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Brexit officiel : impact obligatoire sur La Réunion

Depuis vendredi, le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne

Manuel Marchal / 1er février 2020

Depuis hier vendredi 31 janvier à 23 heures, le Royaume-Uni a officiellement quitté l’Union européenne. C’est la première fois qu’un Etat quitte cette organisation. L’importance est d’autant plus grande que le Royaume-Uni est une puissance économique de plus de 60 millions d’habitants, figurant parmi les places boursières les plus importantes du monde. Le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne aura forcément des conséquences pour La Réunion, fortement dépendante des crédits venus de l’Europe. Il impactera sur le prochain mandat de maire obligatoirement, les candidats doivent donc tenir compte de cette information capitale.

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Siège de la Commission européenne. Le Royaume-Uni contribue au financement des fonds structurels dont a grand besoin La Réunion. L’enveloppe risque de se réduire.

Aux termes de 3 années de discussions difficiles, le Brexit est devenu hier une réalité. L’Union européenne ainsi que le Parlement britannique ont voté pour le départ du Royaume-Uni de l’organisation économique. Le résultat du référendum a donc été respecté, confirmé par la majorité que les électeurs du Royaume-Uni ont donné récemment au Premier ministre, avec comme mandat clair de quitter l’Union européenne.
C’est une décision historique qui donne un coup d’arrêt à l’expansion de l’Union européenne. Rappelons qu’au lendemain de la Seconde guerre mondiale, l’intégration des économies était vue comme un moyen de prévention des nouveaux conflits. Ce fut d’abord la création en 1952 de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) siégeant à Luxembourg. Cette instance permettait la transparence sur la production de deux matières premières indispensables à la fabrication d’armes. La Communauté européenne devient CEE en 1957 par le Traité de Rome.

Dynamique brisée

Elle comptait alors 6 Etats membres : RFA, Belgique, Luxembourg, Pays-Bas, Italie et France. En 1973 s’opéra un premier élargissement avec l’adhésion du Royaume-Uni, du Danemark et de l’Irlande tandis que la Norvège renonçait. Puis la Grèce en 1980, le Portugal et l’Espagne en 1986 rejoignirent l’organisation quelques années après la chute des dictatures qui régnaient dans ces pays. Puis ce furent au tour de l’Autriche, de la Suède et de la Finlande. L’extension de l’OTAN vers l’Est s’accompagna de l’adhésion d’Etats anciennement membres du Pacte de Varsovie. Les frontières de l’Union européenne atteignaient alors la Russie, la Bielorussie et l’Ukraine.
Pendant ce temps, la Communauté économique européenne était devenue l’Union européenne, espace de libre circulation des capitaux, biens, services et humains, dotée d’une monnaie unique, l’euro. Mais à ce moment sont apparues les premières grandes frictions, car le Royaume-Uni, le Danemark et la Suède ont refusé de remplacer leur monnaie nationale par l’euro.
La situation actuelle découle d’une promesse électorale d’un ancien Premier ministre en campagne pour sa rééelection, David Cameron. Pour coiffer au poteau ses adversaires, il s’engagea à organiser un référendum sur le maintien ou pas dans l’Union européenne. Coïncidant avec la crise des réfugiés causée par les guerres des puissances occidentales au Moyen-Orient et en Afrique, la campagne aboutit à la victoire du « non ». Depuis lors, ce furent de nombreuses réunions, des avancées et des reculs et la chute d’un gouvernement britannique. Les élections anticipées organisées en fin d’année ont confirmé le choix des Britanniques. Le divorce a donc été officiellement prononcé ce vendredi à 23 heures à la suite du vote du Parlement britannique.
S’ouvre alors une période de transition qui verra rapidement le Royaume-Uni rompre les ponts avec l’Union européenne. Cela signifie que ce pays ne contribuera plus au budget de l’Europe. Or, le Royaume-Uni compte plus de 60 millions d’habitants, c’est une des premières puissances économiques mondiales et c’est également la place boursière la plus importante de l’Union européenne.

2 milliards de l’Europe, combien demain ?

Le Brexit impactera forcément sur La Réunion, eu égard à la dépendance de notre île aux aides européennes dans le domaine de l’agriculture, et dans celui de l’aide au développement, intitulée Politique de cohésion. Cette dernière cagnotte est gérée par la Région. Elle est le résultat des luttes menées par Paul Vergès et Elie Hoarau au Parlement européen afin que notre île soit considérée comme prioritaire et obtienne donc une aide de plus de 2 milliards d’euros tous les 6 ans.
Avec la perte du Royaume-Uni, il est clair que tout ceci sera remis en cause. Le prochain budget de l’Union européenne devra en effet composer avec la perte d’un de ses principaux contributeurs. Pendant ce temps, les demandes relevant de la Politique de cohésion ne diminuent pas alors que le budget ne pourra que baisser. Il faudra donc faire des choix. Reste à savoir si la défense des intérêts de La Réunion sera une priorité des négociateurs français, sachant que pour Paris, la priorité reste le maintien de l’emploi en France.
Cette annonce intervient en pleine campagne électorale des municipales. Celles et ceux qui viennent briguer les suffrages des électeurs doivent savoir pertinemment que rien ne sera donc plus comme avant, c’est un minimum. Ils doivent donc intégrer dès maintenant cette nouvelle difficulté, car il y a fort à parier que la Région Réunion n’aura plus autant d’argent de l’Europe à distribuer, en particulier aux communes. C’est une période d’austérité aggravée qui commence, cela d’autant plus que la priorité de la Région Réunion est de dépenser cet argent durement acquis dans le chantier de la route en mer impossible à réaliser selon le projet actuel, plutôt que dans des projets créateurs d’emploi ou dans la formation.
Ces candidats ont donc une responsabilité : préparer l’avenir en tenant compte de l’impact inévitable du Brexit sur La Réunion.

M.M.