces derniers ne sont pas forcément contre la langue.
Du côté des sacralisateurs par contre, le créole peut tout, même éliminer l’échec scolaire, alors que le conférencier rappelle que de nombreuses expériences montrent que cela ne fonctionne pas comme ça. Les sacralisateurs veulent aller vite, enrichir le créole à grande vitesse, le standardiser à outrance... Sacralisateurs et diabolisateurs ne sont finalement pas si opposés que cela pour Alain Dorville, car les deux démarches « reposent sur une erreur d’analyse ».

« Quand le désaccord dure, il faut comprendre en quoi l’autre a raison »

Il ne faut pas chercher, selon le conférencier, à savoir qui à tort ou raison, mais il faut que les deux bords s’écoutent. Il faut accepter les inquiétudes parfois légitimes de l’autre sans pour autant jouer de mauvaise foi. « Quand le désaccord dure, il faut comprendre en quoi l’autre a raison », estime Alain Dorville. Si l’on ne peut aller trop vite, chercher à standardiser le créole à outrance, si encore la pédagogie a ses limites, « on peut construire un chemin, car les langues peuvent s’analyser, s’étudier, on peut voir les contradictions », estime le conférencier. « Parlons comme nous parlons, penchons nous sur ce que nous disons et comprenons ce qu’est une langue ». Il ne s’agit pas, pour Alain Dorville, d’alourdir les programmes de Maternelles pour enseigner le créole, mais bien d’accueillir l’enfant avec ses compétences langagières. « Faire que tous les enseignants accueillent les créolophones serait déjà une révolution ». Plutôt que cette logique perdant-perdant, ce statut quo, n’est-il pas possible de discuter sereinement ?

Stéphanie Longeras


Commentaire

La conférence d’Alain Dorville s’est tenue 10 jours à peine après que le “JIR” ait fait sa Une sur les prétendus dangers du créole à l’école, s’empêtrant à souhait dans l’amalgame entre intérêts pédagogiques et graphie. Pour le conférencier, « le débat sur la graphie n’est pas un débat sur la pédagogie de la langue. Chacun peut poser une évolution ultérieure de la langue dans le débat social, mais pas scolaire ».

Alon kozé

Outre la violence des mots, ce qui est choquant dans la démarche du “JIR”, c’est que Joëlle Folio, l’auteur du papier, prétend produire une enquête pour laisser la parole aux Réunionnais, alors qu’elle ne se réfère à aucun moment aux récents sondages de l’Office de la Langue qui, lui aussi, a donné voix aux Réunionnais. C’est à croire que le “JIR”, en plus de boycotter l’association, a une dent contre son Président, Axel Gauvin.
Si le “JIR” avait en effet répondu à l’invitation de l’Office l’année dernière pour assister aux ateliers “Créole et Médias” animés justement par Axel Gauvin, il aurait pu apprécier cette volonté de débattre sereinement sur la question et plus encore la position de ce dernier qui, bien qu’à l’origine de Tangol, loin de vouloir imposer une graphie comme le sous-tend le “JIR”, a affirmé que c’était aux Réunionnais de la construire, car écrire sans être lu ne sert à rien. Seul RFO et “Témoignages” étaient présents. Serions-nous des sacralisateurs ? Axel Gauvin a lui-même remis en cause le K, ouvert à tout ce qui permettrait aux Réunionnais de passer à la lecture pour faire vivre la belle, riche, mais encore trop méconnue littérature créole. Mais le “JIR” n’était pas là, pas plus qu’à la conférence d’Alain Dorville. Il n’a pas relevé dans son “enquête” que le sondage de Lofis a démontré que les Réunionnais se disaient favorables au développement de l’écriture en créole, qu’ils se sont eux-mêmes prêtés au jeu de la lecture, choisissant parmi les 4 graphies afin de tester la fluidité de leur débit.
Comment un journaliste peut-il occulter ces éléments et néanmoins prétendre proposer une enquête qui s’apparente davantage à un micro-trottoir où l’on fait dire à ces interlocuteurs ce que l’on veut entendre ? Ça manque un peu d’éthique, de morale et de professionnalisme tout ça !
Loin de chercher à lancer de quelconques hostilités futiles, dans lesquelles aime à barboter le canard pour faire ses choux gras, je tenais juste à préciser ici qu’il est des mots et des affirmations aussi violentes qu’un coup de machette et que le respect de l’identité créole, l’amour partagé de la langue valent bien un peu de respect et de considération. « Le créole à l’école, c’est du pipeau », dites-vous ? Et l’on dit après ça que le créole est vulgaire ! Diabolisateurs ? Sacralisateurs ? Sans jouer l’apôtre des grandes causes, si nous faisions l’effort de nous comprendre et de discuter sereinement, sans polémique stérile, jugement hâtif, attaques de personnes qui desservent l’intérêt général, pour ne contenter que l’orgueil, au final ? Est-ce une utopie de croire qu’il n’y a pas que l’appât du gain qui fait tourner le monde ? Ne censurez plus les vrais journalistes qui vous proposent dans votre rédaction de vraies enquêtes sur la question. Il ne s’agit pas ici d’Axel Gauvin, de Paul Vergès, mais de la langue créole réunionnaise, de la langue maternelle des Réunionnais, de l’identité et de la culture d’un peuple. On ne joue pas avec un tel trésor.

