Actualités

Basculement des eaux et route en mer : même résultat ?

Des planteurs en grande difficulté dans les hauts de l’Ouest

Manuel Marchal / 30 août 2018

Les difficultés des planteurs de l’Antenne 4 montrent les conséquences du manque d’anticipation des promoteurs du chantier du basculement des eaux. C’est une leçon à retenir pour ceux de la route en mer.

JPEG - 105.5 ko
Les tonnages récoltés ne sont pas à la hauteur des promesses du chantier.

La venue hier d’une délégation de la FDSEA au Conseil départemental a rappelé les difficultés des planteurs. Elles ont notamment pour raison les promesses non tenues du chantier du basculement des eaux de l’Est vers l’Ouest. Le premier secteur de l’Ouest concerné par cette réalisation est appelé Antenne 4. Il est planté en cannes depuis près de 20 ans. L’irrigation est alors assurée par de l’eau puisée dans le cirque de Mafate et qui a pour destination l’océan ou la nappe phréatique de la Plaine des Galets qui alimente la ville du Port.
Comme l’a rappelé hier la FDSEA, les rendements promis aux planteurs sur ces terres des hauts de l’Ouest étaient de 120 à 140 tonnes de canne à sucre par hectare grâce à l’irrigation. Mais en réalité, ils se situent cette année aux alentours de 50 tonnes.
C’est un résultat bien décevant eu égard aux investissements consentis par les contribuables pour payer de « chantier du siècle », pour former les agriculteurs à l’utilisation de l’irrigation et pour soutenir l’installation de plantation de cannes à sucre dans ce secteur, ainsi que par les planteurs. L’initiative de la FDSEA a rappelé que les agriculteurs concernés sont pris à la gorge et n’arrivent pas à payer les charges, notamment les factures d’eau.

Promesses pas tenues

C’est un nouveau fait qui rappelle que le coût d’un chantier ne se résume pas à sa réalisation, il faut également anticiper la suite. Le chantier du basculement a duré 20 ans rien que pour le percement des galeries sous la montagne. Il a rencontré de nombreuses difficultés, notamment le percement d’une nappe phréatique perchée. Cette eau stockée depuis des milliers d’années s’est écoulée dans la mer alors qu’elle aurait pu trouver de nombreux usages. Les retards se sont accumulés. C’est la conséquence d’un chantier que ses promoteurs ont voulu lancer au plus vite et mener le plus rapidement possible, avec à la clé une arrière-pensée électoraliste évidente. Il existait pourtant d’autres alternatives pour irriguer l’Ouest. Elles auraient été moins coûteuses. Et surtout, il fallait au préalable s’assurer que les terres à irriguer étaient capables de produire les rendements escomptés. Manifestement, il y a eu un problème sur ce point essentiel, car le but du chantier du basculement des eaux, c’était justement de permettre l’implantation de planteurs capables de produire plus de 120 tonnes de cannes à sucre par hectare, afin que la récolte annuelle à La Réunion puisse de nouveau atteindre 2,5 millions de tonnes de cannes, dans le but que les deux dernières usines sucrières s’approchent du quota qui existait jusqu’à l’an dernier, soit 300.000 tonnes de sucre.
Le résultat est là aujourd’hui, il se traduit par de nombreux planteurs face à d’énormes difficultés et qui sont obligés de demander le soutien des pouvoirs publics pour espérer s’en sortir.

