Réponse d’Yves Jégo

Le secrétaire d’Etat confirme malgré lui le désengagement de l’Etat dans les emplois aidés

27 juin 2008

Baisse du chômage à La Réunion, « effort considérable » de l’Etat dans le domaine de l’emploi aidé, comparaison de Saint-Paul à une commune de la région de France la plus riche en termes de financement de contrats aidés et attaque contre la Région. Force est de constater que la réponse d’Yves Jégo sur le fond confirme le désengagement de l’Etat dans la lutte contre le chômage à La Réunion, avec une perte de 40.000 emplois aidés reconnue de fait par le ministre. Quant à la forme, les images diffusées hier par Télé Réunion parlent d’elles-mêmes.

Yves Jégo a répondu sèchement à la question posée par Huguette Bello. Mais le ton et les arguments sont loin d’arriver à masquer une réalité : le désengagement de l’Etat dans la lutte contre le chômage à La Réunion.
Yves Jégo affirme tout d’abord que La Réunion a connu « une baisse spectaculaire du chômage, qui est passé en trois ans de 30% à 20%, marquant ainsi l’action du Gouvernement en faveur de l’emploi marchand et les résultats ».
Il est important de préciser que cette baisse ne concerne pas le nombre total de Réunionnais privés de travail, mais uniquement les statistiques officielles. Autrement dit, si un travailleur n’est plus dans la catégorie 1 des demandeurs d’emploi, ce n’est pas toujours parce qu’il a eu droit à un travail durable, loin de là. Rappelons que les sorties de l’ANPE à La Réunion sont avant tout le fait de mesures administratives (absence au contrôle, radiation, renoncement à la recherche d’emploi), le retour à l’emploi arrivant loin derrière. Donc, affirmer que le chômage a connu une baisse spectaculaire à La Réunion ces trois dernières années apparaît un argument contestable.
Le ministre affirme par ailleurs que La Réunion est « particulièrement bien dotée » en termes d’emplois aidés, « avec cette année 21.500 postes de contrats aidés financés par le budget de la nation, essentiellement d’ailleurs au profit des communes, auxquels il faut encore ajouter les 700 postes destinés aux jeunes qui bénéficient des mesures d’insertion du SMA ».
Ce que le secrétaire d’Etat qualifie d’« effort considérable » doit être mis en regard avec la situation que connaissait La Réunion en 1999.
Il convient de rappeler qu’en 1999, pour les emplois aidés, le Fonds pour l’Emploi dans les Départements d’Outre-Mer (FEDOM) avait inscrit à son budget des crédits pouvant assurer jusqu’à 60.000 contrats par an.
Ce qui veut dire que le secrétaire d’Etat à l’Outre-mer reconnaît le désengagement de l’Etat en matière de lutte contre le chômage. De 60.000 à 22.200, cela fait un déficit de près de 40.000 emplois. Mais il est très important que cela soit le ministre lui-même qui donne implicitement l’ampleur du désengagement de l’Etat depuis bientôt 10 ans.
Yves Jégo considère également que « l’effort de l’État ne se relâche pas », en affirmant que la commune dont il est le maire a 6 fois moins de contrats aidés que Saint-Paul. Mais le ministre omet de préciser que sa ville est située au cœur d’un des bassins d’emplois les plus actifs de l’Union européenne, comme le rappelle dans un communiqué Huguette Bello (voir ci-après).
Enfin, le secrétaire d’Etat lance une attaque contre la Région, affirmant que la collectivité doit s’interroger « sur l’efficacité des politiques d’insertion professionnelle, qui ne correspondent manifestement pas à la réalité du marché et font que des entreprises de La Réunion sont obligées d’importer de la main-d’œuvre ».
Yves Jégo oublie de préciser que depuis le lancement des grands chantiers par la Région, le nombre des travailleurs a triplé dans le BTP, dépassant aujourd’hui 25.000. Il ne parle pas non plus de l’impact sur l’emploi du mot d’ordre d’autonomie énergétique lancé en 1999. Les énergies renouvelables à La Réunion, ce sont aujourd’hui 1.500 emplois, et la perspective dans les prochaines années de faire monter ce nombre à 15.000.
Par ailleurs, concernant l’adaptation de la politique de formation à la réalité du marché de l’emploi, doit-on rappeler que pour anticiper les besoins en main d’œuvre de la route des Tamarins, la Région a mis en place des formations afin qu’un maximum de Réunionnais puissent occuper les postes créés. Et pour les chantiers du tram-train et de la future route du Littoral, la Région a signé avec l’Etat une convention visant également au même objectif.

Luttes pour l’emploi

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