Stéphanie Longeras


Question à Agnès Kholèr, Administratrice nationale de la PEEP

« Le créole à l’école n’est pas du pipeau »

Après 3 années à la présidence départementale de la PEEP, Agnès Kholer a été élue en mai dernier Administratrice nationale de la Fédération. Elle était présente le mardi 13 novembre à la conférence d’Alain Dorville. Une intervention qui l’a d’autant plus concernée que la Fédération de la PEEP vient d’instaurer une Commission nationale sur les langues et cultures régionales, « instance de réflexion interne sur un domaine que je juge personnellement comme essentiel », confie-t-elle. On n’en saura pas plus sur ses travaux et objectifs pour l’instant si ce n’est qu’elle rassemble Bretons, Occitans, Corses, Ultra-marins. En attendant, impressions sur la conférence.

Qu’avez-vous retenu de cette intervention ?
- La conférence d’Alain Dorville était fort intéressante. J’ai beaucoup apprécié son témoignage. J’aurais souhaité qu’il aille plus loin dans le développement de ses actions, qu’il détaille davantage et qu’il nous donne un bilan des retombées de ses préconisations.

Peu de parents étaient présents. Le regrettez-vous ?
- Il manquait effectivement de parents. C’était un débat d’initiés, et je regrette que l’on oublie là encore le rôle majeur que nous constituons. Il est essentiel pour faire évoluer les débats, diffuser un maximum d’informations dans ce domaine, d’autant que beaucoup de parents diabolisent le créole à l’école.

La position de la PEEP sur le créole n’a jamais vraiment été claire. Créole à l’école « pipeau »  ? PEEP également.
- La PEEP s’est positionnée sur le créole à l’école. Certes, nous sommes restés longtemps frileux en ce domaine, mais notre position est claire : le créole à l’école, ce n’est pas du pipeau, mais la reconnaissance indispensable de la langue maternelle d’une grande majorité de nos enfants. Le respect de la langue créole à l’école crée le lien passerelle pour accéder au français, et nous ne nous devons pas d’être réservés. Comme le disait Daudet : « Quand un peuple tombe en esclavage, tant qu’il tient sa langue, c’est un peu comme s’il détenait les clefs de sa prison ». Tenir la langue créole, c’est permettre à nos enfants de réussir. C’est aussi leur permettre, par le jeu du bilinguisme, d’ouvrir davantage leur esprit, et je vais encore plus loin : A quand l’initiative d’une école primaire bilingue à l’instar de ce qui existe dans certaines régions métropolitaines ? A une condition, cependant, que cela soit proposé en choix aux parents. Les élèves bilingues réussissent souvent beaucoup mieux, et cette initiative pourrait, et je le souhaite, nous le démontrer. L’enjeu pédagogique est majeur, car il en va de l’intérêt de nos enfants, de leur avenir et de l’intérêt de notre île.