Tout a changé

Ce qui s’est passé pour le chantier du basculement n’est pas sans rappeler ce qui est en cours sur celui de la route en mer. Dans l’Ouest, c’est la question du sol qui pose problème. Entre La Possession et Saint-Denis, c’est celle des matériaux. C’est une donnée toute aussi cruciale, car si le sol n’est pas adapté, les cannes n’auront pas le rendement attendu, et s’il n’y a pas suffisamment de matériaux, le chantier de la route ne peut pas être achevé.
À cela s’ajoute un autre parallèle. Quand le chantier du basculement a été lancé, La Réunion avait l’assurance d’un quota de 300.000 tonnes. Tout ce qui n’était pas vendu était acheté à un prix préférentiel par l’Union européenne. C’était la garantie d’un revenu pour la filière, et donc de planteurs pour payer l’eau de l’irrigation. Mais depuis l’an dernier, il n’y a plus de quota, et si un avenant à la Convention canne a permis de maintenir les choses en l’état pour les revenus des planteurs, c’est l’incertitude la plus totale pour l’après-2021.
Concernant la route en mer, les promoteurs ont lancé le chantier sur la base de prévisions sur la montée du niveau de l’océan qui datent de plusieurs années. Or, avec l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, le réchauffement climatique s’accélère et entraîne dans son sillage une montée plus rapide du niveau de la mer. Ce qui amène à s’interroger si la hauteur prévue pour la chaussée est suffisante compte-tenu du niveau qu’atteindra l’océan Indien au cours des années durant lesquelles cette route serait censée fonctionner.

M.M.



Un message, un commentaire ?



Messages






  • Avec le réchauffement climatique les agriculteurs auront besoin de plus en plus d’eau pour leurs cultures .Nous avons privilégié jusqu’ici le captages de l’eau de nos rivières ; mais lorsqu’il fera un peu plus chaud les débits disponibles pour nos captages ne seront pas suffisants pour couvrir tous nos besoins, surtout si les agriculteurs réunionnais sont obligés de s’orienter vers des cultures de remplacement de la canne sucre plus gourmandes en eau .

    Il est donc urgent de penser a créer des retenues suffisamment grande pour stoker l’eau des pluies qui tombent abondamment pendant la saison des pluies . Il y a à la Réunion de nombreux sites où l’on pourrait créer des grands lacs artificiels alimentés par une déviation des eaux de nos rivières en crue pendant la saison cyclonique . Il serait peut être temps de commencer à étudier cette possibilité de stocker de l’eau lorsqu’il pleut .

    Nos voisins les mauriciens ont montré que cela est possible en construisant plusieurs grandes retenues telles que la ferme , la mare vacoas , la nicolière ... qui se remplissent pendant la saison des pluies et qui leurs permettent de satisfaire non seulement les besoins domestiques mais aussi agricoles et industriels . Nous pourrions en faire autant . Je rappelle à cette occasion l’idée que j’ai proposée dans vos colonnes mais aussi dans les autres journaux dans les années 1980 ,de faire du grand étang de Saint Benoit une immense retenue d’eau qui pourrait stocker de quoi offrir un débit permanent de plus de 20 M3 seconde pendant toute l’année si on pouvait le remplir au moins en trois fois dans l’année en y déviant les crues des ravines situées à proximité, notamment la ravine sèche et le bras cabot . Cette retenue du grand étang qui se trouve à plus de 520 mètres d’altitude permettrait d’irriguer toute la côte Est et pourquoi pas de compléter les réseaux d’irrigation de la cote Ouest et Sud si on réalisait les travaux nécessaires pour y acheminer l’eau soit par Tunnel soit par une conduite longeant le littoral .

    La maitrise des ressources en eau deviendra avec le réchauffement climatique l’un des plus grands défis à relever car c’est grâce cette maitrise que l’humanité pourra survivre et s’adapter . Les réunionnais ont la chance d’avoir un relief qui leur permet d’avoir de l’eau en abondance et de faire face aux sécheresses s’ils font ce qu’il faut pour stocker l’eau des pluies . Mais la chance à elle seule ne suffira pas à les sauver ; il faut aussi ajouter beaucoup de travail et bien entendu beaucoup d’argent .

    En construisant une route sur la mer ils ont suspendu sur leur tête une épée de Damoclès Espérons qu’ils ne feront pas la même erreur pour l’eau car s’ils ne font rien pour mieux gérer leurs ressources en eau Ils condamnent leurs générations futures à vivre dans la misère et la souffrance .

    Article
    Un message, un commentaire ?