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Didier Robert se replie à Saint-Denis : l’échec annoncé

Isolé dans son propre camp, le président de la Région Réunion rate son lancement de campagne des municipales

Manuel Marchal / 23 janvier 2020

A peine 200 personnes dont une bonne partie de salariés de la collectivité présidée par Didier Robert, et aucune présence des responsables de son camp politique qui ont constitué une plate-forme sans lui : le lancement de la campagne du président de Région aux municipales de Saint-Denis a tourné au fiasco, ce mardi 21 janvier. Cerné par les affaires, par une gestion calamiteuse des deniers publics à la Région Réunion, par l’incapacité à mener à bien le chantier de la route en mer, et isolé dans son propre camp, Didier Robert a décidé de se replier à Saint-Denis. Tous les ingrédients d’un échec annoncé sont là.

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Mais que vient faire un président de Région dans cette galère ? (Photo d’archives)

Lors de la campagne des municipales de 2014, le bruit avait couru que Didier Robert, président de Région, allait être candidat à Saint-Denis ou à Saint-Paul. Finalement, il avait trouvé place sur la liste conduite par Nathalie Bassire au Tampon. Tout cela pour un résultat calamiteux. La liste était loin derrière au soir du premier tour. Le bilan peu favorable de Didier Robert à la tête de la Mairie du Tampon avait sans doute été un boulet. En position de se maintenir, Nathalie Bassire avait préféré arrêter les frais et se retirer. Ce résultat n’eut guère de conséquence pour les Régionales l’année suivante. Six ans plus tard, Didier Robert est de nouveau candidat aux municipales, cette fois à Saint-Denis. Mais d’une élection à l’autre, le contexte est totalement différent.

Pourquoi vouloir régresser de président de Région à maire ?

En 2014, le président de Région n’était pas tête de liste. Il était donc moins exposé en cas de défaite. De plus, il n’avait pas à dire publiquement qu’il allait démissionner de la présidence de la Région en cas d’élection pour cause de cumul des mandats. Nathalie Bassire était tête de liste, et c’est elle qui se positionnait en tant que maire potentiel, pas Didier Robert. Sur ce point, la loi a changé. En cas de victoire aux municipales, Didier Robert sera démissionné d’office de la présidence de la Région Réunion, car c’est automatiquement le mandat le plus récent qui s’applique. Car la loi ne permet pas à un président de Région ou de Département d’être adjoint et encore moins maire d’une commune comme Saint-Denis.
Voilà de quoi susciter de nombreuses supputations. En effet, Didier Robert est président d’une Région. Il a la responsabilité d’un budget habituellement supérieur au milliard d’euros, de la planification économique, de la gestion des milliards de l’Europe obtenus par Paul Vergès et Elie Hoarau, des transports interurbains, des routes nationales, de l’énergie, de la formation notamment. Vouloir devenir maire apparaît donc clairement comme une régression, quelle que soit l’importance de la commune. Les compétences et les moyens d’une municipalité sont bien inférieurs. De plus, en cas de succès, Didier Robert ne fera plus partie du club des 26 présidents de Région ou de Collectivité territoriale, mais sera noyé dans l’anonymat des 30.000 maires de la République. N’est-ce pas là une indication sur le principal problème du président de Région : son bilan désastreux qui est un boulet, comme l’avait souligné Philippe Naillet lors de la présentation de la candidature d’Ericka Bareigts comme tête de la liste soutenue par le Parti communiste réunionnais à Saint-Denis, dans laquelle figurent plusieurs candidats communistes.

Les Réunionnais ont ouvert les yeux

Force est de constater également que la cote de popularité du locataire de la Pyramide inversée n’est plus au même niveau. En 2014, des mesures clientélistes comme les bons de réduction pour acheter des ordinateurs ou pour voyager en France avait fortement contribué à boucher les yeux des électeurs. Mais cette fois cela ne marche plus. Rappelons que pendant le mouvement des gilets jaunes fin 2018, le président de Région avait été mis dans le même panier que le président de la République, excusez du peu. Durant les rassemblements, un des mots d’ordre scandé le plus souvent était « Macron démission, Robert démission ». Il suffit également de se souvenir la manifestation de jeunes partie spontanément des Camélias le 19 novembre 2018, et qui déboucha sur l’irruption des manifestants dans la Région Réunion malgré la présence de dizaines de gros bras sans uniforme qui ne purent contenir la force du mouvement. Didier Robert fut contraint de se retrancher dans le bâtiment. Ce fait sans précédent dans l’histoire de La Réunion soulignait déjà l’ampleur du malaise.
Le fiasco du chantier de la route en mer n’est pas de nature à inverser la tendance, car ce projet ne pourra jamais être terminé sous la forme défendue bec et ongles par la majorité en place à la Région, sans oublier l’enquête du Parquet national financier sur l’attribution d’un marché de plus d’un milliard d’euros. A cela s’ajoute une autre affaire révélée en pleine crise des gilets jaunes, au sujet du salaire mirobolant perçu par le président de Région en tant que PDG d’une société d’économie mixte en charge des Musées régionaux.

Didier Robert contre son camp politique

Enfin, en 2014, Didier Robert était l’artisan d’une plate-forme de la droite qui comptait créer une dynamique aux municipales afin d’emporter la direction du Département et de la Région l’année suivante. En ce début 2020, les ténors de la droite se sont entendus sur une plate-forme pour les municipales alors que le président de Région était en vacances aux États-Unis ! Partie prenante de cette plate-forme, la sénatrice Nassimah Dindar conduit une liste aux municipales de Saint-Denis. Elle peut donc se taguer du soutien de l’UDI, de Les Républicains, du Modem, de LREM et du président du Département notamment. Le président de Région a donc décidé de se présenter contre son camp politique.
En conséquence, aucun responsable de cette plate-forme n’était présent lors de la déclaration de candidature de Didier Robert. Cela ne put qu’avoir des répercussions sur le meeting de lancement de campagne. Selon « le Quotidien », cela devait se faire samedi au Barachois en plein air. Il s’avère que cet événement eut lieu mardi à la salle Candin. Malgré la moindre jauge de cet équipement, il sonnait bien creux avec à peine 200 personnes dont une bonne part était composée de salariés de la collectivité présidée par Didier Robert, estime « Imaz Press Réunion ». Sur ce point, les choses sont claires, cela s’appelle un fiasco. Quel contraste avec le dynamisme observé autour de liste conduite par Ericka Bareigts et soutenue par le PCR à Saint-Denis lors des meetings de la Cité des Arts et de Sainte-Clotilde.
En conclusion, sur la base de tous ces éléments, le repli de Didier Robert sur Saint-Denis est un échec annoncé.

M.M.