Propos recueillis par SL


Langues créoles en Une

Le combat des amoureux des langues

Impossible de ne pas voir les Unes de “l’Express” placardées aux entrées des librairies et stations-service. Qui dit que le créole ne vend pas ? Loin des Unes insultantes, des Unes comme seules savent les faire un journal de ladi lafé, l’hebdomadaire fait du journalisme et replace la barre du K.

Les linguistes s’intéressent à la genèse des langues. Les langues créoles représentent pour eux un terrain de recherche inespéré. Pourquoi ? Parce qu’ils disposent de textes anciens (souvent rédigés par les missionnaires), « source immédiate » qui ont été produit au moment même de leur apparition.

Reconnue depuis 1788

D’hier à aujourd’hui, les linguistes peuvent donc étudier l’évolution des langues créoles et tenter d’analyser ce mécanisme universel qu’est le langage. C’est ce que l’on apprend en lisant le dossier spécial de “l’Express” de cette semaine.
Le numéro s’intéresse à la naissance des langues créoles, toutes issues des colonisations et du contact des peuples, elles sont nées de la nécessité de communiquer. La première fois qu’on a désigné ces langues comme des créoles et non plus comme un « français corrompu », c’est en 1788.
L’entretien de la journaliste Marianne Payot avec la créoliste métropolitaine Marie-Christine Hazaël-Massieux devrait permettre d’éradiquer toutes les idées reçues. Oui, les créoles sont des langues. Non, ce n’est pas du français, non, ce n’est pas une langue africaine. Comme toute langue, les créoles ont leur propre grammaire, leur propre prononciation.

La France créolophone

Les rapports des langues créoles à la langue française sont aussi questionnés, et l’article souligne la nécessité absolue d’enseigner le créole autant que le français (voir encadré). Le dossier se poursuit de manière très intéressante avec des doubles pages consacrées successivement à La Réunion, à la Martinique, à la Guadeloupe et à la Guyane en donnant la parole à des acteurs de premier plan comme Axel Gauvin, Jean-Régis Ramsamy, le Martiniquais Mano Loutoby, le Guadeloupéen Robert Dieupart, le Guyanais Georges Barthélémi... Autant de figures à découvrir dans ce dossier spécial. A conserver.

Francky Lauret


L’extrait parlant

« La seule façon de sauver vraiment le créole »

« Il n’y a plus de volonté officielle de combattre le créole. Les problèmes se situent plus du côté des créolophones eux-mêmes. Alors qu’on peut dorénavant enseigner le créole à l’école. Lorsque vous émettez l’idée de rendre obligatoire cette matière facultative, les parents d’élèves protestent ou expliquent que leurs enfants n’ont pas besoin d’apprendre le créole, car ils le connaissent déjà.
Mais vous, vous parlez bien le français, et pourtant, vous avez passé des années à suivre des cours de français ! Il faut procéder de même pour le créole. Apprendre à le lire, à l’écrire, à le goûter à travers la littérature.
On peut également imaginer un enseignement bilingue où certaines matières - l’Histoire-géographie, les sciences naturelles - seraient délivrées en créole. C’est la seule façon de sauver vraiment le créole. Pour enterrer une langue, il n’y a pas mieux que de se contenter de l’enseigner deux heures par semaine, exclusivement à des volontaires, qui sont nécessairement de bons élèves ».

Marie-Christine Hazaël-Massieux, propos recueillis par Marianne Payot, dans “l’Express” n°2949