Droits humains

"Libérez Saïd Larifou"

Droits humains

Témoignages.re / 8 janvier 2004

Hier, une centaine de personnes étaient venues demander la libération de l’avocat saint-pierrois, Saïd Larifou, sur le Parvis des droits de l’Homme à Champ Fleuri. Il est retenu depuis septembre dernier à Moroni. Il est accusé de "complot et d’atteinte à l’autorité et à la sûreté de l’État". Malade, ses proches souhaitent son retour à La Réunion.

Hier, sur le Parvis des droits de l’Homme à Champ Fleuri, près d’une centaine d’amis, d’artistes, de responsables politiques ont répondu à l’appel du Comité de soutien à Saïd Larifou. Ils souhaitent ainsi montrer leur détermination à faire libérer l’avocat saint-pierrois, détenu à Moroni aux Comores.
Mohammed Maoihibou (du Comité de soutien), Canda Swamy Pillay (président de la Ligue des droits de l’Homme, section saint-Denis), Ismaël Aboudou (artiste) exprimaient leur indignation à voir un défenseur des libertés privé de son droit le plus fondamental : vivre.

Une évacuation sanitaire nécessaire

L’état de santé de Saïd Larifou nécessite rapidement un rapatriement sanitaire. Il souffre de problèmes cardiaques et de crises de paludisme. Mais, bien que s’agissant d’un ressortissant français, « la France ferait des économies de son devoir d’assistance à personne en danger », selon un citoyen venu soutenir le mouvement.
Canda Swamy Pillay insiste sur le fait que « les pays frères se sont déjà indignés des conditions de détention de Saïd Larifou ». Le Premier ministre mauricien, lors de son passage à Moroni, serait même venu communiquer son soutien à l’avocat, alors que l’ambassade de France et le ministère des Affaires étrangères ne se sont pas encore manifestés de façon concrète.
Mohammed Maoihibou insiste sur l’urgence de rapatrier Saïd Larifou, craignant « que le pire puisse arriver ». Il interpelle les responsables politiques pour qu’une issue soit trouvée au plus vite à cette malheureuse situation. Il souhaite par ailleurs que la communauté comorienne se manifeste davantage, « non pas se réveiller pour se battre dans la rue, mais pour crier notre indignation aux mépris des libertés individuelles et collectives ».

Les artistes se mobilisent

Ismaël Aboudou manifeste sa peur. « À une heure et demie de La Réunion, des choses se passent. Je parle avec peur. Imaginons le pire », dit-il. Il illustre ses propos en exposant l’histoire d’un célèbre Nelson Mandela. Il devait rester un jour en prison, 27 ans plus tard il retrouvera la liberté.
Pour que la France prenne conscience de ses devoirs envers ses citoyens, Ankraké, l’association culturelle de Saint-Pierre, lisait un extrait de la déclaration des droits de l’Homme. Des artistes, au son du maloya, sont venus témoigner leur solidarité.
Le Comité de soutien à Saïd Larifou invite tous ceux qui sont soucieux des droits et des libertés fondamentaux, soucieux de la justice et de leur démarche, à les rejoindre. Aujourd’hui, c’est à la sous-préfecture de Saint-Pierre que le collectif donnera rendez-vous aux manifestants à 14 heures, avec le soutien du député-maire André Thien Ah Koon. Ce dimanche, sur le Barachois, 5 heures de spectacle seront offerts à tous les Réunionnais qui viendront soutenir cette cause.

Zot la di
• Monique Couderc : « Un élan fraternel »

Monique Couderc, présidente du Comité de soutien à Me Saïd Larifou, a été la première à prendre la parole, afin de remercier ceux qui était présents sur le Parvis des droits de l’Homme à Champ Fleuri : « C’est un lieu symbolique, choisi par solidarité pour Saïd Larifou. Son histoire provoque un élan fraternel dans toute la région. Madagascar et les pays de l’Union africaine des droits de l’Homme nous ont apporté leur soutien. Ici aussi, nous vivons un élan fraternel ».

Canda Swamy Pillay : « On ne lâchera pas »

Canda Swamy Pillay, président de la Ligue des droits de l’Homme, a rappelé son soutien à la femme de Saïd Larifou, qui n’a pas tenu à s’exprimer, respectant les consignes de son avocat : « Ma première émotion est pour Madame Larifou et pour ses deux enfants, pour cette famille meurtrie. Malgré les interventions des parlementaires et élus réunionnais, des dirigeants des pays frères, nous n’avons reçu aucun signal fort en retour. On ne lâchera pas », affirme-t-il, nous confiant par la suite que si d’ici la prochaine visite de la ministre de l’Outre-mer, Brigitte Girardin, les choses n’ont pas changé, « on promet une belle surprise ! »

Philippe Pellen Baldini : « La fraternité de l’océan Indien est à construire »

Philippe Pellen Baldini, directeur de la troupe saint-pierroise Talipot, dont les artistes se sont déplacés nombreux (s’ajoutant ainsi aux chanteurs, comédiens, écrivains de tous horizons venus manifester leur soutien), s’est exprimé avec une forte émotion, bien difficile à contenir : « J’ai eu la chance d’avoir Saïd Larifou au téléphone hier. Il connaît l’heure de notre rassemblement et je sais qu’en ce moment même, il pense très fort à nous, autant que nous pensons à lui. Il m’a demandé de dire merci à tout le monde, et a précisé que : "Vous êtes mon seul espoir, n’arrêtez pas la pression. Que les artistes et politiques se soulèvent" ». Après un moment de silence demandé par Philippe Pellen Baldini, celui-ci conclut que « la fraternité de l’océan Indien est à construire ».

