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Fin des emplois d’avenir : la jeunesse réunionnaise trahie

Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, ne remet pas en cause la fin des contrats de près de 1.500 jeunes en emploi d’avenir

Manuel Marchal / 28 octobre 2016

Lors de sa conférence de presse mercredi, le PCR s’est fait le porte-parole des préoccupations de la population et a demandé à Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, d’apporter des réponses précises à plusieurs problèmes. Un d’entre eux concerne, cette année, la fin des contrats de près de 1.500 jeunes en emploi d’avenir. La réponse de la ministre est claire. Elle n’a pas parlé de prolongation de contrat, ou d’accès à un autre emploi. Le gouvernement condamne donc au chômage près de 1.500 Réunionnais qui voient leur espoir trahi.

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Ericka Bareigts, ministre des Outre-mer, est en visite à La Réunion.

Lors de l’arrivée au pouvoir de François Hollande, une des mesures phares du nouveau gouvernement était les emplois d’avenir. C’était un contrat de trois ans destiné à des jeunes de moins de 25 ans à la recherche d’un travail. Dans un premier temps, l’aide de l’État s’élevait à 70 % du SMIC net dans le secteur public et les associations, et 35 % du SMIC net dans le secteur marchand.

Force est de constater que les débuts du dispositif étaient poussifs. En effet, le gouvernement multipliait les opérations de communication. Chaque visite d’un ministre dans la ville de Saint-Denis était marquée par la traditionnelle opération médiatique de signature de nouveaux contrats devant les caméras. Les députés soutenant le gouvernement reprochaient aux communes qui n’étaient pas dirigées par des socialistes ou apparentés de ne pas suffisamment embaucher d’emploi d’avenir. La réponse des maires était claire : ces embauches devaient correspondre à des besoins pérennes car au bout de trois ans allait se poser le problème de l’intégration de ces jeunes.

Mesure phare du gouvernement

Qu’à cela ne tienne, le gouvernement s’est engagé dans une fuite en avant. En août 2014 en visite à La Réunion, le président de la République a promis la création de 40.000 emplois d’avenir. De plus, il a annoncé que la participation de l’État allait passer à 90 % du salaire (90 % du SMIC net – NDLR), avec effet rétroactif sur les contrats déjà signés, mais il se gardait bien de s’engager sur l’implication de l’État dans l’après-contrat.

La catastrophe était prévisible. C’est pourquoi lors du débat sur la Loi Travail, Paul Vergès a déposé un amendement visant à prolonger la durée des contrats des jeunes en emplois d’avenir, dans l’attente d’une solution pérenne. Cet amendement a été rejeté.

Depuis le début de l’année, les premiers contrats « emplois d’avenir » arrivent au bout des trois ans. Pour 2016, près de 1.500 jeunes sont concernés. C’est pourquoi, une visite de la ministre des Outre-mer placée sous le signe notamment de la jeunesse suscitait beaucoup d’espoirs.

« Processus de fin de contrat »

Mercredi, le PCR avait interpellé Ericka Bareigts sur ce problème. Hier en conférence de presse, la question suivante a été posée à la ministre des Outre-mer :

« Qu’avez-vous à dire aux 1.500 jeunes qui voient leur emploi d’avenir se terminer cette année ? »

Voici la réponse de la ministre :

« Nous sommes sur un contrat, qui était un contrat de trois ans au SMIC, formation, accompagnement, donc nous sommes dans ce processus de fin de contrat. Il y a des processus de mobilisation, d’accompagnement vers aussi les secteurs marchands, les entreprises. Il faut que nous organisions le lien, cela se passe dans certains territoires, cela se passera aussi en partie ici »

Les jeunes abandonnés

Ces actions sont connues. C’est la garantie d’un rendez-vous à Pôle emploi et l’accès éventuel à un contrat STARTER dans le secteur privé, dont l’efficacité reste à démontrer. Autrement dit, l’horizon est le chômage après trois ans de travail.

Pourtant, le gouvernement a les moyens d’agir. Pour maintenir l’activité de l’usine Alstom à Belfort qui emploie 500 personnes, Paris va dépenser plusieurs milliards. C’est une initiative louable. En tant que membre du gouvernement, Ericka Bareigts est solidaire de cette décision. Mais quand 1.500 jeunes Réunionnais, trois fois plus, sont menacés par le chômage, le gouvernement n’agit pas dans le même sens et abandonne ces jeunes. Cette question soulève aussi le déficit de démocratie à La Réunion. En effet, la fermeture éventuelle de l’usine Alstom a soulevé un vaste débat en France. À La Réunion, la mise au chômage de 1.500 jeunes Réunionnais n’émeut pas les soutiens du gouvernement et les têtes d’affiche de l’opposition.

Quand les signatures de contrats « emploi d’avenir » faisaient partie du protocole des visites ministérielles, les membres du gouvernement et leurs soutiens posaient fièrement devant les caméras. Manifestement, ces opérations n’étaient pas destinées à rendre service aux jeunes qui croyaient à cette promesse d’espoir, mais plutôt aux responsables politiques qui ont utilisé la détresse de la jeunesse réunionnaise pour se valoriser. La fin des emplois d’avenir signifie que le gouvernement a fait le choix de trahir la jeunesse réunionnaise.

M.M.



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  • Souvent, on entend dire qu’on attend, patience, patience et puis finalement résignation, on tire un trait définitif sur un avenir meilleur. Il faut réagir, ne pas compter sur d’hypothétiques promesses, cela en devient pathétique vous ne trouvez pas ? Il vaudrait mieux expliquer aux gens, aux jeunes en particulier qu’il faut aller d’abord se former pour acquérir des compétences, donc du savoir puis développer son savoir-être c’est à dire :
    - faire en sorte que l’on puisse faire confiance tout simplement en ayant de la ponctualité.
    - avoir de la tenue avec soi-même, les clients, le patron, du respect, employer un vocabulaire correct, maîtrisé.
    - conserver le soucis de bien faire, prêt à se remettre en question, d’avoir un bon esprit critique.
    - participer activement au développement de l’entreprise.

    Puis une fois l’expérience acquise, être disponible à aller là où il faut au lieu d’attendre passivement que l’on vienne nous chercher. Pourquoi ne pas encourager les jeunes à partir hors du département pour déjà des stages, puis des CDD qui deviendront des CDI ? Je sais qu’il y a des jeunes qui sont déjà installés en France, mais aussi en Belgique au Québec...

    Voilà ce que je propose, préconise aux jeunes au lieu de se plaindre de patienter encore et encore jusqu’au prochaines élections, n’est-ce pas ?
    Arthur.

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