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À La Réunion, je critique le budget. À Paris, je le vote des deux mains

Une décision lourde de conséquences

Témoignages.re / 21 novembre 2003

Machiavélique

Hier, dans ses journaux de la matinée, Radio-Réunion a répété que le projet de R.M.A. (revenu minimum d’activité) que l’Assemblée nationale est en train d’examiner est une vieille idée de Jean-Paul Virapoullé. Jamais, sans doute, la station du Barachois ne s’est montrée autant machiavélique. Car, sous ce qui ressemble à un hommage, se cache un véritable coup de pied de l’âne.
En effet, le moins que l’on puisse dire est que le R.M.A. suscite de fortes et vives oppositions venant tant des associations de chômeurs que des organisations caritatives voire même d’élus de la majorité gouvernementale. C’est ainsi que Mme Christine Boutin, députée UMP et rapporteur du projet, a multiplié les critiques et a présenté, en vain, des amendements pour défendre le droit au R.M.I. (revenu minimum d’insertion).
Avec le R.M.A., les entreprises vont trouver des emplois très peu chers, payés par le contribuable, qu’elles substitueront aux emplois existants. Pire : si les érémistes ne sont pas embauchés au bout des 18 mois du contrat, ils risquent de tout perdre.
Derrière le R.M.A., se cache donc de manière camouflée la disparition programmée du R.M.I. Il y a quelques années, Jean-Paul Virapoullé avait suggéré au gouvernement de mettre en place, dans les Départements d’outre-mer, la parité sociale globale plutôt que l’égalité sociale entre les Réunionnais et les métropolitains. La réaction populaire fut immédiate, massive et obligea Paris à réaliser l’égalité sociale.
Aujourd’hui, Radio-Réunion laisse entendre que l’idée de R.M.A. est venue de Jean-Paul Virapoullé. C’est un fait : le sénateur-maire de Saint-André répond toujours présent quand il faut porter un mauvais coup social.

Alors que la discussion sur le projet de loi de finances 2004 vient à peine de commencer, sans attendre que soient réglés plusieurs problèmes graves pour l’énconomie réunionnaise, le sénateur-maire de Saint-André a annoncé hier à la tribune du sénat qu’il va voter le budget présenté par le gouvernement.
Ici à La Réunion, le patron de La Relève ne manque pas une occasion de critiquer le projet de budget de l’État pour l’an prochain. Le gouvernement est accusé de tous les maux.
À Paris, le même Jean-Paul Virapoullé change du tout au tout. Il annonce qu’il va voter des deux mains le projet de budget gouvernemental. Et cela, dès l’ouverture de la discussion générale au sénat sur ce texte.
Sans attendre la discussion sur les différents articles. Sans attendre la discussion sur les différents amendements des sénateurs visant à améliorer quelque peu le budget de la nation.
Cette attitude est très grave et sera lourde de conséquences. En effet, lorsque le sénateur-maire de Saint-André donne ainsi un chèque en blanc au début même d’une telle discussion, cela veut dire qu’il accepte par avance les positions du gouvernement sur des questions cruciales pour les Réunionnais, comme par exemple le maintien ou la suppression du dispositif de récupération par les entreprises de la TVA non perçue sur certains produits exonérés de TVA (voir à ce sujet, plus haut, l’amendement déposé par Paul Vergès).
Cela veut dire aussi qu’il accepte par avance toutes les mesures anti-sociales prévues par le gouvernement dans son projet de loi de finances. Des mesures qui feront encore souffrir davantage de Réunionnais. Comme par exemple la décentralisation du RMI et la création du RMA (voir en page 3 l’intervention de Huguette Bello hier à l’Assemblée nationale).
Jean-Paul Virapoullé devra assumer les responsabilités de son comportement et de son vote, dont les effets seront très négatifs pour La Réunion.