Gelita Hoarau : « Je serai présente dimanche »

Gelida Hoarau, également présente pour apporter son soutien à la famille de Saïd Larifou, nous a confié : « Je serai présente dimanche. Il faut se mettre à la place des autres, de cette famille désunie au moment des fêtes ».

Tania Attali : « Un soutien pour la liberté, contre l’injustice »

Tania Attali, médecin, et sa maman Anna nous ont aussi assurés de leur présence ce dimanche au Barachois : « Il faut soutenir les hommes courageux », précise Tania, « on n’a pas le droit d’être emprisonné pour un délit d’opinion. Il a droit à un procès digne de ce nom, comme il a le droit d’être soigné. C’est un soutien pour la liberté, contre l’injustice. J’espère qu’il sera là bientôt ». Un souhait partagé par l’ensemble des personnes présentes hier sur le parvis de Champ-Fleuri.

Dominique Herrbach : une démocratie en danger

Dominique Herrbach, représentant de la FSU, envisage, quant à lui, ce mouvement de solidarité avant tout comme un mouvement citoyen : « Quels que soient les motifs avancés pour retenir Saïd Larifou, ce silence et cet immobilisme ne sont pas normaux. La démocratie toute entière est menacée. La France s’est donnée une vocation qu’elle ne respecte pas toujours, elle ne prend pas ses responsabilités. Le rassemblement d’[hier] est une initiative citoyenne. S’il y a résistance démocratique, elle se fait par la citoyenneté, qui est fondamentale pour le respect des libertés individuelles ».

Marcel Moutoucomorapoulé : « Violation flagrante des droits de l’Homme »

Autre représentant de la Ligue des droits de l’Homme, Marcel Moutoucomorapoulé, qui justifie le rassemblement d’hier : « Il y a violation flagrante des droits de l’Homme. La liberté d’expression est bafouée, la Convention de Genève est bafouée. Saïd Larifou mérite respect, protection et soin. Pourquoi le laisser mourir à petit feu, il mérite de rentrer chez lui ».

Raymond Lauret : « La priorité reste le respect des droits de l’Homme »

Le conseiller régional Raymond Lauret a tenu à préciser que ce rassemblement est apolitique et que sa présence est avant tout celle d’un citoyen venu apporter son soutien. « Saïd Larifou a choisi de mener un combat politique dans le pays où il est né et dont il a également la nationalité. C’est son droit et tout à son honneur, comme tout citoyen qui entreprendrait une telle démarche ». « Ce combat politique, comme tout autre combat, est fait de coups que l’on donne et de coups que l’on reçoit, c’est pourquoi il faut respecter sa lutte, mais je n’ai pas, en tant que citoyen français, à me prononcer. C’est une affaire interne aux Comores », constate-t-il. « La priorité reste le respect des droits de l’Homme, c’est pourquoi je suis présent pour soutenir Madame Larifou et interpeller les citoyens du monde, dont je fais partie. Je me félicite que l’on ai précisé que cette manifestation ne visait pas à faire de la récupération politicienne. Celle-ci n’est certainement pas de mise, car il serait dangereux pour lui que ses difficultés personnelles en fassent l’objet, ce serait même honteux ».

Par Estéfany

Confrontation dans le bureau de la juge
L’opposant comorien Me Saïd Larifou et le Français Philippe Verdon, accusés de "complot et d’atteinte à l’autorité et à la sûreté de l’État" en septembre dernier, ont été entendus mardi par la juge Thanay Tasmine. Me Larifou a été assisté par une infirmière, en raison de son état de santé, lors de cette audition de près de cinq heures, qualifiée de « dilemme » par Me Fahmi Saïd Ibrahim qui a été commis d’office le même jour pour défendre M. Verdon.

Une suspension d’un quart d’heure, rapportent des proches de Saïd Larifou, aurait été demandée et obtenue pour permettre au malade de se reposer. La confrontation prévue pour lundi mais reportée, s’est tenue deux semaines après ce que des proches du pouvoir, à Moroni, appellent « des révélations accablantes de M. Verdon » qui a changé de version pour charger son ami Larifou. Le 18 décembre, Philippe Verdon, qui a toujours soutenu avoir rencontré un officier comorien à l’insu de M. Larifou, est revenu sur ses déclarations, affirmant que l’opposant était au courant de ses rencontres avec le commandant Comba Ayouba.

Avocat des deux inculpés dès le début de l’affaire, Me Fahmi s’est dessaisi du dossier le 29 décembre en « apprenant la déposition de Philippe Verdon tendant à élever une contradiction entre lui et Saïd Larifou ».