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20 décembre : Sainte-Suzanne salue le courage des combattants de la liberté

Commémoration de l’abolition de l’esclavage

Témoignages.re / 22 décembre 2017

La commémoration du 20 décembre est des plus importants événements de l’année à Sainte-Suzanne. Cette célébration s’est déroulée sur plusieurs jours avec diverses actions. Le temps fort eut lieu le 19 décembre avec le défilé entre la mairie et le Bocage. Au terme de cette marche, Maurice Gironcel, maire de la commune, a prononcé un discours rappelant le sens de cette commémoration. En voici la reproduction, avec des inter-titres de Témoignages.

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Maurice Gironcel et plusieurs élus au départ du défilé.

Tout d’abord, merci de votre présence nombreuse en ce 19 décembre pour fêter ensemble, notre Fête de la Liberté du 20 Desamb’ !

Cette fête de la Liberté, c’est la fête de tous les Réunionnais !

Nous c’est un peuple banian ! Un peuple mélangé mais fier de son identité de Peuple Réunionnais.

Dan nout’veine i coule aussi bien du sang malgache, chinois, malbar, zarab, yab, Mahorais, Comoriens… et nous doit mener et continuer ce combat pour notre unité.

Le 20 Desamb c’est pas seulement la fête d’un tel ou un tel… c’est la fête de nous tout’ réunionnais !!!

Cette journée du 20 Desamb, c’est bien sûr la mémoire, la commémoration de l’esclavage et de son abolition.

C’est le souvenir de la souffrance, du combat, du sacrifice de dizaines de milliers de femmes et d’hommes sur l’île Bourbon.

C’est avant tout à ces esclaves réunionnais, à ces victimes et héros, que nous rendons hommage aujourd’hui.

Ils sont nombreux à s’être battus pour leur dignité. C’est le cas de célèbres esclaves marrons, comme Cimendef ou Anchaing, qui ont marqué notre histoire commune : Héva, Zélindor.…

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Le 20 décembre, l’accent est mis sur le patrimoine populaire avec cette exposition d’objets de la vie quotidienne.

Le combat vers la liberté

Le 20 décembre ne se résume donc pas à une commémoration : c’est aussi une célébration, celle de la liberté. Cette liberté, chèrement acquise, elle est la liberté de tous les Réunionnais, sans distinction de statut ou d’origine. Elle est le fondement de notre dignité collective. Elle est la condition et le socle de l’identité réunionnaise. Cette fête, c’est un moment de communion, une célébration du vivre-ensemble, un symbole de cette diversité apaisée et harmonieuse qui fait la richesse et la beauté de cette île.

Se souvenir, ce n’est pas pointer du doigt des responsables ou des victimes. Ce n’est pas attiser la culpabilité ou le ressentiment. Se souvenir c’est comprendre et analyser son passé. C’est l’assumer avec ses parts d’ombre, avec ses douleurs. C’est accepter un héritage que l’on n’a pas choisi et c’est en tirer des leçons pour l’avenir.

A l’occasion de ce 20 décembre 2017, je souhaite donc placer l’acte de mémoire que nous accomplissons sous le signe du courage.

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Foule nombreuse au Bocage ce 19 décembre.

Devoir de mémoire

Courage de celles et ceux qu’on a dépouillé de leur nom, de leur identité, de tous leurs droits d’être humain et qui ont eu la force de bâtir, dans les difficultés, un patrimoine matériel et immatériel. Notre maloya, par exemple ! Et Sainte-Suzanne ne manque pas de ces passeurs de culture : le Rwa kaf, Bachelier Siampirave, Roger Valiamé, Maximin Narsama et Daniel Honoré, j’en oublie certainement……

Le devoir de mémoire nous oblige à regarder en face ce qu’il y a de pire en l’homme, la barbarie qu’il a fait subir à ses semblables, mais le devoir de mémoire nous invite aussi, en ce 20 décembre, à honorer ce qu’il y a de meilleur en l’homme.

Nous, enfants de la Réunion, nous devons rendre hommage au courage de ceux qui se sont élevés contre l’esclavage.

Ici, à Sainte-Suzanne, nous avons voulu mettre en valeur un de ces esclaves qui malgré son asservissement a su nous donner une des plus grandes leçons de botanique.

Je parle, bien sur, d’Edmond Albius, ce jeune esclave de 12 ans qui découvert la fécondation artificielle de la vanille. Cette découverte ne lui aura hélas pas permis d’être reconnu de son vivant mais ici, à Sainte-Suzanne, nous faisons tout pour que son courage et sa force soient reconnus mondialement, pourquoi pas au patrimoine mondial de l’Humanité de l’UNESCO.

Un avenir meilleur est possible

Ce courage nous le développons chaque jour, en mettant un pied après l’autre ; en apportant not ti grain de maïs au moulin, not ti grain de sel dan’carry… Un ti peu de safran pou donne la couleur à not’gayar carry…

Ce courage c’est notre force, force dans laquelle nous puisons chaque jour, pour faire de la Réunion, ce pays avant-gardiste, qui aura appris de son passé et qui saura appréhender son avenir.

La Réunion, d’une île au monde, comme le disait si bien notre combattant pour la fierté réunionnaise, Paul Vergès.

Le 20 Desamb, c’est pour nous l’occasion de démontrer à nos enfants que l’espoir en un avenir meilleur est possible.

Mais le 20 Desamb, c’est aussi le moment de réveiller notre passion musicale et culturelle.

Nous avons d’ailleurs commencé notre commémoration dès le 7 décembre avec des sobat’koz, des défilés de mode africaine, du moring, la remise de trophées à nos Zarlor Moringuer Réunionnais ; enfin, comme zot i constate Ste Suzanne i bouge aux rythmes de son identité, de son Histoire et nous va continuer à mettre en lèr nout peï !

Ce soir, allons vibrer aux rythmes des djembés, du roulèr, du kayamb, du triangle, du bobe, nou sava crase maloya…

Fier d’être réunionnais, fier de dire à zot :

Bon’ fet’ kaf’ ! Bon’ fet’ de la Liberté !