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500.000 mètres cubes d’eau prélévés à La Réunion en saison sèche ?

Paris renforce le lien entre La Réunion et Mayotte

Manuel Marchal / 28 février 2017

Un accord signé hier au ministère de l’Outre-mer prévoit le transfert de 500.000 mètres cubes d’eau à Mayotte pendant la saison sèche. D’après le JIR, cette ressource sera prélevée à La Réunion. Cela rappelle qu’en tant que département français le plus proche de Mayotte, La Réunion est concernée par l’évolution de la situation de l’île aux Parfums. Et cela ne s’applique pas seulement dans la lutte contre les effets de la sécheresse.

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La ministre de l’Outre-mer a signé avec l’AFD, la Caisse des dépôts et Syndicat intercommuncal d’eau et d’assainissement de Mayotte une convention intitulée Plan eau Mayotte. Depuis plusieurs mois, Mayotte vit une grave sécheresse. Le manque d’eau amène à des restrictions très importantes et difficilement imaginables dans un département : de l’eau un jour sur trois au robinet, et qui n’est pas consommable telle quelle. Autrement dit, pour avoir de l’eau potable, les Mahorais doivent se rendre à des fontaines.

Transfert d’eau par bateau

Le document signé hier à Paris comporte des mesures à court terme. Il s’agit de 500.000 euros pour acheter des bouteilles d’eau minérale et équiper les écoles en citerne.

À moyen terme, il est prévu des rotations de bateaux pour apporter au milieu de l’année 500.000 mètres cubes d’eau afin d’approvisionner les deux réservoirs qui alimentent en eau potable les Mahorais.

À plus long terme, huit forages seront réhabilités, un réservoir verra sa digue réhaussée d’un mètre, une usine de désalinisation d’eau de mer sera construite, ainsi qu’une troisième grande retenue collinaire.

À en croire un article publié hier dans le « JIR », le moyen terme concerne directement les Réunionnais. En effet, l’eau transférée par bateau viendrait de La Réunion. Elle serait prélevée sur le réseau du basculement Est-Ouest. À charge pour le Département de faire des propositions pour le captage de cette ressource, indique le « JIR ».

Ces « Plan eau » pour Mayotte amène plusieurs observations. La première est relative à la démographie. Mayotte compte officiellement 250.000 habitants, et en aura 470.000 en 2050 d’après les prévisions de l’ONU. Ce qui veut dire que les besoins de Mayotte en eau vont continuer à grandir. Au cours de cette période, Mayotte subira les effets du changement climatique, comme partout dans le monde. Or, la sécheresse qui touche les Mahorais est lié à un retard de plusieurs mois du thalweg de mousson. C’est le signe d’un déréglement.

La seconde concerne la manière de régler un problème. Parce que les promoteurs du chantier de la route en mer ont omis de signaler qu’ils ne disposaient pas des matériaux nécessaires pour réaliser ce projet, alors des roches ont été prélevées à Madagascar, et ont traversé l’océan Indien pour être déchargées à La Réunion. C’est un procédé incroyable pour tenter à tout prix de mener un chantier mal embarqué.

Pour régler le problème de l’eau à Mayotte, ce sont des rotations de bateaux qui sont prévues. Depuis qu’elle a décidé de séparer Mayotte des autres îles de l’Union des Comores, la France a montré son imprévoyance vis-à-vis des conséquences de ses choix. Cela se traduit aujourd’hui par une situation sociale explosive à Mayotte, et par le drame des kwassa-kwassa. Comme pour la route en mer, c’est la solution du bateau qui est choisie.

Quels effets sur l’agriculture ?

La troisième remarque vient du moyen choisi pour approvisionner les réservoirs qui stockent l’eau destinée à être utilisée par la population. Si les informations du JIR se vérifient, alors ce seront 500.000 tonnes d’eau qui seront prélevées à La Réunion au milieu de l’année. Cette période marque le début de la période la plus sèche dans notre île. C’est donc au moment où il pleut le moins. Cela fait plusieurs années que les cours d’eau et les nappes de La Réunion n’atteignent pas un niveau normal. Si l’État compte prélever 500.000 mètres cubes à ce moment, quelles seront les conséquences pour les bénéficiaires du transfert des eaux ? Rappelons que le chantier du basculement de l’eau a été financé par l’Union européenne parce qu’il doit favoriser le développement de l’agriculture. Ces fonds n’ont pas été investis pour assurer un autre usage.

Cela rappelle que La Réunion est donc concernée par l’évolution de la situation de Mayotte. Sur ce point, cela concerne l’impact du changement climatique. Mais l’île aux Parfums verra également sa population croître de manière importante au cours des prochaines années, alors que sa superficie est six fois inférieure à celle de La Réunion. Sachant que La Réunion est le département français le plus proche de Mayotte, et qu’à la différence de notre île, l’égalité sociale est encore bien loin d’être atteinte à Mayotte, la croissance démographique dans l’île hippocampe ne sera pas sans conséquence pour La Réunion si la situation n’évolue pas par ailleurs.

M.M.



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  • Il y a longtemps que j’ai proposé l’idée prendre de l’eau à la sortie de l’usine hydroélectrique de saint Rose pour la transporter par bateau vers les régions voisines ou plus lointaines qui souffrent cruellement de pénurie d’eau potable . C’était le cas de l’île Maurice tant qu’elle n’avait moderniser son réseau de distribution mais aussi des pays arabes du golf persiques avant qu’ils n’investissent des sommes colossales dans des usines de désalinisation de l’eau de mer .

    Aujourd’hui on veut livrer 500000 M3 d’eau à Mayotte par bateau pour compléter ses besoins suite à la période de sécheresse qu’elle traverse. Il y a peut être des solutions moins chères qui pourraient être mises en œuvre à Mayotte même notamment réaliser des forages pour pomper de l’eau de la nappe phréatique ou créer des retenues collinaires ou encore aller prendre de l’eau à Madagascar comme on le fait pour les roches destinées à la route du littoral . Il y a certainement des possibilité de captage d’eau propre à la consommation dans la région de Diégo .

    Mais si ces solutions ne sont pas moins chères que de prendre l’eau de la Réunion et l’acheminer à Mayotte on pourrait peut être profiter de l’occasion pour réaliser à Sainte Rose une jetée qui permettrait de remplir des bateaux qui seraient spécialisés dans le transport d’eau potable dans la Région . Il ne faut pas oublier que l’eau de l’usine électrique de Sainte Rose peut être considérée comme de l’eau potable puisqu’elle provient d’une zone de montagne totalement protégée de toutes pollutions humaines ou animales . La présence du port de plaisance et de pêche de sainte Rose à proximité immédiate de l’usine hydroélectrique devrait réduire au minimum le coût de construction du dispositif de livraison de l’eau . Et la Réunion pourrait très vite trouver des clients pour rentabiliser son investissement .

    Dans le contexte du réchauffement climatique qui est en train de s’accélérer mais aussi dans le contexte de l’augmentation de la population mondiale notamment dans les régions côtières de l’Afrique de l’ Est et du Moyen Orient ; l’idée pour l’île de la Réunion de proposer une possibilité de s’approvisionner en eau potable chez elle à faible coût ne devrait pas rencontrer beaucoup d’opposition et pourrait même être considérée comme un exemple à suivre par le monde entier pour le partages des richesses de la terre entre tous les hommes .

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