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Des élus de La Réunion veulent traiter les Réunionnais en inférieurs

Face au large rassemblement pour la responsabilité

Manuel Marchal / 27 juin 2018

30 ans après le massacre de la grotte d’Ouvéa, un acteur clé de cet événement, Bernard Pons, souligne que pour des territoires comme La Réunion, « la solution la plus intelligente » est « une large autonomie ». Cette analyse d’un des responsables de politiques qui continuent à structurer l’économie de La Réunion souligne l’isolement toujours plus grand d’élus réunionnais menés par Jean-Paul Virapoullé qui refusent tout changement et mènent actuellement une campagne pour que les Réunionnais aient moins de droits que les Guadeloupéens, les Guyanais, les Martiniquais et les Mahorais.

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Plus de la moitié des jeunes sont au chômage à La Réunion, mais aucune politique spécifique décidée par les Réunionnais n’est possible dans le cadre actuel.

La Nouvelle-Calédonie a commémoré le 5 mai dernier le 30e anniversaire du massacre commis à la grotte d’Ouvéa lors d’un assaut de l’armée et de la gendarmerie. La venue du président de la République dans l’île à cette occasion avait alors suscité de légitimes protestations. En effet, aucun des 24 otages présents dans la grotte n’avait été tué, un seul avait été blessé par un tir de gendarme. Par contre, 19 Kanaks sont morts, dont 12 avaient une balle dans la tête. A cela s’ajoute le décès d’Alphonse Dianou, mutilé par une balle française tiré dans le genou alors qu’il était fait prisonnier, et mort sous les coups des militaires français durant son transport à l’hôpital. C’est ce que conclut Me Tubiana, avocat du FLNKS, car le rapport du médecin légiste faisait état de traces de violence sur son corps, traces absentes quand il a été placé vivant dans la voiture de l’armée. Les faits ne pouvaient pas être niés, car la justice française avait même ouvert une information judiciaire pour deux homicides et pour non assistance à personne en danger. L’Accord de Matignon a blanchi l’armée et la gendarmerie françaises, et a éteint les poursuites envers les preneurs d’otage survivants du massacre, au travers d’une l’amnistie.

Bernard Pons pour « une large autonomie »

Bernard Pons était un acteur clé de ces événements. Il était alors ministre des DOM-TOM et il était présent à Ouvéa. Il a pu alors constater les méthodes de l’armée française pour obtenir des renseignements sur la localisation des otages. Malgré la violence des faits, il reste publiquement persuadé que l’armée et la gendarmerie n’ont pu commettre de telles exactions. Il ne peut donc être accusé d’être un farouche partisan de la marche vers l’indépendance des peuples des anciennes colonies intégrées à la République. Aussi son point de vue sur la situation institutionnelle dans ces collectivités doit être vu dans ce contexte.

Dans une interview parue le mois de dernier dans le « JIR » Bernard Pons souligne que d’après lui, face à la crise sociale, économique et politique des départements d’outre-mer est « une large autonomie » est « la solution la plus intelligente ». Qui dit « large autonomie » dit larges responsabilités aux élus de ces territoires, avec donc à la clé la responsabilité d’adapter les lois pour qu’elles correspondent à la réalité de leur pays. Cette analyse découle d’un responsable politique qui constate l’impasse d’un système.
Jean-Paul Virapoullé et ceux qui continuent à la suivre dans son combat d’arrière garde pensent-ils que Bernard Pons est un « élu de droite égaré », propos qualifiants en substance le député David Lorion ?

Large rassemblement pour la responsabilité

Il existe encore à La Réunion un groupe opposé à tout changement. Il s’est manifesté vendredi à la Région et lundi au Conseil départemental. Ce groupe refuse que les élus réunionnais puissent avoir les mêmes responsabilités que leurs homologues des autres départements d’outre-mer. Il persiste à maintenir les Réunionnais dans l’irresponsabilité, afin que cela soit Paris qui décide pour eux.
Leur action a été de s’attaquer à quatre députés qui ont déposé un amendement constitutionnel demandant aux Réunionnais les mêmes droits que les Guadeloupéens, les Guyanais, les Martiniquais et les Mahorais. Pour ces derniers, le projet de Constitution prévoit de pouvoir adapter la loi dans de nombreux domaines, à part l’armée, la police, la justice et les libertés garanties dans la Constitution. Il est à noter que ces quatre députés sont issus de quatre groupes parlementaires différents. En plus, un député membre d’un autre groupe, celui du parti présidentiel, a déposé un amendement demandant la transformation des départements en Pays d’outre-mer, libres de négocier leur statut avec le gouvernement, avec l’assentiment de la population. Voilà qui souligne que ce besoin de responsabilité est largement partagé, et voit la convergence de toutes les sensibilités politiques à l’exception de l’extrême droite qui n’a pas encore donné sa position à ce sujet.

Comment expliquer l’attitude de ces élus opposés à l’évolution d’un système responsable d’un taux de pauvreté supérieur à 40 %, et de l’inscription de plus de 180.000 Réunionnais au Pôle emploi ? Ce sera le thème de notre prochain article.

M.M.



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  • Mr Bernard Pons n’est-il pas aussi celui dont on a pris le nom pour nommer la loi de défiscalisation dans les outre-mer dans les années 90 ? Concernant la NC-Kanaky, il faut savoir qu’environ 10% de sa population, soit 25 000 / 250 000 est d’orignine réunionnaise. Et qu’en Novembre, il y aura le referendum d’auto-détermination issu des accords de Nouméa de 1998 qui ont succédé à ceux de Matignon de 1988, avec Michel Rocard qui était repassé sur ce territoire du Pacifique Sud il y a déjà 10 ans cette année. Il avait fait alors une conférence-réunion sur les évènements, vus de Paris où il était 1° ministre puis localement, sur le caillou comme on dit là bas. Puis il a repété que ce qui va ce passer, soit dans 5 mois maintenant sera une 1° pour la République, qu’il n’y a pas de modèle à suivre ou pas et qu’il ne faudra surtout pas sortir les armes comme il y a 30 ans. L’expression "destin commun" est pleine de bon sens. Que ce soit les zoreilles, les caldoches, les kanaks, les polynésiens divers et variés, les javanais et autres. Espérons que tout ce passe bien. Entre temps, de nombreux transferts de compétences ont eu lieu. Là bas, il y a un gouvernement local, des provinces (3), un sénat coutumier. A côté de mairies, d’un vice-rectorat, l’armée, l’IRD, la justice, comme dans le reste du pays.

    Jadis, il y avait même, comme à la Réunion, un train à voie métrique, vite oublié pour hélas, encore une fois, le "tout automobile". Pour en savoir plus, on peut aller sur le site de "Nouvelle-Calédonie 1°" ou " Les Nouvelles Calédoniennes", ou encore se renseigner sur le parti travailliste. Et revoir le film "L’ordre et la morale" de Mathieu Kassovitz. Bonne fin de semaine à zot tout, Arthur.

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