Cessation de paiement

Le personnel d’Air Bourbon inquiet pour l’avenir

25 novembre 2004

Une délégation du personnel s’est rendue hier au Conseil général et au Conseil régional. Le président de la compagnie aérienne, Érick Lazarus, a formellement démenti la rumeur de dépôt de bilan. Les salaires d’octobre n’ont été payés que lundi dernier.

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Il y a de quoi être inquiet... Une délégation du personnel d’Air Bourbon s’est rendue hier au Conseil général et au Conseil régional. Les salariés voulaient être rassurés sur l’avenir de la compagnie aérienne en proie à une importante crise financière. La veille, une rumeur inquiétante avait circulé tout au long de la journée : en état de cessation de paiement, Air Bourbon devait déposer son bilan depuis hier.
Érick Lazarus, le président de la compagnie aérienne, démentait formellement la nouvelle. Il précisait toutefois qu’il s’était volontairement rendu au tribunal de commerce pour examen de la situation de l’entreprise par les juges du commerce.
Il affirmait que le conseil d’administration n’avait nullement l’intention de déposer son bilan. Une action pouvant également être synonyme de mise en redressement judiciaire, voire de liquidation pure et simple de la compagnie.
D’où l’inquiétude du personnel. Cela d’autant que l’annonce du dépôt de bilan était reprise dans la presse du jour. Une délégation représentant les quelque 160 salariés d’Air Bourbon s’est donc rendue aux Conseils général et régional pour essayer d’obtenir le soutien des deux assemblées locales pour leur entreprise.

6,3 millions d’euros le 30 novembre

Air Bourbon, qui compte 18 mois d’activité, est sur la corde raide depuis plusieurs semaines, notamment en raison de l’augmentation du prix des carburants. Si la compagnie a pu verser, en retard, les salaires du mois d’octobre et si elle paie au jour le jour ses “pleins” de kérosène, elle a accumulé les dettes auprès de l’aviation civile et la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), gestionnaire de l’aéroport Roland-Garros.
Le président de la CCIR a même clairement menacé de clouer au sol l’avion de la compagnie, si l’arriéré des taxes aéroportuaires n’était pas rapidement acquitté.
Pourtant, Érick Lazarus veut rester confiant. Dans la conférence de presse qu’il a tenue lundi 8 novembre, il affirmait "Au plus tard le 30 novembre, Air Bourbon aura perçu 6,3 millions d’euros, dont une augmentation de capital de 1,2 million d’euros, 2,8 millions d’euros de prêt à moyen terme et 2,3 millions d’euros versés par le BSP (organisme chargé de collecter et de reverser aux compagnies aériennes les sommes issues de la vente des billets par les agences de voyages - ndlr)". Il ajoutait qu’à cette date, "la situation de la compagnie sera complètement rétablie".

Qu’Air Bourbon "reste une compagnie réunionnaise"

Il estimait que cette bouffée d’oxygène - qui a notamment permis de verser, lundi, les salaires d’octobre -, permettra à la compagnie de tenir 6 mois. Au-delà, disait-il encore, l’entreprise mise sur l’ouverture de son capital et sur le redéploiement de son activité vers les vols charters au départ de la Métropole.
À propos de l’ouverture du capital, il précisait : "nos actionnaires sont arrivés à la limite de ce qu’ils pouvaient faire. Il fallait que l’on arrive à s’adosser à des capitaux extérieurs pour que la crise que nous venons de surmonter ne se reproduise plus", commente le chef d’entreprise.
Notant sa préférence "pour une ouverture ne dépassant pas les 49% du capital", afin qu’Air Bourbon "reste une compagnie réunionnaise", il n’hésitait pas à souligner : "si la survie de la compagnie exige que 51% des actions soient cédées à l’extérieur, alors nous le ferons".


Le Département et la Région préoccupés

Les deux collectivités estiment que le dossier de redressement présenté ne permet pas d’apprécier la crédibilité et la solidité des mesures envisagées pour un retour à l’équilibre d’Air Bourbon.


Voici le communiqué commun publié hier par la Région et le Département.
"Une délégation du personnel de la Société Air Bourbon a été reçue ce matin, au Département où elle a été reçue par Madame la présidente, Nassimah Dindar, et à la Région, où elle a été reçue par M. Raymond Lauret, président de la Commission du développement économique.

"Le personnel d’Air Bourbon a exposé ses vives inquiétudes (lire ci-dessus). Il a souhaité interroger les deux collectivités territoriales sur une éventuelle intervention financière de la SEMATRA (Société d’économie mixte d’aménagement et de transport, financée notamment par la Région et le Département).

"Mme Nassimah Dindar (...) et M. Raymond Lauret (...) ont expliqué que :
1- Un dossier leur a été remis hier soir et propose un plan de redressement dans lequel un prêt de 3 millions d’euros est sollicité auprès de la SEMATRA.
2- La responsabilité de la gestion de l’entreprise Air Bourbon relève exclusivement de ses actionnaires. Ni les collectivités territoriales ni la SEMATRA ne participent à la gestion d’Air Bourbon.
3- Le problème est, en outre, de pouvoir se prononcer sur la viabilité du plan et l’efficacité réelle qu’aurait une intervention de la SEMATRA, dans la durée et pour la survie d’Air Bourbon, alors même que les possibilités juridiques et les modalités d’une telle intervention ne sont pas évidentes. Or, le dossier tel qu’il nous a été présenté ne nous permet pas d’apprécier la crédibilité et la solidité des mesures envisagées pour un retour à l’équilibre.
4- Sur ce plan, ni le personnel ni les collectivités ne disposent d’informations précises quant à une éventuelle saisine du Tribunal de commerce.

"Toutefois, tant le Département que la Région ont exprimé leur préoccupation quant aux conséquences humaines et sociales qui découleraient d’une interruption de l’activité d’Air Bourbon. Les conséquences seraient, en effet, directes, surtout pour le personnel, mais aussi pour les passagers. Ils ont indiqué que, dans une telle hypothèse, tout devra alors être fait pour atténuer ces conséquences et notamment trouver des solutions de reclassement pour le personnel.

"À titre préventif, et pour répondre aux inquiétudes du personnel, le Département et la Région vont sensibiliser les compagnies aériennes et interpellent le gouvernement sur les conséquences sociales qui résulteraient d’une telle situation."


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