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Contribution à la cause réunionnaise

Tribune libre

Ary Yée Chong Tchi Kan / 8 novembre 2016

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Ary Yée-Chong-Tchi-Kan

« Je ne suis pas un homme de religion mais j’essaye d’imaginer la réaction des croyants des deux camps lorsque le Pape François et le Patriarche Cyrille se sont rencontrés, le 12 février 2016. Deux heures d’entretiens, un communiqué final et une congratulation ont ouvert la voie à un début de réconciliation. Si la vie d’un homme représente une seconde au regard de l’histoire de l’humanité, pour le coup on ne risque rien de qualifier cet échange d’historique. Il y a des secondes qui frôlent l’éternité.

« Imaginez un schisme entre ces 2 courants religieux ouvert depuis 1000 ans ! Imaginez le dépassement d’un héritage de querelles profondes et de certitudes enseignées. Imaginez que cela s’est passé à Cuba, paria mis au banc des nations par le grand voisin, les États Unis, ainsi que par les puissances européennes, engoncés dans leurs certitudes. De surcroît, communiste, fier de l’être, et qui reçoit les louanges du pape dans un communiqué de remerciements. Je me suis interrogé sur les puristes de tout bord qui crient au sacrilège devant autant d’expériences humaines respectables et courageuses.

« À La Réunion, c’est la puissance de frappe des partis politiques parisiens et les moyens exceptionnels de leurs multiples institutions qui sont mobilisés depuis un demi siècle pour tenter de détruire le parti communiste de notre île. La raison ? Le PCR pose le principe de la reconnaissance et du respect du peuple Réunionnais à vivre et décider dans son pays. Il questionne l’égalité au sein de la République Française et dans le monde. Il renvoie la France à son passé esclavagiste et colonialiste. Il est capable de consensus et obtient l’unanimité sur un projet de loi (celui relatif aux changements climatiques). Ses analyses concluent au dépassement d’un certain héritage idéologique et à l’émergence d’une civilisation nouvelle fondée sur la connaissance.

« Toutes ces perspectives historiques affolent les compteurs des carriéristes qui maintiennent le peuple dans l’ignorance de son histoire et dans l’illusion que nous vivons actuellement dans un espace démocratique et fraternel. Tout juste si ces profiteurs d’un genre nouveau qu’on appelle des élus, masculins et féminins, se souviennent du nombre de Réunionnais qui ont été excommuniés parce qu’ils étaient soupçonnés de liens réels ou imaginaires avec le PCR. J’ai vu des camarades communistes qui pleuraient parce que l’Eglise leur refusait l’entrée, même à leur proche décédé. D’autres étaient interdits d’entrée dans les mairies. Des excommuniés de “la maison de Dieu” et de “la maison du peuple” !

« Malgré l’humiliation, la répression et les pressions de toutes sortes, les tentatives de corruption, ils sont restés fidèles aux idées de leur parti communiste. Ils ne professaient pas et n’accusaient pas car ils participaient aux instances d’élaboration de l’action. Peu leur importait le mot de communiste. C’était conforme à leurs conditions de vie et à l’idée qu’ils se faisaient de la vie et des relations humaines. Jamais ils ne se sont rabaissés à demander ce que le PCR, sa direction, pouvait faire pour eux. C’était des camarades, pas des enfants gâtés ! L’engagement dans le PCR avait donné un sens à leur vie d’hommes et de femmes, de Réunionnais, tout simplement.

Tout comme ces camarades, je veux témoigner qu’il n’y a pas de générations spontanées. Un grand merci à toutes les personnes que j’ai côtoyées, beaucoup d’anonymes qui m’ont accueilli et enrichi. Un parcours commun dans et à travers le PCR. »

Le texte précédent fait partie d’un ensemble de 5 articles qui composeront mon prochain livre. Aujourd’hui, le 4 novembre, je publie “l’avant propos” qui en constitue le premier. Les autres paraîtront les vendredis suivants.

Avec la déclaration annoncée de l’ONU sur le climat, ce jour (4 novembre - NDLR), La Réunion doit être fière d’avoir anticipé la marche commune d’un monde résolument engagé et responsable. L’instant est magique. C’est donc fort opportunément que j’ai intitulé ma publication “Contribution à la cause Réunionnaise”.

Ary Yée-Chong-Tchi-Kan