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Contre-réforme des retraites : vers de plus fortes inégalités à La Réunion

Quel travailleur réunionnais pourra avoir une retraite décente ?

Manuel Marchal / 16 octobre 2018

Toute réforme se veut progressiste, or ce n’est pas le cas de ce qui ruisselle pour le moment autour du projet du gouvernement qui répond tout à fait à la définition de contre-réforme. Affirmer que chaque euro cotisé donnera les mêmes droits pour tous revient à inscrire dans le marbre les inégalités. En effet, il est à craindre que le montant de la retraite soit calculé en fonction de la totalité d’une carrière et non plus selon les 25 meilleures années pour les travailleurs du privé, et des 6 derniers mois pour ceux du public. D’où de plus fortes inégalités entre les futurs retraités ce qui concernera La Réunion si le cadre actuel est maintenu.

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La dernière étude sur l’INSEE a confirmé que dans un peu plus d’une quinzaine d’années, notre île comptera un quart de Réunionnais en âge d’être retraités. C’est donc une nouvelle société qui se prépare, avec le contexte d’un projet visant à changer le mode de calcul des revenus de cette partie toujours plus importante de la population.

Le gouvernement veut en effet fusionner tous les régimes de retraite en un seul. L’idée de base est qu’un euro cotisé sera égal à un certain nombre de points, et que le montant de la retraite découlerait du nombre de points accumulé.
Dès le départ, cette construction repose sur une inconnue : celle de la valeur de ce point. En insérant tous les futurs retraités dans ce système, il serait ainsi facile de geler uniformément le montant des pensions pour cause de réduction des dépenses publiques. Il suffit de constater ce qui se passe dans la fonction publique, via le gel du point d’indice. Avec comme peine supplémentaire le fait qu’à la différence des agents de la fonction publique, les retraités ne peuvent pas compter sur une mutation ou une promotion pour augmenter leur revenu.

Inégalité des carrières

Ce qui est également très révélateur derrière l’idée de dire que chaque euro cotisé ouvre les mêmes droits pour tout le monde, c’est de figer une société dans les inégalités. En effet, dans le système actuel, les méthodes de calcul de la pension varient selon les régimes. Mais tous reposent sur un même socle : prendre en compte les meilleures années de la carrière. Au fil des régressions successives, ce nombre est monté à 25 années dans le secteur privé, tandis que pour les fonctionnaires, ce sont les 6 derniers mois d’activité qui sont pris en compte dans le calcul de la pension. Ceci permet de pondérer quelque peu les écarts de revenus pour ceux qui ont la possibilité d’avoir droit à une retraite complète.
Prendre en compte la totalité des cotisations versées, c’est donc vouloir asseoir le mode de calcul sur la carrière professionnelle entière. Cela signifie reproduire fidèlement au moment de la retraite les inégalités qui se sont créées durant l’activité professionnelle, en enlevant l’élément modérateur constitué par la prise en compte uniquement d’un certain nombre de meilleures années. Cela ne peut donc se traduire que par une baisse des pensions du régime général, plus ou moins accentuée selon les revenus perçus durant la vie active.

Importante régression dans la fonction publique

À La Réunion, c’est chez les agents de la fonction publique que la régression sera la plus importante. Car le projet d’unifier tous les régimes porte en lui l’alignement du mode de calcul de la pension des retraités de la fonction publique sur celui de ceux du privé, soit sur l’ensemble de la carrière au lieu des 6 derniers mois d’activité. Se pose également la question de l’année de bonus obtenue tous les trois ans de cotisation pour les agents en poste à La Réunion, dont il est difficile de croire qu’elle puisse subsister dans un régime unique avec le secteur privé.
Le seul élément correcteur subsistant resterait alors la possibilité de toucher un complément de retraite pour avoir le minimum vieillesse. Or cette allocation est souvent refusée par les ayants droits, car elle fait l’objet d’un remboursement sur l’héritage laissé par le retraité à ses enfants.

Pousser ceux qui ont les moyens vers les banques

La cerise sur le gâteau serait le mode de calcul du point. Une partie du patronat voudrait que sa valeur diminue en fonction de l’augmentation de l’espérance de vie, au prétexte que les retraités bénéficieraient plus longtemps de leur pension. Or, s’il est vrai que l’espérance de vie moyenne progresse chaque année, cette hausse n’est pas la même selon la classe sociale. Les pauvres vivent en moyenne moins longtemps que les riches, ce qui relativise considérablement l’argument de ces patrons qui souhaitent avant tout baisser encore leur contribution au fonctionnement de la Sécurité sociale.
Toute cette stratégie risque bien d’affaiblir le régime général des retraites, afin de pousser ceux qui en ont les moyens à se tourner vers les banques pour se constituer un complément de revenu sous la forme de divers produits financiers. Ceci accentuera encore les inégalités par l’affaiblissement de la solidarité due par les plus riches.

M.M.



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  • Bonjour
    Etes vous au courant de la rencontre nationale des délégués des comités pour l’unité qui se tient le samedi 20 octobre à Paris et donc le slogan est "Macron veut détruire nos retraites Il doit être bloqué ! Unité !" ?
    Merci de me répondre

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  • Sous couvert d une volonte de reformer e "l iirreformable", nous assistons a la mise en place d’un ultra liberalisme, dur, sans pitie pour les plus faibles, mettant a contribution des travailleurs et des retraites deja exsangues !

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  • Il n’y a pas d’illusion à se faire. La réforme des retraites initié par M.Macron, va être une régression pour l’immense majorité des retraités.
    Plus grave l’argent économisé par l’état ne restera pas à La Réunion donc baisse de l’économie locale.
    Un exemple : le plafonnement des 35 % pour les retraités d la fonction publique. Rien de prévu pour que cette argent alimente une caisse locale pour, par exemple ,aider à la création d’emploi.
    Certes pour l’instant cela concerne uniquement les très hautes retraites. mais dès 2019 ce la diminuer . Plus rien dans 8 ans.
    Quant au plafonnement sur la décote des 30 % sur l’impôt sur le revenu ; J’espère que Mme La ministre, qui arrive, bientôt, donnera des explications claires. Et là il s’agit de tout le monde ; pas seulement les fonctionnaires.

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